Une critique globale de la GPA, faisant de ce livre une référence pour comprendre l’industrialisation de la fertilité humaine et le danger des forces du marché.
Ce livre est une anthologie qui regroupe de nombreux essais contre la GPA (gestation pour autrui), principalement de femmes féministes engagées. La GPA consiste en gros en une femme qui accepte de porter un bébé à naître qu’elle remettra avec son consentement à elle (dans le cadre d’un contrat souvent légal et engageant sous peine de poursuites judiciaires) à sa naissance à une ou à plusieurs personnes tierces (souvent un couple stérile dans l’incapacité de procréer). Le but de se livre est clairement partisan : dénoncer la pratique de la GPA comme une mauvaise action, un acte non éthique qu’il faudrait à tout prix abolir tout comme l’esclavage.
Globalement, qu’on soit conservateur ou pas sur les autres sujets classiques (sur la vision traditionnelle de la famille, sur la morale sexuelle traditionnelle, sur le mariage, etc.), c’est un très bon livre pour s’informer concrètement sur ce qu’est la GPA et ses effets négatifs (le contenu est très sourcé et étayé, à la fois au niveau éthique, politique, économique, légal et historique).
Les différents essais abordent des thèmes variés :
1. Certains plus philosophiques (dont un qui reprend les arguments du philosophe états-unien Dworkin) qui passent en revue les arguments classiques pro-GPA et émettent envers eux des objections : l’argument de la compassion (faire une GPA pour aider un couple, faire une oeuvre de charité en leur faveur), l’argument du bénéfice de légaliser plutôt qu’interdire, etc. 2. D’autres sont des études de cas précises très factuelles sur un pays (par exemple sur les mères porteuses en Inde, leur précarité et les conditions inhumaines dans lesquelles les hôpitaux qui se servent d’elles les traitent), sur une région (comme sur la législation de la GPA au Québec) ou une ville (New York où la GPA a été légalisée par son maire subrepticement pendant la période de la pandémie du Covid19). 3. D’autres expliquent la terminologie précise qui tend à adoucir (par euphémisme) la réalité pourtant injuste et cruelle de la GPA et à réifier “mères porteuses” (faire d’elles des objets ou des choses impersonnelles), ce qui fait oublier que concrètement ce sont des femmes qui souffrent : maternité de substitution, l’expression GPA en lui-même, mères porteuses. 4. Des analyses de la promotion contradictoire et incohérente (et condamnable) de la GPA par des féministes connues. 5. Des analyses en lien avec des idéologies : la GPA est une pratique qui sert grandement les intérêts du patriarcat (des hommes) qui profite d’elle pour exploiter les femmes et tirer d’elle des intérêts. Sur ce point, qu’on soit pour ou contre le “patriarcat”, les faits sont bien établis et devraient susciter notre indignation. A vrai dire tout comme tous les progrès féministes tels la contraception, l’avortement et le divorce facilité sont aussi des moyens extrêmement efficaces pour le patriarcat et préjudiciables pour les femmes en général. 6. D’autres sont des témoignages : des personnes engagées dans la problématique de l’adoption et étant issu d’une GPA au sein d’un couple gay (deux papas).
Les objections à l’encontre de la GPA qu’on se trouve dans ce livre se résument en gros à celles-ci :
1. Il n’y a pas de droit à l’enfant : ce n’est pas parce qu’un couple stérile est en détresse à cause de l’impossibilité d’avoir un enfant biologique que cela rend légitime la GPA, qui implique malheureusement (parfois à leur insu, surtout à cause des dissimulations et des mensonges véhiculés par les médias et les bénéficiaires de ces pratiques, les lobbies étant très puissants dans ce domaine) l’exploitation et de grandes souffrances (allant de séquelles physiques et/ou psychologiques à la mort) pour la mère porteuse. 2. La GPA maltraite les mères porteuses, et donc plus généralement les femmes : c’est essentiellement un acte misogyne et sexiste. Comme dit juste plus haut, elles subissent des maux physiques et psychologiques. 3. La GPA maltraite économiquement les mères porteuses : quasiment tout le temps, les mères porteuses sont de pauvres femmes qui sont obligés de se livrer à la GPA pour vivre ou faire vivre leur famille. Les pratiquants de la GPA du “côté client” (qui “commande” l’enfant) profitent donc de la situation précaire de ces femmes pauvres et les exploitent. Le pire est que ces dernières ne touchent que très peu du montant payé comme il est reversé en grande partie à des parties tierces comme des entreprises dans la santé comme des hôpitaux ou des cliniques). C’est pour cette raison que les GPA ont eu et ont actuellement cours (à quelques exceptions près comme à New York) dans des pays (actuellement ou anciennement) “pauvres” : l’Inde, le Cambodge, la Thaïlande, la Chine, le Népal, la Serbie, la Géorgie, l’Ukraine, la Russie, etc. Très souvent, tel pays accueille de nombreuses GPA, mais au bout d’un moment, finit par l’interdire (comme en Inde et au Cambodge). Les profiteurs de misère par la GPA volent tels des rapaces affamés de pays en pays bons marchés à mesure que tel pays interdit la GPA sur son sol. 4. La GPA maltraite les enfants issus de GPA : elle les coupe de leur mère porteuse (leur vraie mère au sens biologique), ce qui provoque souvent des troubles psychologiques (parfois sur le long terme) et parfois les prive de parents hétérosexuels (d’une famille traditionnelle) qu’ils auraient pourtant voulu avoir (à y repenser lorsqu’ils grandissent).
Le seul point faible du livre est précisément qu’il a été écrit par des féministes. Cela cause des incohérences comme on peut retourner beaucoup d’arguments qu’on y trouve contre la GPA contre l’avortement ou les droits LGBTQ+ défendus par les mêmes féministes. Par exemple, quand il est affirmé qu’il n’y a pas de droit à l’enfant car un désir ne donne pas droit à un droit. Ou encore lorsqu’il est reproché aux partisans de la GPA d’utiliser une terminologie pour édulcorer le mal et l’injustice de la GPA : autour de l’avortement, on retrouve des termes tout aussi trompeurs et “édulcorants” comme l’expression IVG (interruption volontaire de grossesse) en elle-même.
Un très bon livre qui donne des points de vue - tous dans la meme direction, c'est à dire critique de la GPA mais avec des angles différents. Les chapitres sont assez courts et permettent de bien comprendre les types d'argumentation. Très puissant.