J’ai lu ma part de livres sur des criminels en tous genres. Et je dois dire que jamais, JAMAIS, je n’ai ressenti autant de dégoût que vis-à-vis des personnes dont ce livre est question. La lecture du Maître et l’assassin s’est avérée passionnante, mais éprouvante, déroulant une galerie de portraits tous plus écœurants les uns que les autres.
On y trouve Olivier Metzner, qui certes a les circonstances atténuantes de son enfance compliquée, mais qui n’a rien trouvé de mieux pour assurer sa réussite que de trouver des vices de procédure pour libérer les pires ordures.
Monique Despallières, qui, en développant à outrance le narcissisme de son gamin, et son intolérance à la frustration, a créé un monstre qui, dans une ironie presque poétique, l’a finalement supprimée.
Marcel Despallières, qui a appris à ses enfants qu’une belle gueule était suffisante pour réussir et qu’il ne fallait pas hésiter à l’utiliser pour extorquer un maximum de pigeons.
Une bonne petite tripotées de personnalités publiques nageant dans la drogue et les minets à peine majeurs.
Et bien sûr, Alexandre. J’ai eu une prof de philosophie qui disait que le mépris était une émotion si cruelle que personne ne la méritait. Je ne suis pas d’accord en général, mais je pense que dans ce cas précis, même elle n’aurait pas trouvé Alexandre Despallières autre chose que méprisable.
Mon dieu que cet individu est à gerber. Des parents l’ayant convaincu qu’il était la huitième merveille du monde, doté d’une beauté apparemment hypnotique (franchement, et même si l’auteure nous explique que les photos ne lui rendent pas justice, il a un visage que je trouve très lisse et ne méritant pas les nombreux adjectifs dithyrambiques utilisés pour le décrire), un charisme certain, et surtout, une incapacité psychopathique à la moindre empathie se sont combinés en un monstre d’égocentrisme et de cruauté ayant traité son entourage comme des objets utiles ou inutiles à son ascension, sur lesquels il avait pouvoir de vie ou de mort. Ses interviews, dont des extraits sont cités verbatim dans le livre, transpirent de suffisance non méritée pour un minable n’ayant jamais rien fait de ses dix doigts ou contribué à la société (bien au contraire, parasite qu’il était). Et qui contaminait volontairement des garçons avec le sida. Voilà toute l’étendue de notre personnage principal.
Un être pathétique, obsédé par la gloire tout en n’ayant aucun talent, avec un attrait vapide pour les marqueurs extérieurs de richesse, les mensonges permanents, les humiliations et la manipulation mentale et médicamenteuse. La certitude de pouvoir faire tourner le monde autour de lui, à tel point qu’il pensait probablement qu’arrêter son traitement pousserait la justice à abandonner les poursuites. La seule satisfaction à tirer de cette histoire de fous est l’obstination du destin à lui refuser ce qu’il voulait par-dessus tout, le laissant comme le loser qu’il était moisir d’ennui dans l’appartement minable de ses parents ou dans un apparthotel bon marché, puis mourir dans la déchéance la plus totale et presque abandonné de tous. Il ne méritait rien de mieux.
Cette histoire est folle et démontre bien les énormes mensonges que sont capables de faire passer pour plausibles des manipulateurs charismatiques sans aucun scrupule. Même si la gloire et la richesse éternelles ont toujours glissé entre les doigts d’Alexandre, il a quand même réussi à obtenir beaucoup grâce à des stratagèmes plus rocambolesques les uns que les autres, qu’il arrivait à faire gober (combinés avec des cocktails médicamenteux, du chantage affectif et la honte ressentie par ses victimes, il est vrai) à ses proies, du type : « Ma mère est une actrice légendaire, mon père est un milliardaire, et je n’habite en HLM à Bois-Colombes que parce qu’ils ont voulu me protéger des paparazzis. »
J’ai vraiment du mal à poser mes impressions sur le papier, parce qu’il y a tellement d’informations dans ce livre dont j’aimerais parler, mais que je n’arrive pas à organiser de façon cohérente.
Disons donc seulement que Le Maître et l’assassin est un livre passionnant sur un escroc doublé d’un meurtrier, hors normes dans sa personnalité répugnante et son narcissisme extrême. Les descriptions de ce qui se passait dans l’appartement familial et la complicité de la famille décrivent une dysfonction extrêmement malaisante, et le fait qu’Alexandre se soit finalement retourné contre eux donne une dimension romanesque à cette histoire de fous qui explore toute la laideur de la nature humaine. La personnalité d’Olivier Metzner est également intéressante à bien des égards, et le va-et-vient entre leurs deux histoires qui finalement s’entremêlent rendent Le Maître et l’assassin bien construit et palpitant, relatant une histoire qui n’en finit plus de repousser les limites du vraisemblable. Il m’a semblé certes que l’auteure prenait un peu trop de liberté artistique en décrivant les pensées intimes de ses sujets, mais cette histoire ayant une dimension plus que romanesque, c’est un choix stylistique qui se comprend et qui finalement sied bien à ce récit (pour citer l’ami intime imaginaire de Despallières, Jacques Chirac) abracadabrantesque.