« Ils ne sont pas si nombreux, ces témoins qui ont reçu la grâce de savoir exprimer d'eux-mêmes en faisant s'exprimer avant tout les autres » : ainsi François Maspero décrivait l'approche révolutionnaire de John Reed dans ses reportages publiés au début du siècle dernier. Au cours des grandes journées d'octobre 1917, John Reed a parcouru en toute liberté la « capitale rouge », recueilli les analyses des principaux acteurs politiques, et écouté le peuple de Petrograd dans les cercles qui se formaient, dès l'aube, sur les places publiques, à la porte des boulangeries, à l'intérieur des casernes.De retour aux États-Unis, il rassembla dans l'urgence l'essentiel de ses observations et revécut cette « aventure » humaine dont il apparaît encore, aujourd'hui, comme l'un des témoins les plus proches. La réédition d'un classique.
J'avais déjà lu L'Histoire de la Révolution Russe de Trotsky. Le livre de Reed vise moins large, et plus terre-à-terre.
En effet, le livre de Trotsky se livre à des considérations théoriques, des analyses de rapports de force. Mais on ne les voit, au final, que très peu dans la pratique.
La plume de Reed est très agréable à lire. On croirait presque un roman. Cette plume romanesque excelle à nous initier à ce nouveau monde soviétique, qui se créait petit-à-petit, mais qui imposait certainement ces codes. Elle nous permet aussi de voir le chaos ambiant, et comment les ouvriers, soldats, paysans, fonctionnaires, et officiers russes pensaient, et comment ils dégagaient du tumulte politique une ligne directrice qui s'éclaircissait de jour en jour.
Je recommande à tout prix cette lecture à tous les activistes. Elle leur permettra de comprendre quand un réel mouvement de masse et démocratique s'établit.