"Au fond du couloir, une jeune femme marche comme si elle dansait, encore sous l’effet des somnifères qu’elle a avalés, elle marche en déséquilibre sur sa propre vie, elle ne se rend pas compte qu’elle ne tient pas sur la mince ligne droite qu’elle s’est tracée mais elle avance quand même, elle avance en dansant sur ses pierres, sur ses cailloux, sur ses rochers, le cœur entaillé, la bouche boursoufflée, l’ombre désarrimée, elle avance quand même avec son nez rougi de larmes, ses hanches tanguantes, ses yeux noyés, une bouteille de coca à la main, ne sachant quoi en faire jusqu’à ce qu’une infirmière vienne la lui prendre de peur qu’elle ne se casse, qu’une autre infirmière l’emmène au lit de peur qu’elle ne se casse."
Ananda Devi is a Mauritian writer. Her novel, Eve de ses décombres, won the Prix des cinq continents de la Francophonie in 2006, as well as several other prizes. It was adapted for the cinema by Sharvan Anenden and Harrikrisna Anenden. In 2007, Devi received the Certificat d'Honneur Maurice Cagnon du Conseil International d'Études Francophones.[1] She has since won other literary prizes, including the Prix du Rayonnement de la langue et de la littérature française of the Académie française. During 2010 she was bestowed with Chevalier des Arts et des Lettres by the French Government.
Avec ce roman sur la vie (et la mort) de Sylvia Plath, j’ai pu découvrir la plume d’Ananda Devi. J’ai trouvé parfois les points de vue flous, il m’était parfois difficile de suivre.
Reste que j’ai pu mieux comprendre la relation avec son mari, Ted Hughes et pourquoi elle est autant considérée comme une icône féministe ayant été volée de sa notoriété alors qu’elle était encore parmi nous.
Sa vie et sa mort tragique reste quelque chose de fascinant compte tenu des circonstances. J’ai bien aimé lire ce roman, mais j’ai trouvé parfois difficile de m’y investir à 100%. Ça explique probablement le délai entre la date commencée et la date de fin.
Je découvre Ananda Devi avec ce texte, et pour être honnête ça ne m'a pas vraiment convaincue. L'écriture est très belle, précise, ciselée, mais en réalité je l'ai surtout trouvée prétentieuse. L'alternance des points de vue est floue, on ne sait pas trop comment se situer : tantôt il s'agit de l'autrice qui dissèque son obsession pour Plath, ou plus exactement pour le couple qu'elle formait avec Ted Hughes, mettant parfois cet intérêt en regard des discours féministes sur cette relation dans un mouvement critique ; tantôt on semble être dans la tête de Sylvia Plath, dans son inspiration créatrice ; parfois encore on se situe après sa mort, on s'intéresse à Hughes s'emparant de l'oeuvre de sa femme défunte. Dans tout ça, et malgré le titre, c'est clairement l'influence de Hughes sur Plath qui intéresse l'autrice, les conséquences de leur relation sur son (absence d') écriture. S'opposant plus ou moins directement au geste féministe qui a fait connaître la poétesse en dénonçant les abus de son mari, Ananda Devi semble tenter de réhabiliter ce dernier, génie créateur situé au-dessus des trivialités humaines qui occupent son épouse, dont l'infidélité est rendue nécessaire par sa condition supérieure et l'importance de son art. Pour Plath, on aura de la pitié à l'observer embourbée dans cette relation, incapable de s'élever. Ananda Devi dresse une mythologie de ce couple contre laquelle je n'avais rien a priori, mais qui ne parvient pas à me convaincre. J'ai beaucoup aimé les récits qui imaginent une mythologie similaire autour de Frida Kahlo et Diego Rivera, mais il se fondent sur les écrits de l'artiste pour appuyer leur propos, ce qui n'est pas le cas ici, où on a plutôt l'impression que l'autrice plaide pour sa vision rêvée de Plath et Hughes.
C'est le deuxième livre que je lis sur Sylvia Plath (j'avais beaucoup aimé celui de Coline Pierré), il serait peut-être tant que je la lise elle-même.