Sept autrices et auteurs originaires ou vivant au Saguenay Lac-Saint-Jean nous racontent l'avenir de leur région, dans une science-fiction parfois intimiste, parfois sociétale, parfois terrifiante, parfois humoristique.
Recueil collectif de sept nouvelles de science-fiction québécoise, centré sur la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, par des auteur·ices issu·es de la région.
Habituellement, les collectifs me laissent une impression mitigée, parce qu'ils ont tendance à être inégaux en qualité. On n'y échappe pas complètement ici, mais même si certaines nouvelles sortent un peu moins du lot, la qualité de l'ensemble est bien meilleure que ce je retrouve généralement dans ce genre de recueil. J'avais peur également qu'on soit uniquement sur du post-apo bien plombant, mais non : même si les futurs décrits ne sont pas roses, on trouve une belle variété d'ambiances et de thèmes traités (avec une bonne place faite aux peuples autochtones).
J'ai retrouvé avec plaisir Into White, ma nouvelle favorite du recueil d'Élisabeth Vonarburg, La Femme aux semelles de temps. Mais la plus grande réussite de ce recueil, c'est la nouvelle de Dave Côté : l'auteur imagine qu'avec le réchauffement climatique, l'accent du Lac se met à fondre aussi, pour le plus grand malheur des habitant·es qui cherchent des solutions singulières afin de le récupérer... Un bel hymne à l'identité régionale porté par une narration ingénieuse, avec au passage un bon gros taquet dans la gueule des racistes de tout poil, jamais inutile par les temps qui courent. Génial!
"Apocalypse Nord" mélange la science-fiction, le post-apocalyptique, des touches de réalisme magique, et est imprégné du Saguenay et des Premières nations. La prémisse de ces nouvelles : imaginer des futurs, possibles ou impossibles, à cette belle région.
C'est un 3,5 /5 pour moi.
J'avoue souvent hésiter avant de lire des recueils de nouvelles puisqu'elles sont souvent inégales.
Parmi les 7 nouvelles, mes préférées ont été :
- "Pourquoi qu'astheure on s'baigne dans l'Lac dans nuit du jour de l'an" de Dave Côté. En quelques pages, j'ai été intrigué et envoûté par ce récit très original !
C'est du pur parler québécois oral transcrit sur papier. Exemple : "Quand chu r'venu à mon p'tit gars, son autobus avançait pus. Y'avait une voie de bloquée su'a route, juste à l'entrée d'Saint-Prime. Un accident. Le maudit Christophe qui a pris son char en boisson, encore une fois. Encore heureux qu'y ait pris l'clos tu seul : au moins y'avait juste lui d'blessé. Tout l'monde espérait qu'y aille eu sa leçon, mais moé j'sais ben qu'y a rien compris encore, le maudit épais."
- "Nitassinan" de Mathieu Villeneuve. Le récit est difficile à catégoriser, avec des touches d'horreur. Il parle beaucoup de l'innu-aimun, la langue parlée par les Innus (qui habitent entre autres au Saguenay). Je ne savais pas du tout où le récit allait, c'était fascinant.
- "Second départ" de Isabelle Pierre. Estella se réveille dans le Saguenay de 1985, avant les catastrophes naturelles qu'elle a subies dans le futur. Un récit court mais poignant.
- "L'osto de scie" de Sébastien Gagnon. Le récit suit un prisonnier qui a une scie à la place d'un bras. Encore une fois un récit court mais percutant !
Les autres nouvelles m'ont laissé plus indifférent. Ce sont "Une perdrix dans les feuillages" de Marie-Christine Bernard, "Into White" de d'Élisabeth Vonarburg" et "L'odeur du caribou et le goût du sang frais" de Gabriel Marcoux-Chabot.
Certaines histoires m’ont plus marquées que d’autres et après la première nouvelle, j’en voulais plus. Le jeu de mots du titre est bien choisi et j’ai bien aimé que la trame de fond soit au Saguenay.