Dans une maison bleue auprès de la mer, une voix se construit hors du monde. Après avoir été contrainte au silence par un système conçu pour faire taire, cette voix choisit délibérément sa disparition. Cet essai poétique crée un dialogue entre les études féministes et les poétiques de la nature, pour explorer le retrait comme moyen de survie, comme tentative de soigner la blessure afin d’habiter à nouveau le corps et l’écriture.
À l’instar des recueils de poésie Juillet, le Nord et Sestrales, Tu choisiras les montagnes s’ancre dans la Minganie (Côte-Nord du Québec) et investit les lieux de la solitude pour y déceler ce qui agite cette présence à soi amplifiée. Au fil d’une pensée qui s’articule autour de l’identité de genre, de l’amour et des violences qui hantent l’intime, un personnage apparaît : Mona, incontournable phrase qui permet de lier au ressenti un propos vaste sur les possibilités du poème et les splendeurs du fragile.
Avec une oeuvre en couverture de Karine Locatelli.
Je suis arrivée à la fin de ce livre renversée, sans savoir si je ne pourrais en ressortir entièrement. J'aurais écorné toutes les pages, mais je me suis retenue. Ci-gît l'un des coins que je n'ai pu garder intact :
" Je m'entoure d'étangs. En mars, noires et lugubres les mares. T'es tu rendu compte que j'ai laissé des morceaux de corps dans notre lit? Je me baigne jusqu'à la tête, retrouve la blancheur. Le chaud et la froideur s'entremêlent dans une vapeur dansante, ça crie en revenant dans mes veines. La lumière blesse atrocement
Aujourd'hui que je pars à nouveau, je retrouve inquiète ma voix. Cette inquiétude m'émeut. Je la célèbre en brisant les murs de mon enfermement. J'ouvre les portes et laisse sortir l'ouragan."
ceci était vraiment magnifique, d’une poésie rare, moderne et à la fois ancestrale, j’ai trouvé chaque tournure de phrase bouleversante dans les parties de « mona » et j’ai du m’arrêter plusieurs fois pour digérer les mots si puissants de lautrice.
J'ai adoré la première moitié de cet essai qui rappelle beaucoup un recueil de poésie. Puis l'autrice a birfurqué sur un sujet et c'est là qu'elle m'a perdue. Ce n'est pas le sujet qui m'a dérangée mais l'analyse qu'elle en fait. Dans ma compréhension, à moi, de ses propos, ça sonnait comme une sorte d'admiration ou de fascination pour cette maladie dont elle parle. J'ai peut-être mal interprété mais ça m'a rendue extrêmement mal à l'aise.
Ce livre est écrit avec brio. À la fois poétique et essayistique, les tons se complètent et les fragments se répondent avec la fluidité de ce fleuve que la narratrice a délaissé pour se tourner vers les forêts.
J'ai bien aimé la première et la dernière section de ce livre, qui regorge de réflexions profondes sur l'écriture et sur l'intime. C'est la partie du milieu et le propos sur l'anorexie qui m'a rebuté. D'abord, parce que l'anorexie est assimilée au jeûne (ce qui est foncièrement différent, selon moi), mais surtout parce qu'elle mène à une perte de contrôle sur soi.
Il y a toutefois, dans la proposition d'une énonciation anorexique, un propos poignant et féministe (que je salue) qui concerne le retranchement volontaire et propose une " poétique de l'essentiel, de l'urgence et de la pulsion brutes et affamée." p. 85
"Je collecte dans les choses invisibles et courantes le spectaculaire de l'existence."
"J'embrasse ces murs qui ont connu toutes les femmes que j'incarne, de la plus sotte à la plus redoutable [...] Je suis plurielle pour mieux échapper aux alliances. C'est un beau risque à prendre."
Plusieurs pages m’ont renversées, j’ai lu ce livre par périodes, assez espacées dans le temps. Je pensais en achetant ce livre que c’était un recueil de poésie, ce qui a freiné au départ ma lecture, car je ne m’attendais pas à cette forme incluant aussi des études/ réflexions féministes. J’y ai trouvé beaucoup de réconfort au final, et il me guide et m’apprend ( car comme je viens de le finir, il se répandra plus officiellement dans les prochains jours en moi) sur l’art de confronter en s’éclipsant. Se prioriser( en se retirant parfois) comme un geste de résistance, et non pas d’abandon. La reconnection à soi et à la confiance grâce à l’isolement. Cet essai poétique s’impose au bon moment pour moi. Il m’incite à la solitude, à l’écriture et à la nature, en fait, il m’y ramène. Je le conseille, ce n’est cependant pas une lecture facile et parfois ma fatigue ne pouvait pas lui tenir tête. Parfois mon cerveau n’avait pas envi de s’exercer sur ces lignes.
Ne pas choisir le doux pour parler d’amour, de beauté, de nature ou de soi, c’est judicieux. Le brut, le vrai, c’est aussi sensible, et encore plus important.
J’ai toute l’envie du monde de me trouver et de m’écrire. Desfois je l’oublie. Desfois des livres me le rappelle.
Une poésie, une pertinence et une lucidité à la hauteur de celle qui me l’a offert.
Je ne sais pas bien parler des livres que j'ai aimés. J'aimerais dire plus, dire ce qu'il me reste et qui ne se nomme pas. Ici, beaucoup.
Tu choisiras les montagnes est délicatement sauvage, profond, foisonnant, appelle à retrouver le temps, l'espace, les arbres, les hauteurs glacées et la résistance par ce qui nous est vital.
Tu choisiras les montagnes est le plus beau livre que j’ai lu depuis un long moment. Il m’a profondément touchée par ses sujets et sa forme, et je l’ai terminé avec le sentiment que je venais de lire quelque chose d’important. L’hybride d’essai poétique m’a surprise et beaucoup plu. Je l’ai lu lentement pour tout savourer.
« Pourtant, c'est précisément dans le secret que j'aime à disparaître, j'aime être totalement seule et attentive à ma dissolution, j'aime que cela se fasse sans heurt, sans explication ni excuse; que l'on m'oublie. »
De façon générale, j'ai adoré ce troisième livre d'Andréane Frenette-Vallières.
C'est tout de même très expérimental comme ouvrage et je trouvais que cela a été exécuté avec brio. C'est très très bien écrit, c'est intelligent, c'est sensible, mais c'est surtout très enivrant comme lecture.
Le seul bémol pour moi, c'est la section portant sur l'anorexie. Bien que je trouvais le fait de remettre cette maladie dans son contexte socio-historique pertinent et que je comprenne que ce ne soit en aucun cas une glorification de cette maladie, je trouvais sa position tirée par les cheveux.
2,5 ⭐️ Tu choisiras les montagnes est un essai sur la résilience, sur la démolition et la reconstruction de soi.
J’ai trouvé la poésie et les réflexions denses, parfois difficiles d’accès. Ce n’est pas tout à fait le type d’écriture vers lequel je vais spontanément, mais je crois que les lecteurs qui apprécient les essais poétiques aux thèmes à la fois intimes et collectifs sauront en reconnaitre la richesse.
Ma note ne reflète donc pas la qualité de l’oeuvre ; elle exprime simplement ma propre expérience de lecture. J’ai senti le travail et le courage de l’autrice à chaque page 🤍
“J’ai besoin de paysages. Besoin de ma petitesse.” “C’est ainsi que j’arrive, en face de cet arbre, à éprouver un sentiment d’éternité devant le spectacle des saisons qui se déplacent, et où je m’amuse des hordes de mésanges venues japper dans mes branches.”