Après "L'invention des corps" et "Le grand vertige", toujours en phase avec les vibrations du monde, Pierre Ducrozet change de focale pour raconter une famille dont l'astre vital est la musique, une famille où l'amour (et les malentendus) circulent dans toutes les tonalités. Où l'on retrouve son énergie, sa plasticité, sa vitesse au service d'une profondeur nouvelle dans une anti-saga affranchie des modèles, une histoire intime, sauvage et informelle de la musique au XXe siècle, un roman qui danse et qui sonne comme un concert et une tempête. Au plus près des personnages, dans l'exploration de ce qui les lie et les délie, "Variations de Paul" nous happe et nous bouleverse.
Roman unique en son genre dont l'écriture se tisse autour de la musqiue. Omniprésente et enivrante, grâce à un choix de mots justes et précis qui nous ferait presque entendre les différents rythmes - techno, electro, pop, house - qui traversent le roman. La musique comme élément fédérateur, universel et indispensable qui permet à Ducrozet d'aborder en transversale la complexité des liens familiaux, la question de l'identité et de l'ancrage physique à un lieu et de la stabilité émotionnel.
« Paul zone dans les rues à peine dessinées au fusain, baignant le soir dans de troublantes brumes nectarines, il se mêle aux éclopés de la vie, aux chercheurs d’étoiles, aux hurleurs à la lune, il tient la main des ivrognes et en devient un »
« Être en vie, c’est peut-être tout cela à la fois, sentir les couteaux dans son ventre et les hoquets de rires, sentir les longs sillons creuser votre peau, comme celui sur sa joue là, qui la traverse de haut en bas »
« Les humains en vieillissants accumulent sur eux les strates de vie, qui comprennent la forme d’entailles, d’apprentissages, de désillusions, ou tout simplement de corne, en tous les cas leur peau se durcit, ils enflent, ils se calcinent »
« Paul se situe toujours ici et ailleurs. Il est poreux, un pied baladeur et l’autre fermement accroché dans le seul temps qu’il connaîtra jamais entièrement : le présent »
À travers la vie de Paul, un synesthète qui « voit » les sons, et de sa famille, on est embarqué dans toutes les (r)évolutions musicales du XXème siècle. Cette épopée est magnifique, haletante et pleine de poésie. Des phrases vont me rester : « On chante, on écrit, on peint, mais en réalité on est toujours en train de faire autre chose. La musique jaillit hors de la musique. »
En fin de livre, un cadeau: la playlist du livre, à écouter dès le début de votre lecture (ne faites pas mon erreur de le remarquer trop tard!), allant de Debussy à Radiohead en passant par Coltrane, Jeff Mills ou encore Philip Glass.
J’ai trouvé que l’histoire s’encouble sur les derniers chapitres, comme si Ducrozet cherche une fin en tâtonnant. Donc 4 étoiles, mais tout le reste vaut 5 étoiles!
J'ignorais que l'on pouvait écrire la musique et les vies ainsi. Un style époustouflant. Et puis, une bande son pour un roman, c'est une première pour moi !
J'aurais aimé en apprendre moins sur Chiara et plus sur Léo. J'avoue que j'aurais aimé avoir une fin moins ouverte mais ça colle bien au personnage.
"Il sait désormais que son cœur saute des notes. Quand ça lui chante, son cœur avale une croche, enjambe une blanche. Faudra faire avec."
"À vivre sa vie, Paul en oublie de la gagner."
"Tous les chanteurs sont synesthètes, ils chantent ce qu'ils voient."
Poétique, émouvant. La vie de trois générations d'une famille et leur relation privilégié avec la musique. Très bien ecrit quoique certains passages un peu longs..
Tourbillon de mots, de notes, de couleurs et de sensations… dès les premières phrases, j’ai adoré son style, ses virgules, ses adjectifs, sa précision. Toute la vie de Paul, avec une chronologie entrecoupée de souvenirs et de présent. U