Tout coule. Au pied des chutes, l’eau bouillonne et l’écume grandit. Plus loin, les fleuves impassibles n’en finissent plus d’irriguer le territoire, charriant les corps et d’infinies histoires à travers le continent. Dans ce mouvement insaisissable, l’énergique narratrice de Niagara, du Saint-Laurent au lac Ontario, puis du fleuve Mississippi au golfe du Mexique, ne quitte pas de vue les flots. Elle guette la silhouette fantomatique de sa mère qui dérive et de tous les disparus qui l’accompagnent au fil de l'eau. « Je vois ce trajet insensé dans mes rêves. Cela commence toujours par une phrase en voix off prononcée méticuleusement par Marguerite Duras : Tout coule, on ne se baigne jamais dans le même fleuve… tout coule. Marguerite, au creux de mes nuits, se moque de voler leurs pensées aux grands philosophes. »
Catherine Mavrikakis est née le 7 janvier 1961 à Chicago, d’une mère française et d’un père grec qui a grandi en Algérie. Elle a partagé son enfance entre Ville d’Anjou, Montréal-Nord, Villers-Bocage en Normandie et Bay City (Michigan) et a été élevée avec son plus jeune frère par le poste de télévision auprès duquel elle dormait. Elle a subi une éducation stricte dans un lycée français à l’ “étranger” où elle a appris beaucoup de choses, dont l’injustice. En 1979, elle choisit vraiment Montréal, où elle fait des études de littérature et une dépression, qui la conduira à de longues années de psychanalyse. Il lui en restera toujours quelque chose… Pendant dix ans elle a enseigné à l’Université de Concordia où elle était heureuse. Mais tout à dégénéré dans le monde après le 11 septembre. Elle s’est donc retrouvée en 2003 à l’Université de Montréal, ce qui lui laisse beaucoup de temps pour écrire: Depuis 2000, elle a publié quatre romans : Deuils cannibales et mélancoliques (Trois, 2000), Ça va aller (Léméac, 2002), Fleurs de crachat (Leméac, 2005), Le ciel de Bay City, (Héliotrope, 2008) et une pièce de théâtre Omaha Beach (Héliotrope, 2008). Elle a écrit un essai-fiction sur la maternité avec Martine Delvaux: Ventriloquies (Leméac, 2003) et rédigé un essai: Condamner à mort. Les meurtres et la loi à l’écran (PUM, 2005). Elle anime une émission “Rêvez pour moi” sur Radio-Spirale où les invités doivent parler de leurs rêves, ce qu’ils ne font pas toujours de bonne grâce.
Elle fait du yoga et de la méditation. Sa pose préférée est savasana. Elle a une fille de presque huit ans, un mari assez rustre, des amies roumaines, un filleul adorable et bavard et deux marraines extraordinaires pour sa fille. C’est pourquoi elle partage une devise avec les Républicains, des Conservateurs et les Grecs: Vive la Famille!
C’est le premier livre que je lis de Catherine Mavrikakis. J’avais d’elle une perception très « universitaire », toute dans sa tête. Le hasard me l’a fait rencontrer et j’ai découvert une femme chaleureuse, sensible, accueillante. D’où ma grande envie de lire Niagara, son dernier livre. Quel mélange d’univers ! J’ai eu du mal à m’y retrouver. Un fil conducteur, Niagara et le Mississipi, cercueils de ses morts qu’elle refuse de laisser aller. Mais au-delà, on saute d’un univers à l’autre, sans autre lien entre eux que la mort. L’autrice cite beaucoup de lieux, de noms que, si on ne les connaît pas, ne nous permettent pas de suivre la finesse de son propos…on se retrouve largués. En exagérant un peu, je dirais que ce livre est un reflet de séances de psychanalyse… laisser voguer son esprit à partir d’une idée, toujours la même, retrouver sa mère morte et perdue dans les eaux. J’aurai besoin de lire d’autres livres d’elle pour me faire une idée de ses qualités littéraires. Celui-ci m’a trop déconcertée.
3,5 étoiles. L'autrice nous raconte ses morts dans une série de souvenirs et d'anecdotes, où on a de la difficulté à démêler le vrai de l'imaginé. Ça se lit un peu comme un rêve, et j'ai pris plaisir à me laisser porter sans trop me poser de questions.
« Sur le carrousel à diapositives, les années défilent à toute allure. Le manège à photos s’excite dangereusement. L’enfant en moi veut se soustraire à la ronde du temps. Mais elle applaudit au mécanisme lubrique et amusant des ans qui se chevauchent, se pénètrent sans aucune interruption, bien lubrifiés. »
This entire review has been hidden because of spoilers.
Surprenant .. Ce recueil de nouvelles, signé Catherine Mavrikakis, est pour le moins déconcertant. La narratrice, la soixantaine, n'a de cesse de rejoindre sa mère chérie. Immense difficulté sa mère, a disparu emportée dans les chutes de Niagara. 2 ans plus tôt et sa fille, en manque viscéral, cherche à croiser la route de celle qui s'est libérée du joug terrestre. De santé fragile, de mémoire défaillante, d'un âge très avancé, a t'elle fait un AVC et perdu l'équilibre en cette nuit glaciale de février? Sa fille espère la retrouver , sa mère doit encore flotter dans le Mississippi mais la route est longue jusqu'à La Nouvelle Orléans.. la quête s'avère longue et difficile mais si c'était une raison pour continuer à vivre? La plume de Catherine Mavrikakis est fort belle, les phrases très épurées révèlent l'universitaire, professeur de français à l'Université de Montréal et la connaissance intime des auteurs français et américains qui chacun à leur manière l'accompagnent dans son deuil. Des neuf nouvelles , je retiendrai surtout A Saint Paul sous la lune en compagnie de F.S Fitzgerald et Saint Louis est une fête avec Joséphine Baker .
💫C’est mon premier Catherine Mavrikakis et j’ai bien aimé. 💫
Style hors du commun, c’est justement ce dont j’avais envie.
Les chutes Niagara y représentent la métaphore du temps qui passe ainsi que l’inéluctable fatalité de la vie, soit la mort que la narratrice compare à la chute.
Puis, comme dans un rêve, elle poursuit le fantôme de sa mère qu’elle s’imagine errer du St-Laurent jusqu’au Golfe du Mexique en passant par La Louisiane et le Mississippi.
S’entrecroisent aussi des personnes décédés qui l’ont marqué d’une façon ou d’une autre.
Le racisme du Sud des États-Unis se voit écorché au passage et ces propos ne peuvent faire autrement que nous ébranler.
Vraiment pas pour moi: j'ai trouvé ça terriblement ennuyant, vraiment vraiment failli ne pas le terminer (il était moins de 200 pages donc j'ai préféré le finir tant qu'à l'avoir commencé au cas où je comprenne un peu où ça s'en allait). Je pense sincèrement qu'il y a quand même un bon public pour ce livre.
Les références littéraires, musicales, cinématographiques, etc. abondent (un peu trop), mais pas d'une manière amusante ou intéressante à mon avis.
J'aime quand même bien l'oeuvre de Mavrikakis et je recommande souvent un roman sur deux de l'autrice, mais celui-là tombe sur le numéro 2.
Un livre qui parle de beaucoup de choses et qui, au final, ne parle de rien.
Il est incroyable de voir qu'il est possible de peuplé le vide avec autant de name-dropping. Le roman est décousu, il dépend d'un seul thème tellement large qui rend toutes ses composantes hétéroclites. Cela ressemble plus à un vomi d'intertextualité qu'à un roman. Malgré que l'idée de transformer les chutes du Niagara comme ce Styx est intéressant, on étouffe dans ce trop-plein de références. On saute du coq-à-l'âne trop souvent pour que ce soit plaisant ou même tolérable à lire.
Cette phrase du livre le résume bien. L'auteure parle beaucoup de deuil, plus particulièrement la mort de sa mère qu'elle réinvente pour nous offrir un bouquin qui me semble à la fois roman et essai littéraire. J'ai adoré la première moitié, avec ces références culturelles amusantes et cette proposition éclatée mais après ça, elle m'a perdue et je ne comprenais plus trop l'auteure était rendue où ou quelle était son intention.
C'était mon premier livre de l'autrice, et je n'ai jamais réellement réussi à embarquer dans son univers. Le rythme de son écriture est très lent, et j'aurais eu besoin d'un peu d'action vers la fin du récit pour m'y garder investie. C'est toutefois une belle façon d'illustrer les deuils qui s'étirent.
Les métaphores y sont très touchantes, aussi, et on a définitivement envie d'explorer davantage le thème des cours d'eau.
Une allégorie interminable et décousue autour des Chutes Niagara et de l’hydrographie américaine sur la mort, la mère, le deuil et trop d’autres trucs un peu rasant…