Relecture, après près de 20 ans.
En cherchant dans l'étagère, ce livre est tombé par terre, comme une prémonition d'une nouvelle lecture. Et me voilà, en train de me demander : Que sont, en effet, ces " caprices " de Marianne ? Une femme emprisonneée parle de liberté, le libertin blasé se demande si la fidelité n'est pas une bonheur enviable.
Oui, mais voilà, le ver est dans le fruit - leurs désirs reconnus, les deux personnages sont à découvert , liés l'un par les serments du mariage, l'autre par ceux de l'amitié. Leur rencontre ainsi née d'une situation ambiguë.
Les personnages de Musset sont en effet surtout esquissés. Comme leur auteur, ils ouvrent des pistes, mais ne sont sûrs de rien. Marianne est-elle une vraie prude, ou plutôt une épouse contrariée revendiquant les droits des femmes à exister pour elles-mêmes ?
Tous les personnages posent ainsi, au travers de leurs ombres, les questions fondamentales :
Que savons nous de nous ?
Sommes nous aptes au bonheur?
Que signifient les mots " fidélité, amour, amitié, liens du sang?
Toutes ces questions, banales en soi, mais étonnamment vivantes aujourd'hui, Musset en a produit à son époque et sur scène un énoncé, en se gardent bien d'y apporter des réponses morales et définiteves.
" Les Caprices de Marianne " ne se réduisent pas à une biographie dissimulèe de Musset, et encore moins au résumé des amours tumultueuses entre l'écrivain et George Sand, dans la mesure où les deux futurs amants ne se connaissaient pas encore. Ils ont, en revanche définitivement dépassé la sphère de leur auteur, pour rejoindre, par leur modernité, les spectateurs et les lecteurs d'aujourd'hui, qui s'y trouvent eux-mêmes dans leur complexité.
" Amour, flèau du ciel, exécrable folie ! "