Troisième recueil d’un triptyque sur les possibilités du poétique face à l’horreur et à la détresse (Plus haut que les flammes, 2010; La main hantée, 2016), Exercices de joie prend le risque de la tendresse en choisissant la douceur comme arme de combat. Dans une écriture fluide qui alterne entre prose et vers, les poèmes explorent la notion de joie, non seulement comme quête d’apaisement, mais comme responsabilité à l’égard des autres : le souci de leur apporter espérance. Or, cette joie impose une gymnastique mentale, elle repose sur des exercices qui témoignent du désir de s’élever au-delà de la douleur sans pourtant la nier, afin de demeurer à l’écoute du monde. Sans craindre la vulnérabilité d’une parole simple, la poète navigue en glissant constamment de l’âge adulte à l’enfance jusqu’au seuil de sa propre disparition. La joie comme faible clarté résiste à l’essoufflement : « écrire maigre / écrire pauvre » permet au poème de glaner autour de lui des parcelles de beauté et de voir surgir la lumière camouflée sous le noir.
Louise Dupré est une poète, romancière et professeure québécoise née en 1949 à Sherbrooke. Elle est participante de longue date au festival littéraire Metropolis bleu. Elle a enseigné la littérature au Cégep de Thetford et à l'Université du Québec à Montréal.
bon moment de lecture, par contre au milieu il y avait quelques textes sur la maternité et je ne sais pas si c'est l'actualité qui fait ça mais je n'ai pas réussi à les lire, je n'arrivais pas à fixer mes yeux dessus, c'était trop, c'était trop angoissant, je pensais que au fameux "réarmement", alors que ça devait être très jolie si c'était à l'image du reste du recueil. bref, je sais pas pourquoi je vous raconte tout ça moi, mais je crois que parfois j'oublie à quel point on est des êtres perméables et vulnérables, et parfois j'aimerais ignorer notre gouvernement mais j'y arrive pas, notre intimité est assaillie et c'est douloureux bref, prenez soin de vous en ces temps difficiles.
On dit souvent des grands livres, et surtout des grands poèmes, qu’ils nous habitent. Si celui-ci nous échappe, à la manière de la joie dont on ne fera jamais [sa] demeure (p121), il nous éclaire souvent et nous éblouit parfois.
Un livre qui marche, comme dirait Saint-Denys Garneau, à côté d’une joie qui n’est pas à soi (p29), embrassant au passage les questions de la naissance et de la mort, des mots et du silence.
Un recueil très juste, très bien écrit, et qui met le doigt sur bien des sentiments innomables.
Beau petit livre sur la vie, les joies, les peines, la résilience et le choix de trouver le bonheur même dans les petites choses. Un certain vent de fraîcheur.
Citations : « Les rêves noyés au fond des yeux finissent par remonter dans le sel des larmes… » p. 13
« Le poème ressuscite des paroles assassinées… » p. 23
« L’amour d’un enfant, ça ne s’éteint pas comme un cierge ou une passion à bout de flamme, ça se loge sous la peau pour l’éternité d’une vie. » p. 78
Encontrar la paz en el viaje hacia la muerte propia. Humilde y poderoso. Desgarra y purifica el surco. No sé si las lágrimas fueron de tristeza, de felicidad, o de amor inconmensurable.
Si je dois garder une recommandation de 2024 !! Un texte qui résonne et qui, j'en suis certaine, m'accompagnera. Je m'en vais acheter les 2 premiers du triptyque.
"... il suffit d'avoir l'air, détendue pour laisser croire, que tu dors, au creux d'un nuage ce n'est pas mentir, que d'épargner, à ses amis les apocalypses souvent promptes à surgir, d'une insomnie il y a assez de malheurs, quotidiens sans avoir besoin, de jouer, les Cassandre et comme au théâtre, tu feins la gaieté afin de découvrir, ce qui se cache, derrière le sombre tu es la seule, à pouvoir te fabriquer, un peu de lumière tu penses à tes ancêtres, anonymes qui ont réussi, à dérober, le feu du ciel pour l'enfermer, dans les lampes et tu te crois capable, toi aussi, de ranimer ton âme quand elle se frappe, contre un mur, de désolation tu le dois aux enfants, qui sont nés, de ta chair et attendent, de toi, un acte d'amour tu as perdu, ta liberté lorsque tu es devenue, mère et tu sera mère, jusqu'à ton dernier souffle tu devras porter, une espérance, qu'on appelle courage même si le monde, d'épouvante un peu plus, de saison en saison tu te demandes si tu pourras, te raisonner, encore longtemps mais tu réponds oui, de toute ta volonté comme on relève, la tête quand on se sait, le premier rempart devant l'abîme tu as décidé de vieillir, sereine, telle ta propre mère et tu entends bien, tenir jusqu'au bout, ta promesse tu en reviens à des mots, qu'on te servait, à l'école tu écris devoir, et responsabilité sans te sentir, obligée, de te justifier tu as atteint l'âge, des testaments et tu refuses, de léguer, le désespoir malgré tes colères, légitimes, et toutes tes déceptions telle ta propre mère, tu voudrais marcher, vers la mort avec les yeux, d'une jeune fille éblouie, devant l'obstination de la vie sans cesse, à recommencer"
Un livre qui nous ancre dans le moment présent. Un ouvrage dont j’ai plusieurs fois voulu lire des extraits à voix haute tellement je voulais que le sens s’imprègne en moi.
Partager la même quête de la joie, même si souvent insaisissable, toujours éphémère. Lire et relire. Pour se rappeler, se sentir moins seul. Chercher le chemin pour s’élever, accepter d’être guidé. Laisser les phrases, fluides, magnifiques, se déposer en soi.
Et se laisser surprendre par la douleur entremêlée de tendresse qu’on ressent à l’évocation de la maternité, de la mère, de la mort.
Ce recueil de Louise Dupré va rester sur ma table de chevet.
🌟🌟🌟🌟1/2: je sens que je reviendrai souvent, à différents âges, vers ce merveilleux livre de poésie et que j'y trouverai toujours la même joie et une inspiration constamment renouvelée.
« Elle repartira comme elle est arrivée, la joie. Tu n'en feras jamais ta demeure. Mais tu lui construiras une halte dans ta poitrine, où tu pourras l'entendre respirer plus fort que ta douleur. »
Exercices de joie exploite beaucoup le thème de la mort, ce qui est surprenant vu le titre et la description. Attention, ce n’est pas un recueil heureux (mais ça reste une œuvre pertinente et belle)