Esther réhabilite des espaces naturels à l’aide des traces numériques que nous laissons sur la toile sans même y penser. Quelle n’est pas sa surprise lorsqu’elle découvre qu’une vieille vidéo sur son téléphone, a priori anecdotique, a été retouchée. Un petit rien, qui peut se révéler explosif, tant d’un point de vue familial que politique...
« Un souvenir est, par essence, une fiction. Avec ce qu’il faut de réinvention de la réalité et de conséquences sur nos agissements à venir. C’est ce que nous rappelle le Lyonnais Olivier Paquet avec son fascinant nouveau roman, Composite, qui ancre dans un futur proche toute cette question dans le cadre des intelligences artificielles et de la manipulation des images. Au fil des pages, l’auteur tisse habilement sa toile romanesque, exploitant tout le potentiel de son sujet vertigineux. De quoi nous faire méditer les mots de feu Jean-Luc Godard : “Ce n’est pas une image juste, c’est juste une image.” » - Baptiste Liger, Lire
Première excursion dans l’univers d’Olivier Paquet avec Composite, un thriller de science-fiction assez déstabilisant. Pour moi en tout cas, qui n’ai pas du tout l’habitude de ce genre de littérature. Comme toutes les personnes un peu ébranlées, je m’interroge encore sur ce que j’ai lu et, si ce n’est pas un mal en soi, je suis bien en peine de dire à quel point j’ai apprécié ce roman… ou pas.
L’intrigue prend place en 2035. L'État français est gouverné par les écologistes, suite aux premiers gros bouleversements climatiques. Esther est éco-restauratrice, elle reconstitue des paysages aujourd’hui disparus grâce aux photos que des millions d’anonymes ont posté sur les réseaux sociaux. Déjà là, je me rends compte que, dès le départ, j’étais perdue. Concrètement, ça veut dire quoi, au juste ? Aucune idée ! Mais bon, admettons. Un jour, elle reçoit une notification, un souvenir d’un événement de son passé, mais elle se rend vite compte que la photo n’est pas du tout telle que dans sa mémoire. Dès lors, elle se met à changer et remet en cause des choses qu’elle avait jusque-là considérées comme acquises.
Là encore, j’ai été perturbée par le fait qu’elle fasse si vite le lien entre son souvenir volé et ses propres interrogations psychologiques. Je veux bien croire que la disparition d’un souvenir traumatisant change une personnalité et encore, pas si vite, et l’individu en question ne devrait pas s’en rendre compte. Mais que le vol d’une photo sur un réseau social change vos souvenirs, là… Je suis profondément sceptique. Or, c’est la base de cette histoire et quand on n’adhère pas au point de départ, il est difficile de se sentir pleinement concerné. Bref, Esther mène l’enquête et prend contact avec Vincent, un cyber-policier qui traque les pédophiles sur Internet. Il a lui-même subi un sacré traumatisme quand il était adolescent et ce souvenir lui a été volé.
Dans une France paralysée par les “foulards blancs”, un groupuscule qui prend très vite de l’ampleur sous l’égide d’un agitateur bien particulier, tous deux vont remonter jusqu’à la source et tenter d’éviter le pire. Finalement, c’est la partie que j’ai le plus appréciée. L’auteur nous jette notre actualité au visage : de l’influence néfaste des réseaux sociaux en passant par la pandémie, les attentats, la désinformation et les manifestations de plus en plus violentes, la France d’Olivier Paquet est, un peu comme la nôtre en somme, en plein chaos. La solution étant bien évidemment de se retourner contre nos politiques parce qu’on ne sait pas bien quoi faire d’autre.
Une lecture qui fait réfléchir, cela ne fait aucun doute. Les thématiques sont nombreuses et intéressantes. Je regrette cependant de n’avoir pas pu adhérer au point de départ, ce qui a considérablement faussé mon ressenti. Un techno-thriller de science-fiction, dense et complexe, pas inintéressant bien au contraire, mais un peu déséquilibré à mon sens.