Je me nomme Max Hubert. Mon sang est un mélange de normand, de highlander, de marseillais et de sauvage. En ce composé hybride se heurtent le tempérament explosif du midi, la passion lente et forte du nord, la profonde sentimentalité de l’Écosse et l’instinct aventurier du coureur des bois. Nature faite de légèreté et de réflexion, de cynisme et de naïveté, de logique et de contradiction. Aucun sens pratique, un fier dédain pour l’argent et les hommes d’argent. En dehors de la pensée, de la beauté et de l’amour, c’est-à-dire en dehors de la vie, rien n’a d’importance à mes yeux. Je ne comprends pas qu’on puisse longtemps fuir la joie pour un profit, étant de ces hommes qui croient encore qu’un lever de soleil et une émotion tendre ne s’achètent point et narguent les arides calculateurs.
Un roman mis à l’index par l’Église en 1934. Livre important dans l’histoire de la littérature québécoise et dans l’évolution des idées au Québec, et en particulier dans le deuxième cas.
Les vertus narratives de ce roman sont limitées: la trame centrale (une histoire d’amour) est correcte, les personnages peu travaillés, la langue jolie, mais parfois beurrée trop épais.
Ce qui a de plus intéressant, c’est la critique sociale de l’auteur - Jean-Charles Harvey dissémine dans son texte des accusations assez acerbes contre l’Église, la mauvaise foi des élites, la petitesse de la société canadienne-française, la censure, l’hypocrisie des gens « cultivés ». Certains de ces passages sont excellents et font étrangement écho à notre époque, qu’on pourrait pourtant croire différente.
Sur l’oppression de classe dont est responsable l’Église: « Franchissant d’un bond les époques historiques, Hermann se demandait quel serait le Christ du vingtième siècle avec des temples magnifiques bâtis par l’argent des gueux sous la peur de l’enfer; avec des biens immenses cotés par la haute finance et ne rendant pas tribut à César, le César honni, à qui le pauvre Jésus rendait son effigie et son denier; avec un monopole sur les connaissances, les écoles, les institutions; avec le confort, le luxe et l’opulence édifiés avec la dîme du paysan ou du pêcheur; avec la triple alliance du capital, du pouvoir civil et des choses saintes; avec l’autocratie du dogme étouffant toute pensée libre et ne reculant pas devant la ruine voulue de pauvres diables coupables seulement d’avoir osé crier des vérités qui bouillonnaient en eux; avec la considération, la puissance, les cadeaux, les héritages, les recettes de la naissance, du mariage et de la mort; avec le silence servile d’un peuple habitué à plier l’échine… Que serait-il, le bon Jésus des publicains et des mendiants, avec tant de biens? »
Par la bande, Harvey présente un portrait idéalisé du passé paysan canadien-français qui m’a fait rouler les yeux. Cependant, on sent qu’il n’est pas nostalgique ou ne cherche pas à retrouver ce passé - il pointe simplement comment « l’évolution civilisationnelle » du Québec était incomplète et insatisfaisante. Tous ces bourgeois parvenus, idéologues serviles et clercs crispés auraient perdu le soi-disant « héroïsme » du paysan d’autres fois sans acquérir rien de la « grandeur » des classes dirigeantes des grandes puissances. Ce sont des demi-civilisés. Là-dessus, Harvey touche à une profonde vérité.
Pour le dire plus scientifiquement, Harvey représente les derniers soubresauts d’un libéralisme petit-bourgeois radical, et honnête, au Québec.
Par exemple: « Toute la nation repose sur ces obscurs qui ont été presque les seuls à vraiment souffrir pour la sauver. Ce qu'ils ont fait, eux, ils ne l'ont pas crié sur les toits, ils ne l'ont ni publié, ni hurlé dans les parlements : ils l'ont fait par devoir, sans espoir de récompense humaine. Abandonnés, à la conquête, ils ont continué à labourer et à engendrer sans se soucier des nouveaux maîtres. Puis ils ont fait ce qu'on leur disait de faire. Ils n'ont pas maugréé ; ils ont tout accepté, les yeux fermés, tout subit, tout enduré. Ils sont pourtant restés fiers, intelligents, originaux, raisonnables et personnels. Il me semble que notre paysannerie est la plus civilisée qui soit au monde. Elle est la base sur laquelle nous bâtissons sans cesse. Ce n’est pas chez elle qu’on trouve la plaie des demi-civilisés: c’est dans notre élite même.
Trois éléments forment notre triangle social: le paysan à la base, l’artisan au milieu et le demi-civilisé au sommet. Les quelques civilisés égarés dans notre peuple sont en dehors de ce triangle. Un jour viendra où cette dernière catégorie sera assez nombreuse pour ouvrir l’étau et former la quatrième ligne qui créera le rectangle aux quatre faces. D’ici là, nous ferons figure de race infirme. »
La justesse des critiques, tout autant que ses limites, sont claires. Justement parce qu’il est un petit-bourgeois libéral, pendant qu’il lorgne en soupirant le passé campagnard, Harvey est complètement aveugle à l’avènement d’une grande masse de gens qui pensent, fabriquent, vivent et rêvent: la classe ouvrière québécoise. Les seuls sauveurs sont les intellectuels flottants par-ci par-là — des Jean-Charles Harvey, peut-être?
En somme, Harvey est juste dans sa critique, mais tombe à plat dans ses propositions. C’est typique.
Au passage, le traitement que Harvey fait de l’amour et des femmes est platement misogyne et honnêtement inintéressant. À ce sujet, la fin du roman est mauvaise (l’aimée est sauvée du supplice du couvent par le personnage principal, qui la tire de sa déprime paralysante).
Tout de même, « Les demi-civilisés » a le mérite d’adresser les grandes questions sociales, morales et spirituelles qui manquent trop souvent à notre littéraire. Qu’il le fasse depuis l’angle d’un « libre penseur » est sa principale limite. Mais il le fait. Le livre dépasse le sujet, aujourd’hui presque monopolistique dans notre art, de la vie intérieure.
Pour qui veut en apprendre sur l’évolution de la pensée moderne au Québec, cette lecture assez rapide vaut le détour.
Ce livre a une place importante dans notre histoire, dans notre culture et peut-être aussi dans nos bibliothèques. Il était pertinent le siècle dernier "précurseur de la révolution tranquille" pis toute mais aujourd'hui la seule chose qui choque c'est peut-être une certaine misogynie.
Comme sa pertinence est échue, on pourrait l'apprécier pour son scénario (classique et sans grande imagination), son intrigue (absente), ses personnages (Gary Stu et Mary Sue) ou même sa prose (belle mais un peu surtravaillée : "as-tu vu la richesse de ma langue, petit prolétaire?")
C'est dommage, mais ce livre ne gardera pas de place spéciale dans mon coeur.
Un livre important dans l'histoire moderne du Québec. Poésie magnifique, lecture très punk si on se transpose en 1934. L'intrigue relève davantage du terroir; une histoire d'amour cliché, mais qui renforce son lien envers son époque.
Très belle édition, la préface de l'auteur trente ans après la parution et la postface de Guildo Roussea mettent habilement en contexte le roman.
Je me suis un peu attachée à des personnages, mais ça demande plus de concentration lorsque c'est un livre d'école. Je ne recommande pas nécessairement, mais je suis bien contente d'avoir découvert une nouvelle lecture.
Lecture obligatoire au cégep. Même à 17 ans, je pouvais voir que ce n'est pas un bon roman. Je ne dis pas un roman plate, comme la plupart de mes camarades de classe (des non-lecteurs évidemment) le décrivaient, mais un roman mal construit, encore enferré dans les codes du roman-feuilleton du 19e siècle. Il a au moins eu le mérite d'échapper à l'autocensure catholique de l'époque.
Ce roman est sans doute le grand precurseur de la revolution tranquille. La grande these est que les Canadiens-Francais vivent sous le joug anglo-saxon. L'eglise Catholique travaille en etroite collabortion avec les Anglo-Saxon pour s'assurer ques les canadiens-francais ne s'affranchissent pas. Ce n'est vraiment pas de joli.
Publie en avril 1934, la reponse de la sainte eglise ne s'est pas fait attendre.L En avril 1934, son éminence le Cardinal J.-M.R. Villeneuve, O.M.I., archêveque de Québec a mis Les demi-civilisees a l'index papal avec la declaration de condamnation qui suit:
Le roman »Les demi-civilisés » de Jean-Charles Harvey tombe sous le canon 1399, 3′ du Code de Droit canonique. Conséquemment, ce livre est prohibé par le droit commun de l’Église. Nous le déclarons tel et le condamnons aussi de Notre propre autorité archiépiscopale. Il est donc défendu, sous peine de faute grave, de le publier, de le lire, de le garder, de le vendre, de le traduire ou de le communiquer aux autres.
Les forces de la démocratie libérale a perdu la premiere bataille mais a emporte la guerre de facon sans equivoque. L'eglise Catholique recule sur tous les fronts dans le Quebec de nos jours.
Jean-Charles a maintenant un place d'honneur dans le Pantheon de la revolution tranquille.
Les qualites litteraires de ce roman sont effectivement nuls. Cependant il a joue un role decisive dans un long debat de societe. Les etudiants d'histoire canadienne et quebecoise doivent absolument le lire.
Apparently, this novel caused a scandal in Quebec before the 1960s because Harvey pointed out through his characters how stupid the Catholic church was. Unfortunately, instead of having a story, Harvey just filled pages with an annoying romance and badly written dialogues that serve as an attack against the clergy. All in all, this is just the work of a writer who got a confusion of genres.