Martine Delvaux et Jennifer Bélanger s’inscrivent dans une lignée de femmes allongées. Souffrant l’une et l’autre de douleurs chroniques, elles ont choisi d’écrire à partir de cette position qu’elles connaissent intimement : le corps étendu sur un lit, un divan, un plancher ou une civière, et qui attend. Entourées d’autres femmes – écrivaines, artistes, amies, mères, filles, amantes et soignantes –, les autrices rendent hommage à la vie horizontale des accidentées, des endolories, des insomniaques, des rêveuses et des survivantes. Elles résistent devant un monde qui a préféré voir en elles des paresseuses, des martyres, des hystériques, des menteuses, des plaintives, des folles.
Un panorama érudit, sous forme de liste de courts fragments, de toutes ces figures d'allongées, par la maladie, par la douleur, par les accidents, par le regard, par la violence, par le patriarcat, par le racisme, mais aussi l'allongées comme résistance par la réflexion, par l'écriture, par la figuration, par l'observation, par la psychanalyse, par le sommeil, par le soin, par le refus de bouger.
Collage de textes courts et poignants du point de vue des allongées, des femmes, des malades, des endolories, des souffrantes, des racisées, des accouchées, mettant sous projecteurs une société debout, forte jeune, en santé, de performants, de dominants, de savants, de contrôlants Le livre couvre large mais cible par son point de vue alité
« je voudrais ne plus devoir expliquer prouver insister, je voudrais que les personnes qui doutent soupçonnent banalisent soient témoins de ma vie pendant une seule journée, de minute en minute, d'heure en heure, debout allongée debout allongée et au final debout, parce que ce qui compte c'est la productivité, peu importe si le coût est élevé »
Un essai sur les douleurs des femmes et donc, plusieurs angles sont abordés pour l'exprimer et laisse la place à plusieurs voix/citations de femmes différentes. Très pertinent mais j'ai parfois manqué des références lors de certains passages.
Panorama important de fragments sur la souffrance, la fatigue, la maladie et, plus largement, sur tout état maintenant les corps en marge des impératifs de productivité. Poésie de leurs réflexions entremêlées.
Tellement de leçons importantes à prendre de ce livre pour le futur professionnel de la santé que je suis. Merci à Laurence et Laurence pour la rec. Lu sur Prêtnumérique.
J'ai adoré cette exploration de la figure de l'allongée sous toutes ses formes (douloureuses chroniques, femmes épuisées, survivantes d'agressions, etc). L'écriture fragmentaire m'a fait penser à celle de Pompières et Pyromanes - et c'est une forme que je trouve très riche, parce qu'elle nous permet de faire toutes sortes d'associations et de tisser des liens qui ne seraient pas apparus autrement. La grande force d'évocation de la forme fragmentaire fait ainsi de ce livre un ouvrage à mi-chemin entre la poésie et l'essai. Les autrices réussissent d'ailleurs très bien à marier la beauté et l'abstraction de la poésie avec la rigueur des réflexions politiques. Chapeau !