Le sujet est fantastique et il n’a guère été traité. Quel impact l’abus de téléréalité et la surexposition sur les réseaux sociaux a et aura sur les enfants d’hier, les adultes d’aujourd’hui, leurs enfants, les adultes qu’ils deviendront.
Je ressors pourtant de cette lecture pas très convaincue par le propos qui m’a semblé beaucoup trop manichéen, beaucoup trop à charge. On a d’un côté Mélanie, fille de Loft Story, qui dirige d’une main de maître la chaine Youtube dont ses enfants sont les héros. On y parle cadences infernales, stories incessantes et manque d’intimité. De l’autre, une enquêtrice pugnace, élevée loin des écrans par des parents militants de gauche, orpheline précoce et sans enfant.
La fille de Mélanie, Kimmy Diore, est enlevée et la machine parfaitement huilée d’exposition médiatique déraille.
Point d’enquête policière dans ce roman, je préfère vous avertir tout de suite, ou plus exactement, pas de mystère à démêler mais une critique sociale que j’ai trouvé très malhabile. Le lecteur n’a pas vraiment le loisir de se faire son opinion, on lui donne à lire des destins croisés aussi radicalement différents que si on comparait Soeur Emmanuelle et Joseph Staline. Devinez qui vous allez aimer ?
C’est dommage, évidemment, parce que l’idée me donne à réfléchir. J’ai appris des tas de choses sur les chaines familiales, la réglementation, les contournements, etc. mais ma pensée a été si dirigée que j’ai fini par décrocher. Si on ne me laisse pas réfléchir par moi même, voyez-vous, je ne vois pas l’intérêt d’avoir un cerveau. Je décroche.
J’ai lu le dernier quart des Enfants sont rois, je l’avoue, en diagonale, peu attirée par les états d’âme des uns et des autres, qui semblaient, le style en plus (enfin, ce n’est ni Duras, ni Modiano non plus), tirés de Wikipedia.
Les personnages : Il y a certes une volonté de nuancer les deux personnages principaux (la mère et la policière) et de refléter une certaine diversité de comportement/réaction mais je trouve qu’elle tombe à plat. Les personnages secondaires sont sans densité aucune, sans relief, sans aspérité, faits tout d’un bloc, avec un seul but : servir la dénonciation des méfaits des écrans et de la surexposition. Les personnages principaux ne sont guère mieux lotis : bien qu’on ait cherché à les étoffer, à les densifier, en leur adjoignant un passé, l’absence de nuance dans leurs réactions ne m’a pas permis de m’identifier, ni de les plaindre, ni de les détester. Ils sont restés dans mon esprit des personnages de papier dont je me fichais bien, en réalité, du destin.
L’intrigue. Férue de littérature de genre et formée sur le sujet, je suis assez chichiteuse sur la structuration des intrigues (c’est à dire non pas l’histoire, mais la façon dont on la raconte) et… comment dire… celle-ci s’inscrit parfaitement dans la littérature blanche. On assiste à une succession d’événements dont le lien est la chronologie et les protagonistes, comme si l’auteure (c’est peut-être le cas) inventait son histoire au fur et à mesure.
Le style. Je n’ai pas grand chose à dire. Il y a beaucoup de réflexions très justes et très intéressantes qui auraient mérité d’être développées ; l’idée d’intercaler des dépositions est plutôt bonne. Je suis assez déçue de ce point, paradoxalement, parce que si je peux admettre que la littérature blanche ne s’embarrasse pas de structuration à l’américaine ni de ces ruptures de rythme, tension, etc. qui font les page-turner, c’est parce que la littérature blanche, c’est la magie des mots, du style. Là, non.
En conclusion, je suis plutôt déçue par ce roman qui ne m’a pas du tout embarquée malgré une excellente idée de départ.