Vivre fluide, c’est explorer tout le potentiel de son désir. Vivre fluide, c’est aimer plus d’un genre, se jouer des étiquettes et des codes. Vivre fluide, c’est assumer le versant anarchiste de la sexualité.
Une lettre est singulièrement ignorée au sein de la galaxie LGBTQ+ : le B de la bisexualité. Pourtant, selon de récentes études, plus de la moitié des femmes ont déjà éprouvé du désir pour d’autres femmes. Et si se dessinait là un nouvel horizon pour le féminisme ?
Dans cette enquête intime où sa voix se mêle à celles d’une cinquantaine de femmes, Mathilde Ramadier nous fait voyager de l’Antiquité à la pop culture, sur le vaste continent de la bisexualité féminine.
Cet essai a le mérite essentiel de parler de la bisexualité chez les femmes, un sujet qui n’est quasiment jamais traité en tant que tel dans la littérature féministe actuelle.
J’avais donc autant d’enthousiasme que d’attentes sur ce livre. Si j’ai été relativement heureuse d’avoir une brève sensation de « communauté » (liée par l’absence d’intérêt de la société pour cette orientation sexuelle et par les questionnements infinis au sujet de « l’illégitimité » de cette orientation), j’ai été un peu déçue par le traitement du sujet. Après un long état des lieux, plus que nécessaire, et très sourcé, de l’histoire de la bisexualité, on se heurte à deux problèmes (à mon sens) : la structuration et la politisation du sujet. Sur la structuration : les représentations culturelles de la bisexualité (déprimantes, il faut le dire) auraient été intéressantes comme premier ou deuxième chapitre, pour permettre une déconstruction de ces clichés à l’épreuve de la réalité. Elles arrivent assez tard dans l’essai. Le portrait des bisexuelles célèbres est un passage très intéressant mais il fait un peu catalogue, et il est peu relié aux autres questionnements.
Le sujet de la bisexualité (et de la sexualité en général) n’est que trop rarement politisé : à part dire que l’on s’émancipe de l’hétérosexualité qui est un régime défavorable aux femmes, l’autrice ne propose pas de réelle politisation du sujet, au sens d’appropriation collective d’un questionnement qui parait uniquement individuel. Les nombreux témoignages viennent renforcer l’individualisation du sujet : certes, chacun.e vit sa bisexualité comme iel l’entend, il n’y a pas de règles dans le désir et c’est très bien. Mais la biphobie existe, l’autrice le mentionne : quid des conséquences de cette biphobie ? Quelles discriminations spécifiques subissent les personnes bi ? Quelle émancipation collective est possible ? Je comprends bien que l’ouvrage n’a pas vocation à répondre à ces questions, mais elle les évacue trop vite à mon sens.
Par ailleurs, j’ai été gênée par le traitement de la transidentité - cela relève à mon avis d’une simple méconnaissance, mais la question de la transidentité est quasiment absente de la réflexion (sauf lors d’un témoignage qui m’a un peu interloquée), etPaul B. Preciado est deadnamé.
Meh. Il y a des morceaux intéressants, un gros travail de recherche, tant historique que de sélection de témoignages, a été fourni pour écrire l'ouvrage, il peut donc être intéressant pour celles qui cherchent une introduction en douceur.
Seulement, la compilation ne suit pas. Ce sont des suites d'anecdotes, de faits historiques, de citations de conception de la bisexualité/fluidité de sexualité, qui s'articulent mal entre elles. Le travail de structuration n'est pas fait.
Sur le fond maintenant, l'autrice déroule une vision très individualiste de la bisexualité/fluidité. On parle de liberté, d'émancipation, on attend toujours la sororité, le collectif. Ce manque se ressent particulièrement quand le livre aborde le lesbianisme, présenté comme une menace "dogmatique" à la fluidité, et non comme un autre champ de liberté, au point parfois de se demander si l'autrice a vraiment compris les lesbiennes qu'elle cite.
le livre se conclut en disant que la bisexualité est une identité plus fluide et malléable que l’hétérosexualité ou le lesbianisme… hmmm « elle estime avec internalisé de la biphobie, parce qu’elle pense souvent que ça serait mieux d’être lesbienne » c’est tellement réducteur pour les lesbiennes et leurs histoire que ça me tabasse… j’ai bien aimé l’écriture et le côté historique parce que c’est toujours cool d’apprendre qui n’était pas hétérosexuel dans l’histoire mais enfin… dire que les bisexuels ont la pire santé mentales parce qu’ils sont le plus stigmatisés….
Mitigée. Cet essai se présente comme un ouvrage sur la bisexualité féminine. La première partie parle surtout d'homosexualité (difficile d'écrire l'histoire de la bisexualité quand elle est apparue si récemment comme catégorie en tant que telle dans l'Histoire), et la dernière partie traite de sexualité non monogame. Seule la partie centrale, qui analyse la place de la bisexualité dans l'art, le marketing et la pop culture aujourd'hui m'a poussée à prendre un regard neuf.
En somme, c'est un ouvrage hétérogène, qui ne traite pas vraiment de bisexualité féminine, et qui croise maladroitement sources personnelles, universitaires, philosophiques et psychologiques.
Un livre intéressant et important porté par une plume féministe et indépendante.
Je l’ai malheureusement trouvé trop long et répétitif. Je me suis ennuyée pendant sa lecture.
Dans l’ensemble, l’autrice donne une interprétation plutôt individualiste de la bisexualité féminine, son propos est trop dépolitisé à mon goût.
Attention, les références à la transidentité sont problématiques : deadname, confusions et utilisation du mot "transexuel" à une reprise, si ma mémoire est bonne.
Par ailleurs, l’autrice se concentre sur la bisexualité vécue dans les pays du Nord global et n’évoque quasiment que des figures historiques et littéraires occidentales.
J'ai lu la version numérique, qui a pas mal de soucis surtout sur deux graphiques qui ont été restitués et expliquant un concept en psychologie/psychanalyse qui sont juste illisible peu importe le support de lecture ce qui est réellement dommage.
Concernant le texte en lui-même, on a plusieurs parties, sur l'historique de la bisexualité, sur des témoignages recueillis, sur la bisexualité dans la pop culture etc. Celle sur la pop culture, et outre les passages intéressants sur Simone De Beauvoir, ses relations et ses personnages, était absolument mauvaise. Un catalogue de célébrités principalement états-uniennes et leur sexualité, sans réel intérêt ou analyse si ce n'est que pour parler du queerbaiting. Ce catalogue est bien trop long et bien moins intéressant qu'une madame tout le monde nous témoignant de son expérience.
En dehors de ce catalogue qui tombe comme un cheveu sur la soupe, l'ensemble de l'ouvrage est très documenté et recherché, et parle d'un sujet qui, comme l'autrice le souligne, est finalement peu abordé. C'est une lecture pertinente et qui finalement aborde forcément bien plus que la simple question de la bisexualité, mais celle du genre, des schémas de relation, du féminisme... Bref un bon cocktail.
Un livre non dénué d'intérêt, avec quelques références et témoignages pertinents, mais très fouillis. Il soutient que la bisexualité est le mode de vie le plus libre et en quelque sorte le plus révolutionnaire - pourquoi pas - mais échoue systématiquement à déconstruire les préjugés à l'origine de la biphobie et à s'attarder sur les spécificités de la bisexualité, en évitant les questions complexes, et en mettant surtout en valeur l'expérience... lesbienne (tout en la dévalorisant puisque selon l'autrice toute monosexualité est limitante).