Un sentiment de légère déception avec cette suite du "Testament Syriaque". L'écriture n'est pas toujours hyper convaincante de réalisme, mais au delà de ca, il y a surtout une impression amère d'orientalisme délibéré. Comme dans le Testament, on apprend plein de de choses passionnantes dans le domaine de l'islamologie et de l'histoire des religions (grandes passions chez moi), et l'histoire est bien ficelée, donc globalement je suis quand même contente.
Mais au delà de ces choses passionantes, on a finalement l'impression d'un règlement de compte entre l'auteur et le monde arabe actuel sans beaucoup de nuances. Les personnages non-occidentaux sont rarement intéressants (sauf peut être le prince Abdul Aziz), même Benazir paraît creuse, un genre de Lara Croft exotique dont seules les formes et le caractère de gosse gâtée ne ressortent, et surtout, devant les vues hypercritiques (selon le terme académique) du personnage principal Sarfaty sur la religion et les sociétés arabes, les autres personnages n'avancent aucun argument valable, ce qui ne fait que ressortir Safarty comme seul personnage intelligent (alors que ses arguments sont parfois bien bancals). Heureusement à la toute fin Benazir rattrape pour les autres en convaincant Sarfaty de terminer son enquête avec une phrase jolie, je cite de mémoire "la vie et l'imperfection valent mieux que la mort et la perfection" (ouf, il était temps).
Bref, on a une impression de "avant c'était bien, du temps des bédouins mystérieux dans leur désert mystérieux, avant qu'ils ne deviennent politiques comme ces satanés Saoud" façon mythe du bon sauvage bien connu en anthropologie, et qu'aujourd'hui rien n'est valable et digne d'être êtudié (et les rares personnes intéressantes sont de toutes façons rayées de la carte).
Alors qu'au contraire, pour ne rester que sur les Saouds, même si on les déteste, on peut trouver cette dynastie intriguante et à étudier en ce que malgré n'avoir en apparence rien d'autre à proposer qu'un courant religieux extrême, ils aient tenu à travers tout le vingtième siècle (deux guerres mondiales, des révolutions et des colonisations dans le monde arabe) par une habile alternance de répressions et de compromis, comme tout bons politiques ...
Une fois de plus, je fatigue un peu de cet orientalisme ambiant à la mode, pour ne pas dire politiquement correct ("on a rien contre les arabes, c'est juste que ceux d'aujourd'hui ne valent pas ceux d'hier" ... Discours qu'on retrouve partout, façon "ah les jeunes aujourd'hui, c'est plus ce que c'était !"), qui vient gâcher un très bon policier, et cette mine d'infos historiques intéressantes (bien que certaines soit discutables) que constitue cette suite du super "Testament Syriaque".