Le 31 août, à midi moins cinq, Rodolphe, plus matineux que de coutume, se jeta en bas de son lit, et alla se planter tout d’abord devant la glace de la cheminée, pour voir s’il n’aurait pas, d’aventure, changé de physionomie en dormant, et pour se constater à lui-même qu’il n’était pas un autre, cérémonie préliminaire à laquelle il ne manquait jamais, et sans quoi il n’aurait pu vivre convenablement sa journée. S’étant assuré qu’il était bien le Rodolphe de la veille, qu’il n’avait que deux yeux ou à peu près, selon son habitude, que son nez était à sa place ordinaire, qu’il ne lui était pas poussé de cornes pendant son sommeil, il se sentit soulagé d’un grand poids, et entra dans une merveilleuse sérénité d’esprit. Du miroir, ses yeux se portèrent par hasard sur un almanach accroché à un clou doré au long de la boiserie, et il vit, ce qui le surprit fort, car c’était le personnage le moins chronologique qui fût au monde, que c’était précisément le jour de sa naissance, et qu’il avait vingt et un ans. De l’almanach, son regard tomba sur un rouleau de papier tout humide, tacheté d’encre et bosselé de caractères informes : c’était la dernière feuille d’un grand poème qu’il avait sous presse, et qui devait immanquablement faire reluire son nom entre les plus beaux noms. Rodolphe, à cette triple découverte, se prit à réfléchir fort profondément.
Pierre Jules Théophile Gautier was a French poet, dramatist, novelist, journalist, and literary critic. In the 1830 Revolution, he chose to stay with friends in the Doyenné district of Paris, living a rather pleasant bohemian life. He began writing poetry as early as 1826 but the majority of his life was spent as a contributor to various journals, mainly for La Presse, which also gave him the opportunity for foreign travel and meeting many influential contacts in high society and in the world of the arts, which inspired many of his writings including Voyage en Espagne (1843), Trésors d'Art de la Russie (1858), and Voyage en Russie (1867). He was a celebrated abandonnée of the Romantic Ballet, writing several scenarios, the most famous of which is Giselle. His prestige was confirmed by his role as director of Revue de Paris from 1851-1856. During this time, he became a journalist for Le Moniteur universel, then the editorship of influential review L'Artiste in 1856. His works include: Albertus (1830), La Comédie de la Mort (1838), Une Larme du Diable (1839), Constantinople (1853) and L'Art Moderne (1856)