« Culture de l’inceste » ? C’est trop fort, trop violent ? Cette formule, adaptée de l’expression « culture du viol », elle-même définie dans les années 1970 par les féministes américaines, n’est pourtant pas une provocation. C’est une invitation à penser l’inceste en termes culturels et non individuels, à l’envisager non pas comme une exception pathologique, mais comme une pratique inscrite dans la norme qui la rend possible en la tolérant, voire en l’encourageant.
L’ampleur de la dévastation (une personne sur dix concernée en France) appelait ce livre urgent, vibrant, à vif parfois, qui rassemble des voix diverses, aussi bien militantes qu’universitaires. Un livre qui sort des témoignages et des débats psychanalytiques pour se concentrer sur une seule et unique question : pourquoi ? Quels sont les ressorts sociaux et anthropologiques de l’inceste ? Comment interroger nos représentations (dans la culture populaire, dans la pornographie) ? Comment faire le lien avec les dominations à l’œuvre (des adultes sur les enfants, des hommes sur les femmes…) ? Avec la direction-coordination d’Iris Brey et de Juliet Drouar, les auteurices ont voulu proposer des pistes, créer des ouvertures, formuler des hypothèses : cet ouvrage offre l’amorce d’une réponse politisée et collective.
À la suggestion de la bibliographie et d'un des textes, j'ai aussi écouté l'émission "Inceste et pédocriminalité : la loi du silence" de 88 minutes du balado "Un podcast a soi" donc je vais parler un peu des deux dans cette petite critique (si vous n'avez pas l'intention de lire le livre, je recommande très fortement au moins l'écoute du podcast).
J'avais auparavant lu très peu de livre sur l'inceste, surtout des témoignages et des mémoires de personnes qui l'ont vécu (je me rappelle même pas avoir vu de film sur le sujet, en tout cas, aucuns des films ou livres mentionnés par Iris Brey dans son article). Lire de la théorie sur le sujet m'ouvre vraiment les yeux sur le système et la culture de l'inceste et sur la nécessité absolue d'appliquer des lentilles féministes pour adresser le problème.
Honnêtement, il y a beaucoup trop de chose pour que je les adresse ici toute une par une ou même que j'en énumère quelques unes, toute est dans toute, l'essai m'a définitivement convaincu que notre culture carbure à l'inceste et qu'il faut arrêter de le voir comme un "tabou" et en parler absolument dans l'espace public et privé. D'ailleurs, c'est un livre que les parents devraient lire, mais aussi la famille élargie, ongles, tantes, grand-parents, etc. pour non seulement comprendre ce que c'est, mais pouvoir l'adresser aussi immédiatement.
Dans les changements immédiats que je peux faire dès aujourd'hui en lisant le livre/écoutant le podcast, c'est d'arrêter d'appeler les personnes incestantes (majoritairement des hommes, mais comme on le souligne tout le temps, avec une complicité désarmante de la famille et des connaissances) des pédophiles, ce ne sont pas des gens qui aiment les enfants, ce sont des gens qui détruisent des corps pour assoir leur pouvoir, ce sont des pédocriminels et je vais définitivement être tannants là-dessus et reprendre les gens (en leur expliquant calmement évidemment...) comme j'aurais vraiment aimé qu'on me reprenne beaucoup plus tôt en instant sur le caractère destructeur des agresseurs. Pédophiles, c'est le terme qu'utilise les pédocriminels pour se désigner (et je le remarquais moi-même en voyant les slogans d'organismes pédocriminels comme Nambla qui s'auto-désigne comme "boy-lover", que je trouvais répugnant, mais que je n'avais pas encore compris d'étendre au populaire terme de pédophile, accepté sans être remis en question).
Je réalise aussi l'étendu du laxisme sur l'inceste, aux preuves qui retombent aux enfants de prouver (oui, oui) pour empêcher ces adultes de détruire ces personnes et je développe beaucoup mieux ma réflexion, grâce à de nombreux exemples concrets, d'adapter nos discours à l'enfance et la jeunesse pour que les outils "des adultes" leurs soient vraiment accessibles et compréhensibles pour faire face à l'inceste, mais aussi à d'autres agressions. L'idée d'en faire un tabou, de ne pas en parler, de le taire, ne sert vraiment qu'aux pédocriminels.
L'article d'Ovidie sur les incestes entre beaux-parents et enfants dans la pornographie est aussi définitivement à lire, il y a un besoin impératif et urgent de légiférer ce genre de "contenu", ce n'est pas des scènes "subversives" même entre adultes "consentants" (c'est de toute manière tout poussé par ces géants de la pornographie qui n'ont de toute manière jamais sourcillé à l'idée de vérifier l'âge des actrices porno sauf quand la loi s'en mêle ou qu'ils craignent voir VISA se retirer de leur plateforme).
Ça reste très en contexte français, j'aimerais vraiment pouvoir penser la question au Québec/Canada et ce qu'on peut avancer concrètement au niveau juridique ici (et si le paysage judiciaire est similaire ou non à celui de la France, je ne le sais honnêtement pas).
Je dois mentionner aussi avoir fini le quatrième et dernier épisode de la mini-série Adolescence, après avoir aussi fini ce livre collectif sur l'inceste "La culture de l'inceste" et l'épisode du balado "Un podcast à soi" donc je dois avouer être complètement en larme après tout ça qui était beaucoup trop pour une journée, en plus en journée de travail (et après avoir très mal dormi entre les pleurs du bébé des voisins un peu toute la nuit, un cauchemar qui me réveille en hurlant à 4h12 du matin, la presqu'impossibilité de me rendormir et finalement l'alarme de voiture passé 6h du matin). On a beaucoup de chemin à faire encore et au moins j'y trouve le confort que je peux mettre la main à la pâte, que certaines des actions que j'ai effectuées de par le passé ont définitivement aidé, mais je remets sérieusement en question d'autres et ne pas être allé assez loin parfois.
C'est un bon livre si on ne connait pas trop le sujet ; il permet de découvrir plusieurs aspects de la culture de l'inceste, et d'avoir une vue d'ensemble des thématiques que ça touche. De mon côté ayant déjà lu plusieurs ouvrages sur la question et d'autres livres des auteurices certains chapitres étaient redondants (même si d'autres étaient très intéressants). Le sentiment d'inachevé qu'on pourrait avoir face à ces textes mis côte à côte est contrebalancé par les pistes concrètes abordées dans l'oeuvre de fiction collective en fin d'ouvrage ; une manière originale de conclure le livre.
Le livre part de l'expression 'culture du viol' pour impliquer que l'inceste est tout autant systémique. La reconnaissance de failles dans les points de vue de l'argumentation (race, handicap, classe) dès l'introduction est appréciable.
L'inceste est défini comme une relation de domination au sein d'une famille de sang ou une famille par adoption (e.g. figures paternelles), par un lien de proximité, d'autorité, de confiance, de dépendance, et d'amour.
Drouar décrit l'inceste comme 'un acte découlant nécessairement d'une famille structurée autour des dominations fondées sur l'âge et le sexe.' Il s'agit d'un rapport de domination particulier.
L'idée que l'inceste soit le tabou universel selon Levi-Strauss pose problème pour plusieurs raisons:
- il ne peut être tabou s'il est partout, - ce n'est pas une exception pathologique mais une pratique inscrite dans la norme, - c'est bien cette silenciation qui permet son maintien.
'L'inceste est partout. L'inceste: s'il est tabou de le dire, il n'est donc certainement pas tabou de le faire.'
En réalité, l'agresseur inceste car il a intégré le fait qu'il pouvait le faire, notamment par le biais du cinéma qui banalise de tels actes de par la figure de la Lolita séductrice ou du garçon dont l'expérience incestueuse est une étape constructive de sa virilité.
L'enfant culpabilise et cela profite aux agresseurs. L'enfant parle mais on ne l'écoute pas car il n'utilise pas le vocabulaire de l'adulte. Le souvenir traumatique est marqué par l'oubli et la dissociation, privé de mémoire émotionnelle et sensorielle: il est alors indicible et non représentable.
L'inceste est un apprentissage érotisé de la domination pour faire intégrer la structure du monde social à l'enfant.
Pour combattre l'inceste, il faut remettre en question le principe de domination qui constitue notre relation à l'altérité et sensibiliser les enfants très tôt au consentement. Il faut également 'décoloniser les savoirs, démasculiniser les textes fondateurs.'
Enfin, l'ouvrage se termine par une fiction, "Cela," où le collectif expose de manière poétiques ses solutions concrètes pour prévenir l'inceste.
Un recueil d'articles pour s'interroger sur la culture de l'inceste comme sur la culture du viol. Outil très intéressant pour appréhender sous une autre perspective la notion d'inceste et envisager des pistes d'action. La fiction collective qui clôt l'ouvrage m'a parue moins pertinente, toutefois, elle traduit un vécu important liant les autrices, ce qui explique sa présence dans l'ouvrage.
Cet ouvrage choral est empli de colère mais surtout de pistes de réflexions pour faire évoluer non seulement l’écoute et l’accompagnement des victimes incestées mais aussi la prévention nécessaire pour protéger les enfants des passages à l’acte.
Quand la famille aimant et protectrice devient le théâtre de violences sexuelles répétées, la société s’indigne mais n’agit, concrètement, pas vraiment.
Dans ce texte, anthropologie, société patriarcale, pop-culture, pornographie sont passées aux cribles pour comprendre comment ce tabou ultime peut rester si courant. Comment la société nie l’inceste, dédouane les agresseurs et responsabilise les victimes ? Comment les sciences humaines jouent sur les mots tout en s’indignant avec hypocrisie.
La partie fictionnelle en récit choral typique de Wendy Delorme est finalement assez salvatrice pour imaginer les pistes d’espoirs.
C'était le premier ouvrage sur l'inceste que je lisais, et je pense qu'il était parfait comme introduction. J'avais cependant déjà quelques bases sur beaucoup de sujets connexes, donc certains chapitres ne m'ont pas donné l'impression d'apprendre grand chose tandis que j'aurais souhaité que d'autres soient plus longs. Donc oui, parfait comme première base et pour aussi avoir des références de où poursuivre sur ce sujet. Dernièrement, la partie romancée à la fin était terrible à lire mais salvatrice.
intéressant, j'ai juste un doute sur le public visé/à qui s'adresse réellement ce recueil de textes, car ça ne me parait pas être le truc le + abordable du monde et pour autant le fond est assez simple 🤔 j'aurais aussi aimé qu'il y ait un peu + de liens entre les différentes sections
sinon j'ai apprécié le fait qu'on ne s'arrête pas à un constat mais qu'on ouvre la voie vers des solutions également
Une lecture absolument indispensable, essentielle.
« Les personnes qui incestent ne le font pas parce qu'elles ont des « penchants pédophiles » ou parce qu'elles sont malades, ou parce qu'elles sont des monstres. Elles le font parce que le corps des enfants est le plus facile à dominer. Le sociologue Éric Fassin définit la culture du viol de cette manière : « Il s'agit de penser la violence sexuelle en termes culturels et non individuels, non pas comme une exception pathologique, mais comme une pratique inscrite dans la norme qui la rend possible en la tolérant, voire en l'encourageant. Le viol apparaît ainsi comme un comportement extrême dans un continuum qui commence par les comportements ordinaires, jugés normaux'. » Nous pourrions remplacer le terme « viol » par « inceste» pour arriver à la même définition de la culture de l'inceste: « il s'agit de penser l'inceste en termes culturels et non individuels, non pas comme une exception pathologique, mais comme une pratique inscrite dans la norme qui la rend possible en la tolérant, voire en l'encourageant », et nous pourrions ajouter : « La silenciation des situations d'inceste au niveau de la famille et des institutions et leurs acceptations permettent le maintien d'une société et d'une culture hétéropatriarcale basée sur la domination des corps des femmes et des enfant par les hommes ».
« L’inceste tabou à dire, mais pas à commettre »
« Depuis Pierre Janet', les cliniciens et les théoriciens du fonctionnement psychique ont observé que les comportements d'une personne pouvaient être « sa façon de se souvenir' » d'événements traumatiques. Plus récemment, les découvertes des neurobiologistes ont permis de formaliser la manière dont « le corps marque les coups'», notamment parce que l'expérience sensorielle et émotionnelle reste bloquée dans l'amygdale cérébrale, même si la conscience n'en sait plus rien. Lors d'un événement créant un stress extrême - comme une agression incestueuse -, des mécanismes biologiques de sauvegarde nous permettent de survivre par une déconnexion entre l'esprit et les éprouvés physiques et émotionnels causés par la violence. Cette dissociation est obtenue par la production par l'organisme d'hormones anesthésiantes qui empêcheront le fonctionnement normal de mémorisation : « l'hippocampe ne peut pas faire son travail d'encodage et de stockage de la mémoire, celle-ci reste dans l'amygdale sans être traitée, ni transformée en mémoire autobiographique. Cette mémoire émotionnelle, "boîte noire des violences" piégée hors du temps et de la conscience est la mémoire traumatique'». Des faits graves avérés risquent d'être totalement amnésiés dans 10? à 40 %' des cas, selon les contextes et les études disponibles. Par ailleurs, les souve nirs traumatiques sont rarement complets. La part cognitive d'un souvenir disponible peut être privée de toute mémoire émotionnelle et sensorielle. Il arrive fréquemment qu'un pan entier de l'enchaînement des événements soit « manquant » ou alors, c'est le contexte qui se perd dans un brouillard opa-que. Ces recherches et observations cliniques signifient que nombre d'entre nous vivent avec des souvenirs traumatiques « informulés ». Cette mémoire traumatique réduite au silence se manifeste pourtant, parfois bruyamment, comme un ennemi en soi, un « agresseur introjecté » (disait Sándor Ferenczi), un « colonisateur » infiltré. Lors de la constitution de la mémoire traumatique, les propos dégradants, l'excitation perverse. lo comportements de l'auteur trice sont enregistrés au même titre que les autres éléments de l'expérience sans que l'esprit soit en mesure d'identifier ceux-ci comme « ne lui appartenant pas ». Certaines situations réactivant le trauma sont alors susceptibles de « réveiller » les aspects de ce dernier apparte int à l'agresseur euse, et amener la victime à rejouer de ènes qui ensuite, quand elle sera de nouveau « connectée elle-même, produiront de la honte, du dégoût ou de la haine d’elle-même. »
« Lorsqu'une victime ignore tout ou partie de ce qui lui a été infligé, elle protège et perpétue malgré elle le système e domination. Il ne lui est pas possible de mettre fin aux agissements des agresseur euses par une action en justice'. Celui qu'elle a introjecté malgré elle est inaccessible, invisible, insaisissable, et ceux qu'elle rencontre - peut-être dans une recherche aveugle d'élucidation du drame initial - peuvent facilement arguer de son consentement. Le silence de la mémoire protège les agresseur-euses. Il est connu que, dans certains cas, des substances ont à dessein été administrées à la victime, enfant ou adulte, au moment des violences (alcool, drogues, médicaments, etc.). Si la terreur et le choc traumatique, l'immaturité psychique et la vulnérabilité infantiles n'avaient pas suffi à faire taire la victime, les produits y parviendraient. L'enfant pourrait tout aussi bien être mort-e sous des coups, puisqu'elle ou il ne peut plus témoigner de l'autre monde où est enfermée à jamais sa mémoire. C'es ainsi que l'auteur-trice des faits peut faire l'économie de la violence physique et commettre un crime parfait ».
« Dans l'inceste, modèle absolu de l'agression sexuelle contre l'enfant', il est impératif pour la victime de « maintenir la situation de tendresse antérieure? » - de faire comme si papa était toujours papa, comme si sa confiance et ses élans affectueux n'avaient pas été trahis. Il serait impossible de continuer à vivre, manger suffisamment, aller à l'école et comprendre ce qu'on nous dit, en gardant présente à la conscience la réalité de la violence sexuelle incestueuse. Alors, c'est l'enfant qui s'accuse, ou plutôt, qui croit devoir s'accuser alors qu'elle ou il ne fait que réciter une leçon odieusement enseignée : elle ou il est coupable. C'est l'enfant qu'on accuse et l'adulte qu'on protège. Le sentiment de culpabilité de la victime appartient au crime. Les auteur trices en ont autant besoin pour perpétuer leurs actes que d'un coin tranquille. De même, l'amnésie, ou le refoulement si l'on préfère, protège l'enfant de l'impensable cruauté du monde mais, paradoxalement, participe de la perpétuation de celle-ci. La stratégie systématique, et quasi infaillible, d'inversion de culpabilité déployée par les auteur trices se perfectionne en inversion de protection. Les victimes sont désignées pour leurs symptômes, leurs crises, leur « fragilité »...
1. Pour une enfant, une adulte est toujours potentiellement une parente. L'enfant attend donc de l'adulte qu'il se comporte en protecteur-ice et en guide en cas de besoin. En ce sens, on pourrait dire que toute agression sexuelle contre une enfant relève de l'inceste, s'inscrivant seulement selon sa gravité plus ou moins haut sur une échelle de la trahison éthologique. 2. Sándor Ferenczi, « Confusion de langue entre les adultes et l'enfant », art. cit., p. 130.
Les conduites dissociantes' - boulimie, anorexie, mises en danger physiques ou sexuelles, sexualité violente, addictions, etc. - permettent aux survivant•es de ne pas succomber de désespoir (au moins pour une part d'entre eux) tout en protégeant les auteur-trices. Muriel Salmona a décrit comment notre organisme nous permet de survivre à un état de stress traumatique par la production de drogues anesthésiantes « morphine-like » et « ketamine-like ». Cette dissociation permet, non seulement, de ne plus ressentir la violence et la souffrance infligées, elle peut aussi créer un état pseudo-agréable, au même titre que les drogues exo-gènes. Sans protection, sans reconnaissance, sans consola-tion, les victimes n'ont pas d'autre choix que de chercher à se maintenir dans cet état de conscience modifié par tous les moyens disponibles?. Depuis longtemps, la société participe activement à la détresse des victimes en les dénigrant pour leurs symptômes.
Théorie du fantasme = échappatoire à la réalisation : sacrifice de l’intégrité de son propre esprit pour sauver ses parents.
Tout se passe comme si, en matière e violences sexuelles contre les enfants, chacun pouvait être amené à un état d'enfance et incapable de penser de quoi sont capables certain es adultes. Ce doute du corps social dans son ensemble, les survivant es l’entendent bien. Si la tempête neurologique déclenchée par les actes inconcevables n'y a pas suffi, ce bain d'invalidation anticipée y parviendra. Les victimes oublient ou doutent. Le doute profitera à celui ou celle qui ne sera jamais accusée'. Tant que les victimes ignorent, culpabilisent, et sont convaincues que leurs symptômes parlent de qui elles sont et non de ce qu'elles ont vécu, leur souffrance paraît sans fin et la culture de l'inceste se perpétue, de génération en génération. N'est-il pas temps, pour les victimes et pour nous toutes, de renoncer aux « théories échappatoires » ?
L’inceste est une règle, mais il y a également des règles dans l’inceste : (…) l’excitant n’est pas l’amour mais le pouvoir et l’effraction. (…) car pour se reproduire sans rien dire, la culture de l’inceste entretient la confusion entre domination et amour.
Il ne doit donc rien au hasard que le nombre d'incestes pratiqués par les mères soit bien supérieur au nombre de viols commis par des femmes et représente une part conséquente des incestes (un quart environ) car elles profitent et assoient une position de domination par l'âge, en tant que première propriétaire des enfants. Ce n'est pas un hasard non plus si le plus grand nombre d'incestes est commis par la personne la plus âgée et « la plus homme » de la famille. Environ 75 % des agresseurs seraient des hommes, adultes ou adolescents. Et pour la majorité, des pères.
La notion même d'« échange des femmes » qui place celles-ci au rang de marchandises, de bien comme un autre à échanger. Si les femmes sont en position d'être cédées, alors elles ne peuvent pas s'offrir elles-mêmes, en cela leur statut est inférieur aux hommes. Pour les féministes radicales, la psychanalyse de Freud, puis celle de Lacan, et l'anthropologie structurale sont, « en un sens, l'idéologie du sexisme la plus sophistiquée qu'on puisse trouver*», et ses inventeurs sont aussi sexistes et homophobes que les systèmes dont ils parlent. Lors des débats qui ont agité la France au moment de la création du pacte civil de solidarité (Pacs) à la fin des années 1990, qui devait permettre un premier contrat d'union entre conjoints du même sexe avant le mariage pour tous, l'anthropologie de Claude Lévi-Strauss était mise en avant par les opposants au pacte. Jeanne Favret-Saada, célèbre anthropologue française, remarquait que « Lévi-Strauss, Freud et Lacan paraissent-ils incapables de distance critique [...), au point d'ignorer qu'ils ont un coût Dour leurs victimes - les femmes et les homosexuels ? ».
Proposition de modification de l’expression « présomption d’innocence » en présomption de non culpabilité. Oui ! Pourquoi parler d’innocence alors que le droit pénal ne parle que de culpabilité ou non culpabilité.
trop trop bienn je le trouve pas tant trigger, il est pas aussi brutal qu’on le penserait petit résumé des théories de l’inceste hyper clair et accessible (notamment de la part de Dussy qui a écrit Le Berceau des dominations et qui est en charge d’un chapitre du livre) on passe d’une théorie pure au sujet des rapports de dom à des exemples concrets (cc le porno et la milf) et ça se termine par une petite pièce de théâtre trop trop cool, foncez le lire !!!
Je pense que ce livre devrait passer entre toutes les mains afin que les gens puissent se rendre compte de l'ampleur du problème. Par contre, pour les personnes qui ont déjà lu sur l'inceste et / ou fait des recherches dessus, ce livre semblera peut-être un peu concis et superficiel. Mais comme point entrée sur ce sujet sensible, je ne peux que recommander "La culture de l'inceste".
Un recueil d'articles laisse toujours à mon sens une sensation de "trop peu", envie de chaque angle abordé dans chaque article soit plus approfondi. L'ouvrage me semble intéressant pour une première approche mais reste assez superficiel si des personnes déjà plus renseignées sur le sujet devraient se pencher dessus. Je n'ai pas trop adhéré à la fiction collective en fin d'ouvrage même si je comprends évidemment le fondement de celle-ci et l'envie de créer quelque chose "en dehors".
super intéressant, vraiment, j'ai encore appris pleins de trucs et à chaque fois je répétais le tout à haute voix pour me sentir super smart et ça marchait
Comme d'autres l'ont écrit, c'est un bon point de départ pour celleux qui voudraient en apprendre plus sur le sujet. L'approche du livre résiste la pathologisation en politisant l'inceste à travers une analyse féministe du patriarcat, de l'hétérosexisme mais aussi des dominations adultes-enfants. On y retrouve aussi les thèmes de la mémoire, une critique de l'anthropologie classique, et une analyse de la culture visuelle et de la pornographie.
Par contre, le concept du consentement revient à plusieurs reprises sans jamais bénéficier d'un quelconque développement. Je pense qu'il aurait vraiment fallu creuser le consentement dans le contexte de l'inceste et peut-être de la pédocriminalité de manière plus générale, car on se doit de dire, de manière approfondie, de quoi on parle exactement quand on invoque cette question, surtout dans un contexte où ce concept fait l'objet de critiques féministes et queer.
J’ai fait une pause car au mois de mars j’ai quasi pas lu et j’avoue que je préférais lire un truc plus fun que ça…
J’ai eu du mal à me mettre dedans dans la mesure où ça commence avec beaucoup de statistiques et de sources pour des informations que j’estimais déjà connaître.
En revanche, en reprenant ma lecture ce mois-ci j’ai eu une grosse claque face aux statistiques poignants sur l’inceste dans le milieu cinématographique ou encore pornographique.
Ne parlons pas du récit de fiction qui met un terme au livre: c’est poignant.
Une grosse pensée pour Tal qui a mis fin à ses jours durant la rédaction de cet ouvrage, pour qui il était encore trop dur d’en parler ❤️🩹
Pas mal pour comprendre, quand on est novice, la culture de l’inceste. On dira que c’est une sorte d’initiation au sujet. Et sur plein de plans différents: anthropologie, cinéma, porno,… ça dresse un portrait sociétal de cette culture mais sans en approfondir les origines… parce que ça manque de clefs quand même. Des questions plus précises restent en suspend comme ci on avait loupé le volume 1 « qu’est ce que l’inceste? ». Et la fin avec la petite histoire, ou on bascule tout à coup dans le poétique / la fiction, je n’ai pas trop compris …
J'ai mis du temps à le lire mais petit à petit j'y suis arrivé. Je n'avais jamais lu sur ce sujet et ce n'est peut être pas la sorte de sujet que l'on a forcément envie de lire un matin à 8h dans le metro... en tout cas de très bon textes ! J'ai beaucoup apprécié les textes de Iris Brey et le tout dernier sur le «Cela».
Lecture importante et peut-être prudente si l'on pense apprendre des choses (notamment soi-même)
j’ai été un petit peu déçue mais je pense que c’est parce que j’en attendais un peu trop de ce livre en soit il est plutôt complet puisqu’il aborde l’inceste d’un point de vue psychologique, du point de vue des représentations culturelles (notamment dans le porno), la manière dont il a été analysé dans les grandes théories anthropologiques (ce chapitre c’est le meilleur de loin), la domination adulte, etc
Ecrit à plusieurs mains cet ouvrage théorique offre plusieurs perspectives intéressantes quant à la compréhension d’un phénomène extrêmement répandu et pourtant toujours considéré comme tabou. Autant du point de vue sociologique que philosophique que personnel. Certains auteurs sont meilleurs que d’autres. J’avoue avoir souffert de l’écriture inclusive de Dorothée Dussy … qui m’apparaît surtout comme une posture plus qu’autre chose ; d’autant qu’elle «inclut» un peu à sa convenance. Je n’ai pas eu le désir de lire le dernier chapitre qui est une oeuvre de fiction collective.
«Je ressens une émotion immense en comprenant une chose pourtant élémentaire : l'inceste ne peut pas être présenté comme tabou ou interdit si l'inceste est partout. Il s'agit en fait du contraire : l'inceste structure notre société. Il s'agit d'un fléau qui sert de base extrêmement solide pour la domination patriarcale. […] L'inceste est le point d'aveuglement de nos sociétés et de nos arts. Il devient urgent de sortir d'une pathologisation de l'inceste. Les conclusions du travail de recherche anthropologique de Dorothée Dussy sur les hommes qui incestent, qu'elle a interrogés en prison, sont très claires : les personnes qui incestent ne le font pas parce qu'elles ont des « penchants pédophiles » ou parce qu'elles sont malades, ou parce qu'elles sont des monstres. Elles le font parce que le corps des enfants est le plus facile à dominer. Le sociologue Éric Fassin définit la culture du viol de cette manière : « Il s'agit de penser la violence sexuelle en termes culturels et non individuels, non pas comme une exception pathologique, mais comme une pratique inscrite dans la norme qui la rend possible en la tolérant, voire en l'encourageant. Le viol apparaît ainsi comme un comportement extrême dans un continuum qui commence par les comportements ordinaires, jugés normaux' […] « La silenciation des situations d'inceste au niveau de la famille et des institutions et leurs acceptations permettent le maintien d'une société et d'une culture hétéropatriarcale basée sur la domination des corps des femmes et des enfants par les hommes. » »
« Ce qui traumatise dans l'inceste, c'est tout autant la manière dont il apparaît que la manière dont il s'efface. S'efface de nos mémoires, s'efface du récit familial et s'efface de la société. Le trauma devient indicible et non représentable parce qu'il est, en soi, marqué par l'oubli et la dissociation, souvent il ne laisse aucune trace, aucune preuve. »
Superbe lecture, avec un découpage des chapitres rondement mené. Chaque interlocuteur ajoute sa pierre à l’édifice sans faire doublon avec le précédent
Merci également pour le rappel de la définition légale de l’inceste. Je m’y réfère souvent pour clouer le bec à certains qui en ont une représentation erronée