Je suis féru de livres et d'histoires. De plus, je suis gaspésien de naissance. Alors quand j'ai vu ce livre lors de la journée "Achetez un livre Québécois", j'étais assez excité de lire ce roman de Roxanne Bouchard car le quart de couverture me promettais une union entre ma passion et mes origines.
Sauf que...
Il y a sûrement un moyen d'aimer ce livre mais la première étape c'est de ne pas être gaspésien parce c'est difficile de ne pas prendre la caractérisation que l'auteure fait de ceux-ci un peu personnel. Si j'ai bien compris, voici les traits que tous les gaspésiens du livre partagent
1) Ça prend un prénom qui est tout sauf moderne. Bon, ce point on peut l'excuser, pratiquement tous les personnages du livres ont un âge assez avancé
2) Ça prend une expression colorée qu'on répète ad nauseam. Essayez, par exemple, de deviner qui serait Gaspésien dans le dialogue suivant:
(interlocuteur 1) - Bonjour, est-ce que savez s'il y a de la construction entre ici et Percé?
(interlocuteur 2)- Torrieux d'pwèl, j'pourra bin pas vous dire si ya d'la torrieux d'pwèl de contruction su'a 132. Torrieux d'pwèl!
(interlocuteur 3)- Moi chu allé hier beding-bedang-pouf! La route est belle en beding-bedang-pouf!
(interlocuteur 2)- Torrieux d'pwèl! Si Herménégilde dis qu'cé beau, ça doit une torrieux d'p'wèle de belle ride.
(interlocuteur 1)- Merci bien, mes braves.
Un indice: l'interlocuteur 1 vient de la ville et les deux autres croulent leurs jours dans un village le bord de la 132.
3) Il ne faut SURTOUT pas parler aux étrangers et fournir de l'information, surtout à quelqu'un qui enquête sur la mort d'une femme que t'as passé ta vie en amour avec.
4) Il faut complimenter abondamment et souvent les touristes. Il faut continuellement les flatter dans le sens du poil (ou du torrieux d'pwèl si vous préférez)
5) Si quelqu'un te parle de la mer, faut l'obstiné pour lui faire comprendre qu'il n'a rien compris. (- Je trouve ça relaxant la mer. - La mer c'est pas relaxant, mon beau grand et puissant touriste, la mer c'est une torrieux d'pwèl d'affaire fatigante)
6) Parler de la noyade comme si c'était un putain de sport national.
D'appeler ses personnages gaspésiens des caricatures est une insulte aux caricaturistes. Oui, j'habite aujourd'hui à Montréal mais je ne connais aucun gaspésien qui manque de vocabulaire au point de devoir répéter une expression typique de peur qu'on oublie à qui on parle. Et malgré de longues conversations qui laissent sous-entendre que les gaspésiens sont hantés par noyade autant que les cyclistes montréalais par les camions aux via-ducs, je ne connais personne qui soit mort noyé. Même mes parents qui me gardent au fait de ce qui se passe dans village natal ne me racontent jamais d'histoire de noyade. En fait, ma belle-mère qui a grandi dans Lanaudière a connu plus de gens qui sont morts noyés que moi. C'est tout dire.
Mais au delà des personnages brouillons, qu'en est-il de l'histoire? En gros, c'est une petite intrigue policière que j'ai résolu à peu près 3 pages après qu'elle ait commencé. Rien d’impressionnant. J'ai pesté sur le fait que l'inspecteur qui vient se charger de l'affaire venait tout droit de Mexico City (par un détour à Lopngueuil) parce que je ne voyais pas pourquoi ça prenait un habitant de "la grande ville" pour régler les problèmes des gaspésiens. Plus tard, et avec la plus mauvaise foi, je me suis dis que ça prenait un personnage avec des vrais dialogues plutôt qu'une ritournelle répétitive pour que le lecteur s'identifie au personnage.
D'ailleurs, note à l'auteur: si un mexicain vient à Caplan et qu'il parle "avec presque pas d'accent", en Gaspésie il a au moins un accent montréalais. Parce que moi, quand je retourne chez-moi, ça me prend quelques jours avant de retrouver mon accent natif. À la première conversation qui mentionne les pôteaux ou les phôtos ou les baleïnes ou encore qu'il vient de "Maure-haie-al", tous les gaspésiens auraient deviné que le sergent Morales vient de loin car les touristes en Gaspésie, ça s'entend.
J'ai quand même aimé un passage du livre, celui ou un des personnages décrit la Gaspésie comme un pays dont la seule richesse est la mer et celle-ci se meurt. Je ne peux pas dire que ce passage, aussi bref fut-il, ne m'a pas touché. Malheureusement, j'aurais aimé me sentir comme ça pendant toute ma lecture. J'ai plutôt été tour a tour: énervé, insulté, fâché noir, déçu par un dénouement prévisible puis heureux de pouvoir passer à un autre livre.
Torrieux d'pwèl!