Ces Essais critiques sont un pan essentiel de la réflexion de Roland Barthes sur le théâtre et la littérature. Des auteurs classiques, comme Voltaire ou Baudelaire, y rencontrent des modernes, comme Queneau ou Robbe-Grillet ; mais il ne s'agit ni d'un palmarès ni d'une galerie d'exemples : du combat brechtien à «l'activité structuraliste», en passant par la naissance du «nouveau roman», se dessine ici le tracé d'une des expériences intellectuelles exemplaires de notre époque, qui est la découverte et l'exploration - à travers les domaines privilégiés de l'écriture littéraire et du langage théâtral - de cet inépuisable empire des signes, où la pensée moderne mesure son espace et son pouvoir.
Roland Barthes of France applied semiology, the study of signs and symbols, to literary and social criticism.
Ideas of Roland Gérard Barthes, a theorist, philosopher, and linguist, explored a diverse range of fields. He influenced the development of schools of theory, including design, anthropology, and poststructuralism.
After training in film analysis, the trainer often referred to Roland Barthes, whom I wanted to fill one of my too many gaps. For discovery, I chose Critical Essays, a collection of texts written between 1954 and 1963. The short book seemed to be a perfect introduction to get an idea of Roland Barthes' thoughts. However, my expectations were not met, because these essays relate to literature (among others Robbe-Grillet, Baudelaire, Brecht, La Bruyère, Voltaire, Michelet, Queneau, Kafka, Bataille) and not to images. I should perhaps have chosen an accurate reading of these writings to avoid the effects of repetition on the themes and subjects questioned, but ultimately reading them in one go allowed me, on the one hand, to immerse myself in Barthes' method of thought, and on the other hand. That's up to gradually understanding the author's specific rather than conceptual terms, because it is after a remarkable preface devoted to writing. Interest in Barthes' speech waned a little, as it was primarily reviews of literary works, paintings, or plays that I didn't necessarily know. The novels of Robbe-Grillet hold a significant place there, and my ignorance of his work was detrimental to my receptivity. Finally, the vocabulary employed by Barthes left room for ambiguity, and his numerous developments resembled to me academic verbiage, a somewhat pompous spiel. For example, in the text titled "Tacitus and the funeral baroque", it is said: «In Tacitus, from year to year, Death takes; and the more the moments of this solidification divided, the more the total is undivided: generic Death is massive, it is not conceptual; the idea here is not the product of a reduction but of a repetition. » What is the difference between Death and Death? Unfortunately, there are many more passages like this, the words of a linguist that do wrong to literature. Besides, Barthes, in these too confusing passages, comes out, in my opinion, from writing. But I would be too severe if I attached too much importance to these few passages. It is up to me to be patient and perhaps one day to live up to his thought because, on the whole, Roland Barthes' thinking is breathtaking in its originality, erudition, clairvoyance, and lucidity. There are analyses, in particular, of the novels' items and the imagination of the sign, which are remarkable and will delight all those who are strictly interested in the essential literary questions.
'Ce Saenredam aux surfaces sucrées et obstinées, récuse tranquillement le surpeuplement italien des statues, aussi bien que l'horreur du vide professée par les autres peintres hollandais. Saenredam est à peu près un peintre de l'absurde, il a accompli un état privatif du sujet, plus insidieux que les dislocations de la peinture moderne.'
'Saenredam est un paradoxe : il fait sentir par antithèse la nature de la peinture hollandaise classique, qui, elle, n'a nettoyé proprement la religion que pour établir à la place l'homme et son empire des choses. Là où dominait la Vierge et ses escaliers d'anges, l'homme s'installe, les pieds sur les mille objets de la vie quotidienne, entouré triomphalement de ses usages.'"
'Chaque maison, étroite, plate, légèrement penchée comme pour aller au-devant de la marchandise, s'épure brusquement vers le haut : il n'y a plus, dressée contre le ciel, qu'une sorte de bouche mystique, qui est le grenier, comme si tout l'habitat humain n'était que la voie ascendante de l'entreposement, ce grand geste ancestral des animaux et des enfants.'
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Littérature objective : 'On entend souvent dire que l'art a pour charge d'exprimer l'inexprimable : c'est le contraire qu'il faut dire [...] : toute la tâche de l'art est d'inexprimer l'exprimable, d'enlever à la langue du monde, qui est la pauvre et puissante langue des passions, une parole autre, une parole exacte.'
------- Théâtre de Baudelaire:
Mère Courage aveugle
'[...] elle ne voit rien, mais nous, nous voyons par elle, nous comprenons, saisis par cette évidence dramatique qui est la persuasion la plus immédiate qui soit, que Mère Courage aveugle est victime de ce qu'elle ne voit pas, et qui est un mal remédiable.'
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La révolution brechtienne
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Les maladies du costume de théâtre
'En somme, le bon costume de théâtre doit être assez matériel pour signifier et assez transparent pour ne pas constituer ses signes en parasites. Le costume est une écriture et il en a l'ambiguïté : l'écriture est un instrument au service d'un propos qui la dépasse ; mais si l'écriture est ou trop pauvre ou trop riche, ou trop belle ou trop laide, elle ne permet plus la lecture et faillit à sa fonction.
Littérature littérale
'[...] nous sommes ici victimes, une fois de plus, de ce préjugé qui nous fait attribuer au roman une essence, celle même du réel, de notre réel ; nous concevons toujours l'imaginaire comme un symbole du réel, nous voulons voir dans l'art une litote de la nature.'
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Comment représenter l'antique ?
[Au sujet de l'Orestie d'Eschyle]
'Représentée dans sa particularité, dans son originalité, la tragédie antique nous concerne dans la mesure où elle nous donne à comprendre clairement, par tous les prestiges du théâtre, que l'histoire est plastique, fluide, au service des hommes, pour peu qu'ils veuillent bien s'en rendre maîtres en toute lucidité.'
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À l'avant-garde de quel théâtre ?
Théâtre d'avant-garde et théâtre politique.
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Les tâches de la critique brechtienne
Le théâtre de Brecht est une anti-Nature, contrairement à l'art de commande jdanovien et à l'art assermenté à la conception du monde tenue par la bourgeoisie.
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Vouloir nous brûle...
À propos du Faiseur de Balzac: 'Balzac a vu la modernité qui s'annonçait, non plus comme le monde des biens et des personnes (catégories du Code napoléonien), mais comme celui des fonctions et des valeurs : ce qui existe n'est plus ce qui est, c'est ce qui se tient. Dans Le Faiseur, tous les personnages sont vides [...], mais ils existent parce que, précisément, leur vide est contigu : ils se tiennent les uns par les autres.'
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Le dernier des écrivains heureux
Sur le monde statique et mécaniste de Voltaire, que Barthes place à la source de : 1) l'immobilisme tolérant/du libéralisme; 2) de l'anti-intellectualisme
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Il n'y a pas d'école Robbe-Grillet
Sur les caractéristiques opposées de l'œuvre de Robbe-Grillet et de Michel Butor.
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Littérature et méta-langage
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Tacite et le baroque funèbre
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La Sorcière
Michelet livre une histoire-roman, ébauche d'ethnologique. Il prend position à l'écart de l'Église et des dogmes de la science positiviste.
'Au lieu de l'éloigner de la vérité, le roman a aidé Michelet à comprendre la sorcellerie dans sa structure objective. [...] Par exemple, en faisant l'histoire de la Sorcière (et non de la sorcellerie), Michelet annonce le choix fondamental de l'ethnologie moderne : partir des fonctions, non des institutions [...].'
'Voyant sa propre société déchirée entre deux postulations qu'il estimait également impossibles, la postulation chrétienne et la postulation matérialiste, il a lui-même esquissé le compromis magique, il s'est fait Sorcier, rassembleur d'os, ressusciteur de morts, il a pris sur lui de dire non, éperdument, à l'Église et à la science, de remplacer le dogme ou le fait brut par le mythe.'
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Zazie et la littérature
'Queneau n'est pas le premier écrivain à lutter avec la Littérature. Depuis que la « Littérature » existe (c'est-à-dire, si l'on en juge d'après la date du mot, depuis fort peu de temps), on peut dire que c'est la fonction de l'écrivain que de la combattre.'
Zazie dans le métro traite avec brio du langage-objet et du méta-langage.
Différence entre l'emploi d'une écriture allusive et d'une écriture symbolique.
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Sur la mère de Brecht
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Écrivains et écrivants
'c'est au moment même où le travail de l'écrivain devient sa propre fin, qu'il retrouve un caractère médiateur [...]. la littérature est toujours irréaliste, mais c'est son irréalisme même qui lui permet de poser souvent de bonnes questions au monde — sans que ces questions puissent jamais être directes.'
La littérature comme moyen terme de l'interruption du monde.
Tautologie fondamentale de la littérature : le matériau et la technique y deviennent leur propre fin.
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La littérature, aujourd'hui
Irréalisme foncier de la littérature et de sa technique langagière, c'est-à-dire de son matériau.
Sur Mobile de Michel Butor et sur la destruction de l'objet-livre.
'[...] dire de Mobile [de Michel Butor] que « ce n'est pas un livre », c'est évidemment enfermer l'être et le sens de la littérature dans un pur protocole, comme si cette même littérature était un rite qui perdrait toute efficacité du jour où l'on manquerait formellement à l'une de ses règles [...].'
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Structure du fait divers
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Le point sur Robbe-Grillet
Une littérature qui désigne et se tait. -----------
L'imagination du signe
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L'activité structuraliste
'À la limite, on pourrait dire que l'objet du structuralisme, ce n'est pas l'homme riche de certains sens, mais l'homme fabricateur de sens [...].'
'[Le structuraliste] lui aussi prête l'oreille au naturel de la culture, et perçoit sans cesse en elle, moins des sens stables, finis, « vrais », que le frisson d'une machine immense qui est l'humanité en train de procéder inlassablement à une création du sens, sans laquelle elle ne serait plus humaine.'
On recompose l'objet, découpage et agencement qui font apparaître des contraintes, des règles, des fonctions... L'objet du structuralisme se place à l'échelle de la production de sens.
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La Bruyère
'La Bruyère : parce qu'il s'est voulu écrivain, sa description de l'homme atteint les vraies questions.'
Critique universitaire et critique d'interprétation.
'[...] la psychologie du lansonisme est parfaitement datée, consistant essentiellement en une sorte de déterminisme analogique, selon lequel les détails d'une œuvre doivent ressembler aux détails d'une vie, l'âme d'une personnage à l'âme de l'auteur, etc., idéologie très particulière puisque [...] depuis, la psychanalyse, par exemple, a imaginé des rapports contraires de dénégation entre une œuvre et son auteur.'
'En soi, un langage n'est pas vrai ou faux, il est valide ou il ne l'est pas : valide, c'est-à-dire constituant un système cohérent de signes.'
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Qu'est-ce que la critique ?
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Littérature et signification
La signification de la littérature est nichée au sein du langage, dans le tremblement entre signifiant déterminé sans signifié précis. La signification en est dans un sens ouvert, non rempli, à charge au lecteur de le faire.
'Il y a un statut particulier de la littérature qui tient à ceci, qu'elle est faite avec du langage, c'est-à-dire avec une matière qui est déjà signifiante au moment où la littérature s'en empare. Il faut que la littérature se glisse dans un système qui ne lui appartient pas mais qui fonctionne malgré tout aux mêmes fins qu'elle, à savoir : communiquer.'
'[...] on travaille à édifier une science qui s'inclut elle-même dans son objet et c'est cette « réflexivité » infinie qui, en face, constitue précisément l'art : science et art reconnaissent en commun une relativité inédite de l'objet et du regard.'
[...] écrire est un acte qui dépasse l'œuvre; écrire, c'est précisément accepter de voir le monde transformer en discours dogmatique une parole qu'on a pourtant voulue (si l'on est écrivain) dépositaire d'un sens ouvert; écrire, c'est remettre aux autres de fermer eux-mêmes votre propre parole, et l'écriture n'est qu'une proposition dont on ne connaît jamais la réponse.'
'On écrit pour être aimé, on est lu sans pouvoir l'être, c'est sans doute cette distance qui constitue l'écrivain.'
Una din cărțile pe care chiar mi-a fost greu să le diger. Sper ca, pe lângă șirul ăla de citate, expresii și idei dulcegi și demențial de dulcegi, să mi se fi întipărit vreo frumusețe de schelet de frază în minte, altfel, halal șetitor! Se va vedea/simți pe viitor. Acum trebuie să mă bucur, cred, că am dus-o la capăt. Să o recomand (la puțini oameni o pot recomanda, nu toți o să țină morțiș să o citească până la sfârșit). Și să-mi caut de niște lecturi mai puțin grele (dar nu proaste!).
Ideas fundamentales sobre el estructuralismo y la particular forma de hacer crítica de Barthes. No es programático pero sí iluminador. Simple pero sugerente. Un texto al que definitivamente voy a estar regresando.
This is the first thing to say about Roland Barthes' essay collection: it is a French essay collection. Curiously, by insisting on this French essay collection's nationality, which is not ours, we free it of its exoticism. Apparently, the book has had more repercussions in France than in the Amazon (here we deliberately call the rainforest by its mythic name): a proof of its realism: if it touches the French (and some, no doubt, quite disagreeably), it is because it concerns them, and if it concerns them, it is precisely to the degree that they are French. And what matters about this relationship is that it inheres in the situation, not in the anecdote; here we approach the paradox that constitutes this French essay collection's continued value: it is not a paradoxical French essay collection whose declared object, in the manner of the great historical epitomes, would be to describe the historical relations of the French church and French proletariat; and yet these relations, the reality of these relations, and the anti reality of their sub-relations (by this I mean their mathematical function), form the structure of the work, and even, I believe, its justification, yes, I believe, its deepest, ethical, impulse,
C’est une série d’essais denses et riches, qui ont ouvert des avenues vers d’autres oeuvres dans mon esprit, et ont donné une substance a certaines de mes intuitions structuralistes. Certains essais étaient très marquant: ceux sur Brecht, et surtout celui sur Voltaire. Certaines références dites en passant m’ont fait plonger dans des lectures d’articles plus détaillés, comme sur Lucien Febvre, l’école des annales et la périodisation de l’histoire. C’est un peu comme de retourner en classe, et d’être tiré vers des horizons inconnus. Le problème, c’est que ça reste dur à lire, et en relisant mes notes sur chacun des essais, je me rends compte que j’ai retenu peu d’arguments en profondeur. C’est du a ma memoire surement, mais aussi au langage et la construction difficile de certains arguments. La meilleure façon de le lire est de picorer les essais intéressants et de laisser le reste en plan.
Todos los ensayos nos permiten conocer en parte un pensamiento claro, preciso y crítico: el de Roland Barthes. Es un libro indispensable al que pretenda tener una verdadera experiencia estética sobre las obras, pues el autor es constante en su mensaje: el de entender la obra como una gran estructura semiológica, donde vamos de la lectura de lo particular (la letra) a lo general (la literatura). Por lo anterior, sería imposible vertir toda la experiencia en estas lineas de impresión, pues para ello, con motivo del motivo de la obra, sería menester ensayar un ensayo. De todas maneras, aconsejo fervientemente su lectura, sé, a ciencia cierta, que el lector nunca quedara descepcionado, porque si bien muchas veces el autor se repite en algunos ensayos, siempre son una beldad de lo que es la estructura de sus pasiones.
O Barthes parece ter uma obsessão especial com o teatro de Brecht e os romances de Robbe-Grillet, coisas com as quais tenho absolutamente zero contacto, mas os ensaios contém muito de interesse na mesma.
Barthes' illustration on signs and signification, discussion on coincidence is amazing. Aftermath of reading his essay is that you start to think of things in a quasi-Barthes way. Not sure if it's a good thing or a bad thing, but it definitely makes you a person with a deeper thought, hehe