Il y a 3 millions d'années : un primate va suivre sa tribu jusqu'à développer sa propre personnalité. De nos jours, un scientifique est assassiné alors qu'il avait visiblement découvert le chaînon manquant entre l'Homme et le singe. Lucrèce Nemrod et Isidore Katzenberg mènent l'enquête et découvrent des théories sur ce chaînon manquant.
Existe-t-il un âge pour certaines lectures? J'aurais tendance à répondre affirmativement après avoir redécouvert ce Père de nos pères déjà durant le lycée. J'ai eu dans mon adolescence une très grande période "Bernard Werber" et j'en gardais donc un excellent souvenir d'un auteur divertissant et intelligent dans les réflexions qu'il proposait. Quelle douche froide à la relecture de ce livre (bien que je soupçonne certaines de ces œuvres d'être tout de même meilleure que celle-ci, mais la nostalgie me trompe peut-être...)!
Attention, cette critique sera pleine de spoilers (et éventuellement de sel) :
Le Père de nos pères alterne deux histoires pour les mettre en parallèle comme aime à le faire l'auteur dans ses romans. La première histoire nous propose donc de suivre "IL", un primate qui serait apparemment le chaînon manquant. De la majorité de cette partie, il n'y a de vraiment passionnant à dire, elle est honnête sans être véritablement prenante, permettant cependant à Werber de pomper La Guerre du feu en nous expliquant la découverte de la relation sexuelle face à face et de nous caler une petite relation singe/phacochère (vous ne verrez plus jamais Rafiki et Pumba de la même manière). Le problème principal de cette intrigue reste que, devant toujours plus ou moins coller aux thématiques de l'intrigue actuelle, on se retrouve parfois avec des chapitres "forcés" de 3-4 lignes histoire de respecter la sacro-sainte alternance des points de vue. Ah, et si vous vous posiez la question, le chaînon manquant, c'est pas "IL" mais ça serait visiblement l'un de ses fils avec la phacochère.
Maintenant, que vaut l'intrigue "principale", l'enquête policière sur la mort du scientifique. Eh bien je dirais que la première partie reste tout à fait correcte, après quoi Bernard Werber a du écrire le reste en rentrant d'une soirée arrosée... Durant la première partie nous suivons donc nos deux journalistes à la recherche de l'assassin en allant chercher les principaux suspects. Ces derniers nous présentent leurs théories sur la naissance de l'humanité et...ben ça marche assez bien. Alors je ne sais pas dans quelle mesure tout cela peut être du bullshit mais le tout reste crédible et donc intéressant pour un néophyte (bon les météorites, j'y crois pas mais dans l'ensemble, je suis sûr que ça pourrait passer pour certains). Et plus intéressant encore, à chaque interrogatoire, un singe survient et "punit" le scientifique avec le concept même de sa théorie (ex : faire tomber qqch sur celui qui prône la théorie des météorites, jouer à la roulette russe avec le partisan de l'aléatoire...). C'est insolite, un peu rigolo et ça pourrait marcher. Puis survient l'usine de charcuterie marquant la fin de la première partie... Pour commencer, je respecte les végétariens, végans et la cause animale. Mais dans cette œuvre, Werber est juste lourd. Si je veux lire un pamphlet anti-industrie de la viande, je pense pouvoir en trouver un par moi-même qui ne parasitera pas mon roman. Après donc tout un discours engagé sur les abattoirs de la part de l'auteur, la directrice de ce dernier se fait enlever par le singe et là comme par magie, Isidore comprend qu'ils partent en Tanzanie au berceau de l'humanité. Hop, comme ça. Imaginez l'air con si en arrivant il apprend que le singe l'a simplement tuée dans une ruelle de Paris, vu le prix des billets!
Commence alors la descente aux enfers de ce roman... Les personnages deviennent ultra-caricaturaux, Werber est en roue libre et nous propose des aventures improbables qui s'enchaînent sans temps de pause. Je ne peux pas tout détailler, mais commençons en prenant par exemple Isidore. Dans cette partie, Isidore va jouer Lucrèce à un jeu de hasard en échange d'un pneu sans aucune certitude de gagner, il va par la suite la regarder se battre seule contre des gens qui veulent les tuer car monsieur est partisan de la non-violence, puis il va passer son temps à vouloir discuter avec les assassins qu'ils rencontrent ou à vouloir choper Lucrèce quand ils sont en danger de mort dans une fosse car "c'est comme ça que les animaux ont fait pour s'en sortir". Insupportable. Lucrèce n'est guère mieux, à chaque fois qu'elle est en danger de mort, sa seule préoccupation est de connaître la nouvelle théorie sur le chaînon manquant de son futur assassin. A tel point qu'au moment où elle va être assassinée, elle regrette simplement de ne pas pouvoir écrire la théorie sur son carnet car elle est attachée... Oui car dans cette deuxième partie, de nouvelles théories sur l'humanité émerge. Si les premières de cette partie sont issues visiblement des peuples locaux, on sombre de plus en plus dans le n'importe quoi, à tel point que j'ai fini par me demander si l'on n'allait pas noter la "théorie du cornichon" indiquant que l'Homme serait issu d'un bocal tenu par Dieu. Et mieux encore, à la toute fin, les scientifiques du début ont tous une deuxième théorie qu'ils avaient caché (probablement par honte et peur de se faire radier de l'ordre des Scientifiques
Crédibles). Finissons par évoquer nos aventures en Tanzanie. Sachez que nos héros vont jouer de malchance permanente, affrontant une glissement de terrain, un tremblement de terre... Mais rien ne vaudra les singes tueurs qui gardent le sanctuaire où se trouverait la preuve du chaînon manquant (parce que le professeur l'avait laissé en Tanzanie...) : un membre du groupe va littéralement se faire lapider. A coup de mangues. Et pour passer, Isidore va devoir forcer un ancien acteur de Tarzan porno à se soumettre sexuellement aux singes. Je ne plaisante pas...
Et cet artefact du coup? Eh bien nous descendons donc du cochon. En fait non parce que c'est un faux. C'est une farce du professeur afin que les gens le croient parce qu'il a 0 preuve et qu'ils voudront pas descendre du cochon parce qu'on est des méchants consommateurs de jambon (et j'extrapole pas hein, le plus grand méchant de l'histoire, c'est le frère de la directrice de l'usine de charcuterie et il veut détruire l'artefact parce que, je cite, il adore la charcuterie et il a peur qu'on veuille plus manger de charcuterie si on découvre qu'on descend du cochon...)
Comment? Le meurtre du professeur? Ah non, mais il s'était suicidé.
Je repose donc ma question : existe-t-il un âge pour certaines lectures? Indéniablement. J'ai trouvé Werber formidable adolescent, j'avais l'impression de m'élever avec des considération philosophiques. J'ai eu cette fois-ci l'impression de m'enfoncer dans la farce à chaque page de la deuxième partie dans de la philosophie de comptoir...
Peut-être relirais-je un jour la trilogie des Fourmis qui m'avait beaucoup plu par curiosité. Mais de ce que j'ai pu entendre de ses livres sur les chats, je pense que ce n'est définitivement plus un auteur pour moi comme il a pu l'être à une époque.