Pour fuir une réalité qui l’asphyxie, une jeune femme se réfugie dans le sommeil. Au gré de disques, de films, d’images arrachées par sa mémoire, elle cherche le répit. On la suit d’un parc londonien envahi par les chauves-souris aux tours ancestrales du Paris gothique, d’une ville abandonnée aux rayons d’un supermarché remplis de produits périmés en passant par les pelouses impeccables d’une famille catholique américaine. On y croise Elliott Smith, Nan Goldin, Kierkegaard, une famille Sims, les membres de la Process Church, des puces de sable géantes et des femmes devenues pierre.
Dans une langue riche et symboliste, Alice Butterlin décrit ses allers-retours entre réel et inconscient, obsessions pop et réflexions personnelles. Un portrait de femme qui se place dans la lignée d’une littérature aux accents fantastiques et ésotériques, nichée entre fiction et journal intime.
À classer quelque part entre H. P. Lovecraft, Edgar Allan Poe & Ottessa Moshfegh.
Un court recueil de nouvelles à la plume et à l'univers déstabilisants. J'ai aimé certains textes, empreints de mélancolie, de beauté, de solitude, d'autres plus fantastiques et étranges, mais d'autres m'ont laissée de côté (peut-être me manquait-il les références musicales en question). Les réflexions sont belles, pas de côté à ce monde qui court toujours plus vite. Un ralentissement nécessaire.
3.5 étoiles « Les Heures Défuntes » est un de ces récits singuliers et brillants que l’on n’a pas l’habitude de lire.
La narratrice vit à demi dans son esprit et à demi dans la sensation du corps, mais n’est jamais active (physiquement) dans ce récit. Elle partage ses réflexions sur l’art, sur la société, sur le monde et sur elle-même, ses idées oscillant sans cesse entre rêve (éveillé ou non) et fiction, et journal intime où elle se réfugie. Tout prend place dans son cerveau.
C’est un récit brillant qui repousse les limites de l’inconscient et qui explore le cheminement et le flux des pensées, les réflexions les plus profondes et les rêves. La narratrice nous tient par la main dans ce voyage introspectif, entre onirisme et critique avisée du monde.
On y retrouve des réflexions éclairées sur l’art et sur ce qu’il signifie, ce qu’il évoque et comment il peut s’imprimer d’une manière plus intime dans un esprit, dans un corps, comment il peut être l’excroissance logique et sensible du corps et de ce dont on n’a pas conscience au fond de nous. La catharsis de l’art.
C’est l’occasion de porter attention à l’art underground et tous ces artistes « cachés » qui parlent une langue étrange et décalée, utilisent l’art comme un pharmakon, une seconde peau qui découle naturellement d’eux. On a envie de les découvrir après qu’Alice Butterlin a scanné leur création comme une sorte de fatalité, une muse naturelle imprimée en eux et qui donne une forme aux paysages intérieurs que l’industrie de la musique tente de maîtriser, de capitaliser et de standardiser.
C’est une littérature puissante, poétique, riche d’images, de symboles et de métaphores. La langue d’Alice Butterlin s’imprime comme du slam qui nous emmène dans le tourbillon névrosé, imaginaire et pop de la narratrice, et qui continue à nous bercer une fois le livre refermé. Elle nous invite à redéfinir notre vision du monde.
Je n'avais pas du tout d'attente en commençant à part le peu d'information que la quatrième de couverture offre. J'ai tout de suite était attirée par le décalage entre notre réalité et celle de notre narratrice. Tout au long de ma lecture, deux questions se posaient dans ma tête: suis-je entrain de lire un rêve ou sa réalité? Sait-elle elle-même dans laquelle des deux elle se trouve ? Je ne saurais toujours pas y repondre même après l'avoir finit. Et c'est exactement ça qui en fait son charme. La réalité est subjective. On nous le répète constamment. Ici, nous pouvons le lire et le vivre. Si j'avais lu ce livre il y a quatre ans, je me serais retrouvée en la narratrice. L'anxiété de la vie, la pression de l'extérieur, la sur-conscience de soi et de son corps sont 3 thèmes qui reviennent souvent et qui nous hantent tous à un moment de notre vie. Notre narratrice le retranscrit à la perfection et pourtant si personnellement qu'il est presque dérangeant de se retrouver dans son intimité. La partie la plus époustouflante reste le dernier chapitre qui relie parfaitement les chapitres jusque là hétérogènes.