Dédé Fortin, le leader du groupe Les Colocs, s'est enlevé la vie le 11 mai 2000 en se frappant au torse d'une dizaine de coups de couteau. Il avait 38 ans. Qu'est-ce qui a bien pu pousser cet artiste rebelle, aimé du public et de la critique, à mettre ainsi fin à ses jours ? Avec intelligence, avec délicatesse également, le journaliste Jean Barbe a remonté une à une les pistes du désespoir. “Ceci n'est pas une biographie, avertit-il. C'est un livre écrit dans l'urgence.” Un très beau livre où l'auteur raconte en parallèle ses propres dérives, ses espoirs déçus (à 16 ans, avoue-t-il, il se voyait en train de refuser le Nobel), ses efforts pour s'en sortir. Un livre utile également, écrit pour tenter de comprendre ce terrible mal de vivre qui habite cette génération de garçons nés au moment des premiers voyages dans l'espace. Le Québec, rappelle opportunément l'auteur de Autour de Dédé Fortin , détient le plus haut taux de suicide en Occident chez les jeunes hommes de 18 à 40 ans. Jean Barbe a le mérite d'affronter ce que plusieurs voudraient garder enfoui. Au delà du portrait du chanteur, piégé par la gloire, on trouve dans ce bref témoignage des réflexions bien senties sur les désirs des hommes, leur soif du pouvoir, leur refus de vieillir. Le livre s'achève sur un éloge de la tiédeur. “J'ai accepté ma banalité, conclut l'auteur. Et ma banalité s'est avérée d'une richesse que je n'avais pas soupçonnée.” À mettre d'urgence au programme des écoles secondaires. -- Hélène de Billy
(3/5, I liked it) Lue d’un trait, cette « biographie » (qui n’en est pas une, nous prévient d’emblée l’auteur) m’a gardé captif, d’abord par la qualité de la plume, mais également par le sujet central de l’ouvrage, Dédé Fortin.
Jean Barbe, né sept jours après André Fortin, trace le parallèle de la vie de deux gars (lui et Dédé) nés à la queue d’une génération, les boomers, « Une drôle de génération. Celle qui se suicide ». Un buvait, l’autre pas. Un se droguait, l’autre pas. Un est mort, il s’est suicidé à la manière d’un samouraï. L’autre, celui qui buvait et se droguait, a écrit ce livre. « Pourquoi j’ai écrit ce livre? Parce que je suis encore vivant ».
« On rejetait en bloc l’inacceptable, et c’était un gros bloc. Pour ma part, j’ai écrit de la poésie et j’ai essayé de me pendre. Dédé a fait une dépression, du cinéma et de la musique. Nous étions de bibittes, des ratés, des marginaux, des laissés-pour-compte, des irréalistes. Des rêveurs déployant les tactiques du rêve pour faire face à la réalité. C’était … difficile à vivre, comme ce l’est toujours quand on s’est pas fait une raison ».
Je ne connaissais pas beaucoup ce qui a précédé la fin d’André Fortin, ce fut donc formatif pour moi d’en connaître davantage. Le cheminement de l’auteur vers l’autre solution, celle de vivre, est également intéressante à suivre. Rien n’est pathos dans ce court livre. J’ai bien aimé.
Ce n'est pas une biographie. En fait, oui, ça en est une, mais pas dans le sens où on l'entend habituellement. C'est un essai sur André Fortin, sur le bonheur et sur la façon que nous avons de vieillir ou plutôt de ne pas vouloir vieillir. Je croyais retirer de ce tout petit livre quelques faits sur la vie de Dédé. J'en ai plutôt retiré une vision de la vie qui mérite qu'on s'y arrête un moment.