Dans le pays de la Dorgne, des êtres mi-hommes, mi-animaux perdent peu à peu leur patrimoine humain et s'enfoncent lentement dans la régression animale. Parce qu'il ne supporte pas de voir la jeune Troïa qu'il aime livrée aux appétits collectifs lors de la cérémonie rituelle de reproduction, Véhir brise l'enclos de fécondité et s'enfuit en quête des derniers dieux humains de la légende. Lui, le grogne paysan, va accomplir ce chemin en compagnie de Tia, une jeune prédatrice hurle en exil.
Pierre Bordage a grandi en Vendée. Aimant le sport, il pratiquera pendant neuf ans le karaté. Il s'inscrit en lettres modernes à la faculté de Nantes. En 1975, au cours d'un atelier d'écriture, il découvre la science-fiction avec notamment les Chroniques martiennes de Ray Bradbury.
Il fera plusieurs voyages en Asie et pratiquera différents métiers, dont celui de libraire pendant plusieurs années.
En 1985, alors qu'il habite dans le Gers, il écrit son premier roman Les Guerriers du Silence qu'aucune maison d'édition n'acceptera. Il devient journaliste sportif, déménage à Paris où il rencontre en 1992 son premier éditeur, Vaugirard, qui lui propose d'écrire le Cycle de Rohel le Conquérant.
L'année suivante, il découvre chez un petit éditeur nantais, l'Atalante, un ouvrage de l'écrivain américain Orson Scott Card, traduit par son ancien professeur de banjo, Patrick Couton. Il leur propose alors Guerriers du Silence qui est accepté. Le livre est un succès inattendu et reçoit plusieurs prix littéraires, dont le Grand Prix de l'Imaginaire, le Prix Julia Verlanger, le Prix Cosmos 2000...
Il publie les deux autres tomes de la trilogie, puis en 1998 Wang, couronné par l'éphémère Prix de la Tour Eiffel et le premier volume d'Abzalon, toujours chez L'Atalante.
En 2000, primé par le Prix Paul Féval pour Les Fables de l'Humpur, il met à jour chez Librio le roman-feuilleton en six épisodes : Les Derniers hommes.
L'Évangile du serpent et L'Ange de l'Abîme paraissent, en 2001, chez le Diable Vauvert.
En 2008 Pierre Bordage innove de nouveau en s'associant avec l'entreprise mp3minutes pour produire un roman audio et vidéo à partir d'un scénario inédit. Cette bande dessinée vidéo s'intitule Chroniques des Ombres, actuellement téléchargeable sur le web.
Pierre Bordage s'est installé dans le sud-est de la Loire-Atlantique, à Boussay, avec sa femme et ses deux enfants.
Fin janvier 2009, sa femme décède, victime d'un accident de la route en Inde[
Les fables de l’Humpur est un roman difficile à classer Il mêle fantasy et science-fiction, en recréant un univers moyenâgeux dans le futur. Ce qui frappe d’abord, c’est le style. Bordage crée un langage particulier, à base de mots et de formes anciens (j’ai reconnu un mot de mon enfance, les « grolles » qui sont des « corbeaux » en patois) dans les dialogues. C’est bien fait, vraiment très agréable à lire et très original.
Ensuite, l’univers développé par l’auteur est également tout à fait réussi. On y découvre un monde âpre où toute individualité est sévèrement réprimée et où l’on ne doit faire que des tâches destinées à la survie de l’espèce. Les héros du récit, rares porteurs de volonté individuelle et d’un restant d’humanité, doivent en permanence lutter contre leur nature animale. Ainsi, Tia la hurle ne peut s’approcher de Véhir le grogne sans avoir envie de le dévorer comme son instinct l’y pousse.
Le roman est une sorte de voyage initiatique, une fable (chaque chapitre est d’ailleurs introduit par un fabliau brillant en lien avec l’histoire) sur la tolérance, mais aussi sur la religion.
J’ai suivi les pérégrinations des personnages avec intérêt, même si j’ai trouvé une certaine naïveté dans ces amitiés improbables. Les Fables de l’Humpur sont une belle réussite.
Le début était très prometteur: un monde peuplé d'êtres ayant été manifestement un jour humains, mais dégénérant petit à petit vers l'animal... Malheureusement, l'aspect du glissement vers l'animalité est au final peu montré, et la structure de l'histoire est au final une quête de fantasy assez classique.
La fin/clé de l'énigme m'a un peu déçue, assez prévisible et trop explicitement expliquée. Et ça m'a passablement agacée de recevoir une explication à base de génétique lorsque je m'étais forcée à assimiler que les règles de l'évolution ne fonctionnaient pas pareil dans ce monde.
Malgré tout, des points intéressants: le jeu sur le langage est bien mené, la toponymie qui laisse deviner sans l'expliciter que l'action se déroule dans le sud-ouest de la France, la réflexion sur l'animalité et la civilisation.
Je pense qu'au final ma déception vient du fait que le début m'avait fait m'attendre à lire un autre livre, plus flou, plus sombre, à la logique moins tranchée.
(et aussi, en bon auteur de sf né dans les années 50, Pierre Bordage écrit un peu trop avec sa bite)
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Histoire originale qui m'a énormément plu, dont les fabliaux avec leur morale donnent un plus. J'ai vraiment adoré l'idée de régression dans un univers moyenâgeux avec ses superstitions, le pouvoir écrasant de la religion, le retour à l'état naturel, la perte du langage. J'avais quelques suppositions en ce qui concernait l'intrigue mais j'ai été surprise par les révélations de la fin. Un bon roman qui nous fait réfléchir sur l'humain : son évolution, ses ambitions mais plus encore son sens moral.
An interesting spin on Fantasy tropes. Those who like to quibble about such things may insist it is Sci-Fi, because it ultimately has a root in realism, but it reads like Fantasy. Several diverse "people" from different races gather together to go on what gradually turns into quest of mythic proportions.
The twist on the genre is that all the characters are hybrid creatures: human/pig, human/wolf, human/chicken, among many others which are fun to discover. They live in strictly segregated societies, with some species considered predators and some prey. The pig-men, who farm their own fields and are just as conscious as humans, are raised for the table. The behaviors of the different races are quite bizarre and unsettling from a human perspective, but make sense from their hybrid nature. (Think about how cats play with their food.)
So, while our heroes are on their quest for the mythical "pure man" they know from legends, making discoveries and hiding from enemies and doing all the things you expect in Fantasy, our pig-man protagonist has to be constantly on his guard against being eaten -- even by his own friends. At times he feels like he should let them do it. Though inter-species relations are strictly taboo in this world, there are glimmers of a budding pig-on-wolf romance. Watch those fangs when she kisses you, boy!
Imagine if Frodo and Sam were falling in love, romantically, while trekking through Mordor, yet Frodo still had to be constantly on guard that Sam would turn him into soup.
One will easily recognize that this is taking place in France. Specifically, the Dordogne, near the site of the Lascaux caves. Near the end there is a long explanation of how the world came to be in this state, and it will surprise absolutely 0% of the readers. While the story may lead to one "lion" laying down with one "lamb", don't expect an earthly paradise.
It must be noted that there is some playful twisting of language here. Much like A Clockwork Orange, or Riddley Walker, this book creates its own language. It is apparently based on bits of ancient French, Perigordian patois, and pure invention. (I also saw bits of English: "seur et leude" seems to be "sir and lady", and "kroaz" is clearly "crows".) It is tough at first, but keep with it and, just like those other books, you will catch on. This is no Finnegans Wake; Bordage is trying to be understood. Since the book begins with the pig-folk, who speak with the most debased form of French, the hardest part is at the beginning. It gets easier, and the effort is worth it.
Pierre Bordage mélange la fable, la fantasy et le post-apocalyptique pour, à son habitude, faire passer son message humaniste. Les êtres mis en scène, mi-humains, mi-animaux permettent d'explorer les différentes facettes de la personnalité humaine : courage, ruse, soumission, envie... à la manière des fables, qui sont également présentes sous forme des "fabliaux de l'humpur" en tête de chapitre.
Pierre Bordage invente avec ces personnages un univers féodal de fantasy, mais également tout un monde avec son propre langage, patois, simplification de mots et de tournures, enchanteurs.
Ce récit est tourné comme un conte initiatique du petit Véhir, mi-cochon, mi-homme, qui tente de découvrir la vérité sur son monde. Mais un de mes intérêts (coupable) dans ce livre, c'est l'histoire d'amour entre Véhir et Tia, la hurle.
Un mélange virtuose entre la quête épique des origines et les fables de La Fontaine, teinté d'humanisme comme toujours chez Pierre Bordage. Sur le fond : des personnages-chimères plus vrais que nature, qui sous le masque animal révèlent les différentes facettes de l'âme humaine. Dans la forme : une invention langagière permanente, à la fois truculente et poétique. Au total : un immense plaisir de lecture !
Un intéressant parti-pris sur un monde post-apocalyptique, et dont la version de "l'apocalypse" est très originale. Explore les questions d'instinct et de prédestination versus le libre arbitre et la volonté individuelle, la rigidité des structures sociales, et remet en cause la relation de l'humain avec la nature et les animaux.