" Yuan fen : rencontre prédestinée voulue par le ciel " " Avec ta gueule cassée tu feras des ravages et si tu ne fais pas des ravages, tu feras fortune et si tu fais fortune, tu feras des ravages. " répétait l'oncle de Chao. Depuis son tragique accident alors qu'il n'a que 6 ans, Chao sait qu'il est différent. L'acupuncture, mais aussi un livre d'images sur la France, l'aident à chercher ailleurs que dans ses blessures ce qu'il va devenir. À 21 ans, tandis qu'il participe à l'éclosion d'un empire familial dans une Chine en pleine ébullition, Chao choisit Paris. Il sait qu'à la pointe du Vert Galant, face à l'eau docile ou impétueuse, quelqu'un l'attend. Inès avance dans sa vie avec douleur et détermination. Elle est française, mariée, mère de deux enfants. Tout les éloigne l'un de l'autre. Mais ni Chao, ni Inès ne résistera à l'énergie lumineuse, née de leur rencontre dans un café parisien. Cela se nomme yuan fen, rencontre prédestinée voulue par le ciel.
Ici, nous sommes plongés à la fin ds années 90 et nous découvrons la France, et plus particulièrement Paris, à travers le regard de Chao. Ce dernier, un jeune homme chinois, vient habiter au coeur de la ville lumière. Fasciné par le pays, il apprend rapidement la langue et se fond dans le tumulte de la capitale.
Chao, défiguré à l'âge de six ans après un terrible accident (mais le lecteur n'en sait guère plus), raconte ses expériences et ses surprises. Il nous dévoile également son enfance, dans la banlieue de Pékin et le lecteur découvre les traditions chinoises et la vie quotidienne de la famille de Chao. J'ai beaucoup apprécié toute cette partie: la découverte de Paris à travers le prisme d'un jeune homme chinois puis les échos des souvenirs, l'enfance de Chao, sa famille. J'aime être dépaysée lorsque je lis et ce fut le cas pendant ma lecture. L'auteure, qui a vécu en Chine, a réussi à très bien transmettre l'atmosphère propre au pays rouge. Les mentalités sont différentes des mentalités Occidentales et j'ai apprécié en apprendre plus sur le quotidien des Chinois. Cependant, j'ai regretté que certaines termes ne soient pas traduits ou mieux explicités.
Puis, dans le dernier quart du roman, nous découvrons Inès. Ici, l'histoire est racontée à la troisième personne et le narrateur est omniscient. Cela m'a, au début, quelque peu perturbée. Je dois avouer que Inès m'a laissée indifférente. Je me suis beaucoup plus attachée à Chao et j'ai largement préféré son histoire. J'avais apprécié la découvrir durant le récit de Chao et lire la fascination qu'elle exerçait sur le jeune homme. Mais son point de vue à elle n'a pas réussi à m'émouvoir. Je n'arrivais pas à la cerner et j'ai trouvé cela dommage. J'ai presque, par moment, trouvé que son personnage était creux.
Cependant, je tiens à souligner la très belle plume de l'auteure. Cette dernière nous emporte avec virtuosité dans un voyage temporel et culturel. Les scènes intimes sont délicates, pudiques et presque musicales. La plume de l'auteure pourrait presque être qualifiée de poétique et, par conséquent, elle était très agréable à lire.
En bref, un premier roman intéressant, avec des véritables différences culturelles exposées. Cependant, le personnage masculine est bien plus profond et développé que le personnage féminin. A mon sens, cela aurait pu être plus pertinent de terminer le récit avec le point de vue de Chao et de le laisser conter son histoire d'amour avec Inès. Enfin, la fin est tragique mais guère surprenante. Encore une fois, l'auteure, grâce à sa belle plume et à sa délicatesse, la rend plus agréable à lire.