Fouquet a dû croire que tout s'achète, même le destin. Fouquet est l'homme le plus vif, le plus naturel, le plus tolérant, le plus brillant, le mieux doué pour l'art de vivre, le plus français. Il va être pris dans un étau, entre deux orgueilleux, secs, prudents, dissimulés, épurateurs impitoyables, Louis XIV et Colbert. Il succombera, étant resté un homme du temps de la Fronde, vivant dans un magnifique désordre, avec quinze ans de retard sur l'époque absolue qui s'annonce. Fouquet le prodigue, confiant et aveugle, n'ayant su ni percer à jour la Reine Mère, ni retenir Mazarin, ni juger Colbert, ni prévoir Louis le Grand, qui l'exécutèrent, puis le dépouillèrent de son faste.
Paul Morand was a French diplomat, novelist, playwright and poet, considered an early Modernist.
He was a graduate of the Paris Institute of Political Studies (better known as Sciences Po). During the pre-war period, he wrote many short books which are noted for their elegance of style, erudition, narrative concision, and for the author's observation of the countries he visited combined with his middle-class views.
Morand's reputation has been marred by his stance during the Second World War, when he collaborated with the Vichy regime and was a vocal anti-Semite. When the Second World War ended, Morand served as an ambassador in Bern, but his position was revoked and he lived in exile in Switzerland.
Post-war, he was a patron of the Hussards literary movement, which opposed Existentialism. Morand went on to become a member of the Académie française; his candidature was initially rejected by Charles de Gaulle, the only instance of a President ever exercising his right to veto electees to the academy. Morand was finally elected ten years later, though he still had to forgo the official investiture).
Paul Morand was a friend of Marcel Proust and has left valuable observations about him.
Finally, this year I could visit the chateau at Vaux-le-Vicomte, despite Covid barriers. In the bookshop of the castle, I bought this book. The subtitle, Le Soleil offusqué, or something like “the offended (from darkened) sun”, indicates the approach that Morand uses in his meditation on this personage.
Nicholas Fouquet (1615-1680), over twenty years older than Louis XIV, belonged to a family that had been under the protection of Cardinal Richelieu (1585-1642). They were wealthy, partly thanks to their involvement in the colonies through their holdings of the Compagnie des Îles d’Amérique. Nicholas later turned into politics, already under Louis XIII but continuing during Anna's Regency and the administration of Cardinal Mazarin (1602-1661). Nicholas then married a very wealthy lady and with her dowry he purchased the land in Vaux (Southeast of Paris, near Melun) and called himself Vicomte de Vaux. Fouquet was also highly cultured and had exquisite taste. In his circle we find Molière, Madame de Sévigné (the letter writer), and La Fontaine amongst many others, and he employed the golden trio or artists who would coin French baroque art: the architect Le Vau (1612-1670), the gardener Le Nôtre (1613-1700) and the painter and sculptor Le Brun (1619-1690). The result is the exceedingly beautiful Vaux le Vicomte.
Fouquet became Minister of Finance at a time when the French crown was in economic dire straits. There was a point in which Nicholas had to support the bad credit of the crown with his own financial standing. Then one day, in 1661, Fouquet had the ill-starred idea of organizing a major fête in his astonishing and brand-new palace and invite the young king. This young man in his early twenties was already beginning to feel that he was some sort of Sun. All that palatial magnificence overshadowing the crown could not be palatable to the imaginative monarch. Incipient envy, fuelled by the highly ambitious Colbert (1619-1683) who was after Fouquet’s position, resulted in Fouquet being accused of embezzlement, as well as of being tried and imprisoned.
Morand devotes a considerable part of his account to tracing, almost in slow motion, Nicholas’s downfall and how it was perceived by his contemporaries. This is however not the first account that aims at restoring Fouquet’s reputation. Dumas’s notable Le vicomte de Bragelonne, Tome 1 paved the way for the rehabilitation. Other popular works, including films, have focused on the mysterious Man of the Masque. In the castle, they have included a mannequin for this mysterious Man of the Masque.
Once Fouquet was out of the way, Louis snatched the baroque trio to the West of Paris, commissioning them the transformation of his father’s hunting lodge. And voilà Versailles as we know it today. This unfriendly artistic take-over is one of the strongest arguments behind the suspicion that there was something dark in the way the bright star of Nicholas was dragged down.
After visiting Vaux-le-Vicomte, Versailles does not glow in the same way.
Paul Morand d'une plume enthousiaste et enlevée, d'un très beau style, nous entraîne dans le Grand Siècle, celui de Louis XIV et de son Surintendant des Finances, Fouquet. ll nous peint un homme cultivé, lettré, mécène; un homme dont personne ne se passe au XVIIe siècle. Cet homme est celui qui va être déclaré coupable de faste et de démesure; il est celui que Louis XIV va accuser de trop briller, d'être trop célèbre, trop nécessaire, trop secret et trop libre. Le roi Soleil a peur de cet homme qui lui échappe, qui l'offusque, qui le ternit et qui lui fait de l'ombre. Un récit rapide, vif, dense qui nous conte la puissance et la chute, l'ascension et l'arrestation de Fouquet mais aussi des aspects moins connus de Louis XIV et de Mazarin. Paul Morand rend un bel hommage à Fouquet par cette biographie. Quel écrivain et quelle plume !
"Il faut toujours chercher dans un personnage ce qu'il a d'extrême. En Fouquet, ce qui est intéressant, ce n'est pas sa fortune (Mazarin en fit une bien plus mirifique, et en moins de temps), ce n'est pas son luxe raffiné (l'histoire du luxe est pleine de Fouquets); c'est, d'abord, le jour si nouveau dont le jeune Louis XIV est ici éclairé; c'est ensuite la soudaineté de la chute, en quatre mois, du commis le plus puissant de France; les maladresses des hommes très habiles ont quelque chose de fascinant; c'est aussi l'implacable haine de Colbert; c'est, enfin, la soudaine et pathétique antithèse entre Vaux et Pignerol, entre le palais et la prison, entre la lumière des salons et les ténèbres de l'in-pace". (p.47)
" Fouquet est le financier idéal de cet hôtel de Rambouillet qui vécut pour le plaisir de l'esprit; le travail lui est un perpétuel divertissement; il est enjoué même aux échéances; il gardera l'usage du monde élégant jusque dans ses coups de chapeau à ses juges; son goût est infaillible , jusque dans ses plaidoyers les plus déchirants. Il est le Grand Cyrus "partageant son coeur entre l'amour et la gloire" (l'amitié serait plus juste), mêlant la littérature et la réalité, à l'aise dans la fable financière, ne se départant jamais de ce que dans les ruelles on prise le plus: un certain esprit de politesse, même envers ses geôliers, même avec la mort".
Cet excellent livre n'est pas une étude complète, mais plutôt un ballet en quelques tableaux éblouissants : la construction de la fortune de Fouquet, commencée sous Mazarin, qui continue avec Louis XIV sans que le Surintendant ne voie qu'il est peut-être temps de changer de principes ; la gloire, qui culmine avec cette fête étourdissante du 17 août 1661 où le maître de Vaux, croyant s'acquérir l'amitié du Roi, ne fait que précipiter sa propre perte ; la haine du sombre Colbert, mille fois comparé à une fourmi noire, et ses manoeuvres ; la captivité à Pignerol. C'est plein d'images brillantes, de détails fascinants, de dégagements géniaux, avec, d'après Paul Morand, le premier cas de figure où les intellectuels et les artistes, beaucoup protégés par Fouquet, dans un procès politique - c'est peut-être eux qui ont sauvé Fouquet de la peine capitale - inauguration d'une longue tradition française ; après c'est un peu manichéen, Fouquet est malhonnête mais c'est presque pour l'intérêt général, Colbert a l'âme bien noire, et le roi n'est presque un pantin manipulé par Colbert d'une part, par sa jalousie d'autre part... La réalité est sans doute plus nuancée. On trouve aussi, comme après un ballet, que c'est bien vite fini. Mais enfin il vaut mieux pour un livre se voir reprocher sa brièveté, plutôt que sa longueur. Je ne connaissais pas Paul Morand, c'est une écriture magnifique.
Le texte de Paul Morand sur Fouquet n'est pas une biographie. C'est une chronique de sa chute, de son procès et de ses années d'emprisonnement. Il est un peu déroutant parce que le premier tiers du livre décrit de manière assez elliptique l'ascension de Fouquet, sa relation avec le roi et Mazarin, de telle sorte qu'il vaut mieux connaître Fouquet, les autres personnages et le XVIIème siècle pour lire ces lignes.
C'est le principal défaut de ce texte, un peu réservé aux "initiés".
Mais c'est très bien écrit, prenant une fois qu'on a digéré le côté elliptique (ou qu'on connaît les personnages) et le récit du procès est assez passionnant.
Un récit historique décrivant l'apogée du règne de Fouquet puis sa chute (préméditée). N'ayant pas pour habitude de lire ce type de livres, je l'ai trouvé accessible, clair et intéressant.
La parabola di Fouquet (e di Colbert) è una vicenda che mantiene dopo trecento anni la sua drammatica attualità. Questo libro di Morand ce la ricorda, inquadrata nel tempo di Luigi XIV, con stile asciutto ed imparziale. Una storia da rileggere per ritrovare immutati nei secoli i peggiori istinti che governano le azioni umane.
Nicholas Fouquet fu un abilissimo ministro delle Finanze, un sapiente mecenate, un acuto collezionista, un profondo intellettuale, e un corruttore di gran classe dai tempi della Fronda fino alla morte di Mazzarino…per esattezza, fino al 17 agosto del 1661, il giorno in cui cercò di diventare primo ministro dedicando a Luigi XIV una fantastica festa nel suo castello di Vaux. Diciotto giorni dopo fu arrestato e depredato di tutto, della sua biblioteca, dei suoi quadri, dei suoi Gobelins, dei suoi protetti Le Brun, La Fontaine... Il sovrintendente Fouquet non si era accorto che Luigi XIV desiderava tutto il potere dello stato e tutte le ricchezze della nazione per sé…Cominciava il Grand Siécle… Il processo a Fouquet, per aver devastato le finanze dello Stato, fu un processo iniquo, con prove truccate e giudici compiacenti: Fouquet aveva «rubato», ma soprattutto per Mazzarino e per il Re, per la Regina madre e per Monsieur, per la Francia e la corona... Era il più abile e geniale interprete d’un sistema che appariva immutabile... Non per Luigi XIV…Sotto l’abile regia del modesto e intrigante Colbert (così ce lo presenta Morand), ottenne ciò che voleva: mettere se stesso al centro dello stato..Perciò la fama di Fouquet fu oscurata. La sua memoria dannata. E non deve essere stato un caso se lo stemma del sole che Le Brun aveva attribuito a Fouquet, nei dipinti per i soffitti del castello di Vaux, sia diventato l’emblema del più grande re di tutti i tempi: le Roi Soleil, appunto. La rovina di Fouquet fu nella sua grandezza di cui Luigi volle appropriarsi per passare alla Storia.
Parfait pour les heures passées dans les trains cette semaine. Paul Morand (Académicien et reçu premier au Concours des Ambassades, quand même) nous laisse une biographie passionnante sur la vie fulgurante de Fouquet, l'homme à qui l'on doit quelque part Versailles, et sans doute le splendide Vaux-le-Vicomte. Bien que le récit soit particulièrement clément à l'égard de Fouquet et désobligeant envers les "méchants" (Mazarin, Colbert, Louis XIV), l'auteur nous donne une version crédible des magouilles et perversions qui se trament pour mener à la perte de l'écureuil au pelage trop éclatant pour un Roi Soleil qui n'est qu'à l'aube de son reign.
De par l'aveuglement total que montre Fouquet devant les signes de plus en plus immanquables de complot contre lui, Morand donne l'hypothèse que Fouquet pensait connaître un secret sur le Roi qui l'immunisait - à tord. Mais cela n'explique pas pourquoi Fouquet n'aurait pas mentionné l'indicible lorsque mis contre le mur, alors qu'il vilipendait tous sauf Lui. J'ai aussi été intrigué par l'hypothèse que Fouquet était l'homme au masque de fer.
En tout cas, je recommande vivement ce livre écrit avec une plume sublime qui nous donne un angle nouveau et intriguant par lequel observer l'histoire de la France.