Un roman poignant sur la paternité, l’errance et le rejet, un mélodrame sans pathos ni eau de rose. Avec "Le roman de Jim", Pierric Bailly nous offre un très beau roman, tendre et pétri d’humanité. Aymeric, le narrateur, nous raconte sa vie. A 25 ans, il tombe amoureux de Florence qui elle en a 40. Elle est enceinte d’un autre homme. Aymeric accueille et élève le petit Jim comme si c’était son propre fils. Au départ, il n’a pas envie d’être père, il ne l’a pas choisi, mais il va le devenir peu à peu parce que des sentiments vont naitre entre Jim et lui. Sauf que Jim a aussi un père biologique et il va falloir faire avec. C’est un récit étonnant, émouvant avec des personnages que j’ai trouvé très réussis. Aymeric est un garçon un peu largué, il a fait des études, de la prison, il est intérimaire et tombe fol amoureux de Florence qui a 15 ans de plus que lui, elle est caissière, un peu rockeuse, un peu rebelle, toujours un peu en colère. J’ai trouvé ces deux personnages très aboutis, expressifs, sensibles, complexes, bien vivants pour tout dire. Même s’ils ont un côté un peu marginal, j’ai l’impression que c’est le genre de personnes qu’on peut rencontrer fréquemment autour de soi, probablement un peu plus en campagne qu’en ville. La langue utilisée par Pierric Bailly les sert bien, elle est imprégnée d’oral, d’argot, mais ne tombe pas dans la caricature du langage parlé. Elle est vivante sans jamais basculer dans la sensiblerie, elle est pudique et garde la bonne distance avec les sentiments tout en les retranscrivant parfaitement. J’ai été ému à la lecture de certains passages comme rarement. Car cette histoire de paternité niée, de famille recomposée, d’amour entre un jeune homme et une femme plus âgée est racontée par touches délicates, de façon graduelle avec beaucoup de sensibilité, de pudeur et au plus près des émotions des personnages. Une autre grande réussite du roman est bien sûr la description de la relation entre Aymeric le père adoptif et son fils Jim, relation d’autant plus forte qu’elle est inattendue, contrariée et malmenée par l’intrigue. Aymeric n’a pas prévu cette relation avec Jim, il n’a pas vu venir cette paternité qui n’est pas de sang, mais d’amour. Il s’invente père sur le tas et on sent la solidité du lien qui se tisse et se renforce avec le temps, qui résiste à la séparation et à l’absence. Et enfin, il y a le Jura, région puissante de montagnes, de lacs et de forêts, écrin de verdure vivifiant qui incite Aymeric à l’engagement, l’invite au bonheur, décor naturel majestueux qui lui apporte repos et tranquillité lorsque la vie le malmène. Pierric Bailly est lui-même issu de cette région et la façon dont il décrit son territoire est superbe. Je suis allé régulièrement consulter sur internet les lieux de l’action comme pour m’immerger encore un peu plus dans la vie des protagonistes, dans leur milieu naturel, partager leurs sensations ou leurs émotions. Un récit tendre et vrai, pétri d’humanité, d’amour, de sincérité…