Parmi les spécialités traitant de la santé des femmes, la gynécologie occupe une place à part : à la différence de l’obstétrique ou de la chirurgie gynécologique, elle ne porte pas sur un moment particulier de la vie corporelle, la maladie, la grossesse ou l’accouchement, mais consiste à suivre les patientes sans justification médicale apparente de la puberté jusqu’à la mort. Elle repose donc sur l’idée que les femmes nécessitent un suivi spécifique et régulier. Ce livre se donne pour but de défaire cette évidence : pourquoi les femmes doivent-elles consulter un gynécologue une fois par an ? Cette injonction, qui n’a bien sûr pas d’équivalent pour les hommes (il n’existe pas d’« andrologie »), correspond à ce qu’Aurore Koechlin appelle la « norme gynécologique ».
Pour l’étudier, elle a choisi de mener une enquête ethnographique au long cours, sur plusieurs terrains, auprès de praticien·ne·s et de patientes. Ainsi, elle interroge en féministe, au plus près de l’expérience, la nécessité du suivi gynécologique, la manière dont les femmes le vivent et la curieuse pathologisation du corps féminin qu’il implique. Elle retrace les étapes de la « carrière gynécologique », identifie ses effets, notamment psychiques, examine les relations médecins/patientes et l’inégale qualité des soins prodigués selon la classe et la race, et, enfin, s’intéresse aux résistances, partielles ou totales, à cette norme gynécologique, qui prennent par exemple la forme de l’auto-gynécologie.
Un super ouvrage. Je ne mets cependant que 4 étoiles car j’ai été un peu déçue par rapport à ce que j’attendais… L’auteure s’abrite, selon moi, un peu trop derrière une « neutralité de sociologue ». J’attendais un ouvrage qui dénonce, mais le (mince) chapitre sur les violences gynécologiques est assez complaisant. Soyez-en averti.e.s !
Super intéressant, d’autant plus en tant que médecin en devenir. L’essai permet de détecter nos propres biais quant aux attentes que nous avons des patientes, fonction des normes médicales bien ancrées chez les médecins et les étudiant.es en médecine. J’apprécie également l’éthique pratiquée par l’autrice pour réaliser son étude. Dommage cependant qu’elle ne « politise » pas plus son analyse et que les violences gynécologiques ne soient pas plus abordées : elles sont pourtant omniprésentes aux urgences, et même en consultation.