Pendant toute la lecture de ce livre, j'ai été très partagée. Alice Zeniter livre ses réflexions et questionnements sur la lecture et l'écriture, cite de nombreuses œuvres – fictions, essais littéraires, entretiens d'auteurs, films ou séries… - et parle de son propre cheminement et des coulisses du monde littéraire. C'est très riche et stimulant et j'ai beaucoup aimé certains passages, certaines citations. J'ai été très intéressée notamment par les réflexions sur les personnages féminins dans la littérature, sur la façon dont est perçue la littérature écrite par des femmes ou encore sur ce qui compte vraiment dans un récit (sa réponse : les personnages).
Mais j'ai été gênée par :
- le fait qu'Alice Zeniter semble vouloir cocher dans ce livre toutes les cases des indignations actuelles sur les minorités, la pauvreté et les inégalités sociales, l'écologie… quitte à ne pas creuser suffisamment chacun de ces sujets ;
- le sentiment de culpabilité qu'elle exprime à plusieurs reprises et les justifications qu'elle donne à ses propres choix littéraires (exemple, dans tel roman, elle écrit en substance : "oui ok mon héroïne est belle, mais elle ne veut pas d'enfant et elle désire d'autres hommes que le sien, donc ça va, j'ai réussi à ne pas reproduire totalement le schéma traditionnel") ;
- quelques références politiques précises ainsi qu'un passage sur la gauche et la droite : hors-sujet à mon avis.
J'ai donc hésité entre trois et quatre étoiles… J'ai mis quatre, finalement, car cela reste un tour de force d'aborder, de façon digeste et plutôt agréable à lire, l'ensemble de ces thèmes "sociéto-littéraires"… Aussi parce qu'Alice Zeniter reste souvent fine et nuancée et qu'elle a un côté tellement sincère et transparent que ça en est attachant (d'un chapitre à l'autre, on lit ses contradictions entre "la théorie" qu'elle aimerait davantage cultiver et les choix du cœur…). Et enfin, surtout parce que je lui suis reconnaissante de ces pages érudites et stimulantes et de certaines références précieuses (telles que "Le chaos ne produit pas de chefs-d'œuvre" de Julia Kerninon, que j'ai très envie de lire).