Catherine Kitty Genovese n’aurait pas dû sortir seule ce soir de mars 1964 du bar où elle travaillait, une nuit de grand froid, dans le quartier de Queens à New York. Sa mort a été signalée par un entrefilet dans le journal du lendemain : « Une habitante du quartier meurt poignardée devant chez elle. » On arrête peu de temps après Winston Moseley, monstre froid et père de famille. Rien de plus. Une fin anonyme pour cette jeune femme drôle et jolie d’à peine trente ans. Mais savait-on que le martyre de Kitty Genovese a duré plus d’une demi-heure, et surtout, que trente-huit témoins hommes et femmes, bien au chaud derrière leurs fenêtres, ont vu ou entendu la mise à mort ? Aucun n’est intervenu. Qui est le plus coupable ? Le criminel ou l’indifférent ? A la fois récit saisissant de réalisme et réflexion sur la lâcheté humaine, traversée d’un New York insalubre et résurrection d’une victime, le roman de Didier Decoin se lit dans un frisson.
Didier Decoin is a French screenwriter and author. He began his career as a newspaper journalist at France Soir, Le Figaro and VOD, and radio Europe 1. At the same time he started writing. While continuing his writing, he became writer in film and television (and adapted scripts for television as the major TV films Les Misérables, The Count of Monte Cristo, Balzac and Napoleon). In 1995 he became the Secretary of the Académie Goncourt.
Entre roman et document, ce livre se lit en effet dans un frisson. Sa longueur le rapproche de la nouvelle et son contenu fait plutôt penser à un témoignage, mais pas n’importe lequel, puisque l’auteur choisit comme narrateur un personnage fictif, voisin de Kitty Genovese mais absent la nuit de sa mort. Il n’a donc rien vu, rien entendu, contrairement aux autres voisins présents cette nuit-là chez eux. Il relate les faits avec objectivité, et reprend pour nous la succession d’événements autour du meurtre de la jeune fille. Le livre est assez succinct puisque seuls les faits nous sont livrés, sans artifices ni excès romanesque. Le nombre réel de témoins fait l’objet de débats encore à l’heure actuelle. Il n’auraient pas été trente-huit, nombre faramineux et spectaculaire, à avoir vu le meurtre, mais beaucoup moins. Dans un cas comme celui-ci on peut se demander si le nombre est important. Car le résultat est le même, les témoins, (qu’ils soient une douzaine ou trente-huit), ceux qui ont vu, ceux qui ont entendu, ceux qui ont vu ET entendu, personne n’a bougé tout le temps qu’à duré la mise à mort de Kitty Genovese. Si les circonstances exactes du drame passent pour un mythe aux yeux de certains, en entier ou en partie, on ne peut nier le phénomène lui-même, qui consiste à répartir les responsabilités face à un drame. Plus les témoins sont nombreux, moins la victime aura de chance de s’en sortir, chaque témoin comptant sur l’autre pour réagir/intervenir. Il suffit d’observer autour de nous pour constater la triste réalité de cette théorie. N’oublions pas pour autant le vrai coupable, Winston Moseley, tueur sanguinaire, qui a pu perpétrer son crime à peu près tranquillement au pied de l’immeuble de sa victime. Et si personne n’a vu le crime dans sa totalité, si quelques individus seulement n’ont fait qu’entendre ou voir une infime partie du supplice de Kitty Genovese, l’alerte a finie par être donnée 35mn après le début de l’agression, pendant lesquelles la victime a eu largement le temps de se vider de son sang. Lâcheté, indifférence, concours de circonstances, mauvaise interprétation, hasard ou destin, il n’en reste pas moins que Kitty Genovese est morte d’avoir attendu des secours qui ne venaient pas, et qui pourtant se trouvaient à 2 mn des lieux du crime.
Excellent roman-vérité, comme on qualifie ce type de récit depuis "De sang froid" de Truman Capote, sur un sujet toujours autant d'actualité malheureusement. J'en conseille vraiment la lecture, même si pour la deuxième fois que je lis Didier Decoin, il y a quelque chose qui me déplaît dans son écriture mais sur lequel je ne parviens pas vraiment à mettre le doigt. Peut-être une tendance à tourner autour de son sujet et d'essayer d'en faire trop.
C'est un petit peu difficile de commenter un livre quand on sait que son idée-maîtresse est factuellement incorrecte. Il a été prouvé (et reprouvé) que non, il n'y pas eu 38 personnes qui sont restées derrière leur fenêtre pendant une demi-heure à regarder le massacre de leur voisine.
Ceci posé, le livre n'est pas si mal... après tout, il ne s'y passe rien qu'on ne sache déjà: un meurtre atroce, 38 témoins, un assassin arrêté et condamné; mais malgré tout Didier Decoin réussit à rendre ça intéressant et on ne s'ennuie jamais.
Une étoile en moins pour la complaisance dans les détails macabres. J'ai lu bien pire, mais là je ne vois pas trop en quoi c'est justifié ni ce que ça apporte.
Quel bouquin incroyable. Il fait froid dans le dos et m’a coupé le souffle de nombreuses fois, tant par l’horreur des actes que par la structure du récit, élaborée à partir des points de vue les plus prenants de l’histoire, qui lui donnent un rythme effréné et haletant.
Il nous renvoie aussi à une belle réflection sur la ville, l’anonymat (et la solitude) qu’elle peut causer et notre rôle à jouer dans cet environnement.
Pour moi, Didier Decoin raconte avec précision et agilité cette histoire de meurtre sans pitié et nous transforme, nous aussi, en spectateur abasourdi devant pareille cruauté.
Les descriptions du New-York des années 60, de ses quartiers sont bien saisies. J'ai aimé que le protagoniste/auteur soit un voisin qui était absent au moment du meurtre. J'ai moins aimé comment Didier Decoin a donné des intentions, des réflexions à ses personnages, entre autre aux femmes assasinées. Le meurtre de Kitty Genovese ne laisse personne indifférent et a permis des changements importants dans les mentalités et les attides tant des citoyens que des policiers.
Une histoire terrible, vraie, universelle,pour ne pas laisser se banaliser l'indifférence au quotidien : "le monde est un endroit redoutable, disait Albert Einstein.Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, qu'à cause de ceux qui voient le mal et ne font rien pour l'empêcher." A nous faire méditer.
J’ai mis un 4 car je croyais lire un roman mais en fait cette histoire d’horreur est un fait vécu (ce dont je me suis rendu compte que vers la fin). New-York, 13 mars 1964, Kitty Genovese, 25 ans, se fait poignarder et violer en face de chez elle, alors que 38 témoins ont vu ou entendu quelque chose et ici, je ne dévoile rien car c’est le résumé. Winston Mosely est coupable mais que dire du silence des citoyens. Là est le débat et surtout la réflexion que cette lecture nous impose. Qu’aurais-je fait moi si j’avais été un de ces témoins? De plus, la démonstration du visage du mal et de la lâcheté des témoins est juste.Après coup, c’est pour moi une lecture marquante. Pas dans le livre mais sur internet, Winston Moselez est décédé en prison en mars 2016 à l’âge de 81 ans après 52 ans d’emprisonnement.
Histoire vrai qui a provoqué la creation du 911 au US, avec une vrai dimension de reflexion sur apathie du spectateur ou bystander effect. Je conseille.
Très pénible... le livre pourtant tenait pas mal de promesses mais celles-ci se délitent au fur et à mesure pour s'embourber dans un marasme d'idées reçues, d'analogies ennuyeuses avec la pêche à la mouche et autres joyeusetés poussives à l'eau de rose... C'est agaçant à la longue ! Édifiant de voir à quel point la victime est sanctifiée et véhicule tous les clichés de la pureté et de la joie de vivre, face au grand méchant homme érigé en prédateur ! Que de poncifs et d'inventions vaines sur un fait divers réel, le plus ridicule pour moi a été le procès de Moseley (le tueur) auquel assiste un couple ayant vécu dans le même immeuble que la victime mais n'ayant pas assisté au meurtre de celle-ci, laquelle il faut le rappeler (c'est dit au moins 40 000 fois dans le livre) est d'origine italienne : pour lui rendre hommage le couple va choisir dans un resto à proximité de la Cour des mets italiens ! Et la serveuse de répondre : "depuis le meurtre nous avons augmenté l'approvisionnement en chianti, tagliatelles, gnocchi et parmesan" !!! Franchement ça n'est pas stupide ça ? Et ce genre d'idioties pullule dans le livre ; ça et les bons sentiments... Bref si vous voulez en savoir plus sur le syndrome Kitty Genovese, lisez un autre ouvrage !