La question de l'évolution est au coeur de la biologie et au centre d'une polémique entre créationnistes et évolutionnistes. Qu'en est-il de la botanique dans ce débat ? Selon la vulgate darwinienne, l'évolution est le fruit du hasard, conjugué à la sélection naturelle des mutants les mieux adaptés. Loin de contester cette théorie, la botanique attire l'attention sur d'autres mécanismes, notamment le principe d'"associativité", capables d'expliquer les phénomènes auxquels sont soumis les végétaux.Résultat de cinquante ans de recherches et de réflexions sur le sujet, ce livre ouvre de nouvelles perspectives sur la compréhension du phénomène vivant.
Il est toujours intéressant de lire le travail de scientifiques qui font preuve d'une grande érudition, mais je regrette la propension de celui-ci à faire des parallèles entre le monde végétal et la société humaine, entre les plantes parasites et les chômeurs pour ne donner qu'un exemple...
J-M Pelt passe ici en revue l’évolution de la formation de l’univers, de notre terre et de ses premières formes de vies aux temps présents. Contrairement à beaucoup, il prend la botanique, donc les plantes, comme référence et nous décrit donc l’évolution du monde végétal de la première cellule photosynthétique aux plantes les plus évoluées montrant que la théorie darwinienne, seule, ne peut expliquer les schémas évolutifs suivis par les végétaux.
L’ouvrage est divisé en quatre parties passant en revue les différents moteurs de l’évolution et se termine par une conclusion générale sur ce qui a été exposé. Ainsi, le principe d’associativité, encore peu enseigné, est introduit et expliqué dans la première partie. Celui-ci montre ainsi comment l’association de composants simples est capable de donner des formes de vie de plus en plus complexes dont l’apparition reste difficile à expliquer par le seul fait des mutations et de la sélection naturelle (bien que ces deux phénomènes existent bel et bien et cohabitent avec l’associativité). La seconde partie est quant à elle consacrée au principe d’associativité dans le monde végétal et en particulier à la protection des organes sexuels femelle par ce mécanisme. La troisième partie s’intéresse, elle, aux pistes évolutives propres aux plantes à fleurs: de leurs fleurs et inflorescences, de leur appareil végétatif mais également du mariage si particulier entre les fleurs et leurs insectes pollinisateurs. Finalement, la quatrième partie donne une série de réflexions sur l’évolution et les idées de Darwin tout en s’intéressant au phénomène de convergence, à l’importance de l’environnement et au véritable impact de la sélection naturelle dans l’évolution. Finalement, le tout est clôturé par une conclusion générale reprenant prudemment les différents concepts évoqués tout au long de ce voyage évolutif.
Mon avis:
J-M Pelt livre ici un ouvrage détaillé et précis sur l’évolution des végétaux. Peut-être même un peu trop précis pour qui n’est pas familier avec les sciences et la terminologie botanique en particulier. Ainsi, il aurait été agréable de trouver en fin d’ouvrage un lexique donnant les définitions des termes scientifiques utilisés afin que le lecteur, scientifique amateur ou pur curieux, ne se sente pas désarçonné par ce vocabulaire particulier. Passé ce léger inconvénient que les encyclopédies en ligne ou les dictionnaires corrigent sans trop de difficulté, l’ouvrage devient une mine d’informations et le prétexte à un voyage au cours du temps pour tout les curieux fascinés par le monde végétal. La présence de diagrammes et de photographies couleur illustrant les propos de l’auteur ont été fort appréciés et appliquent avec brio le célèbre adage: “un petit dessin vaut mieux qu’un long discours”. Finalement, le ton docte, mais détendu, de l’auteur incite à la lecture et à la découverte incitant le lecteur à continuer sa lecture jusqu’à l’ultime conclusion.
Conclusion: L’évolution vue par un botaniste devrait figurer dans la bibliothèque de quiconque s’intéresse de près ou de loin à l’évolution et/ou à la botanique (et de façon plus générale à la biologie) tant il ouvre les yeux sur la magnificence du monde végétal (du monde vivant) et de son évolution. Par contre, bien que faisant preuve de vulgarisation, cet ouvrage reste difficile d’accès pour les non-scientifiques. A se procurer en connaissance de cause donc. Cependant l’amateur persévérant, conscient de cette “difficulté”, ne devrait pas être déçu de sa lecture et, qui sait, se découvrira peut-être une passion pour les sciences du vivant.
Ou comment expliquer la morphologie des orchidées par l'évolution? Saviez-vous que les platanes communs sont des hybrides du platane d’Amérique et du platane d’Occident ? Saviez-vous que le corail est une symbiose entre animal (polypes) et végétal (zooxanthelles), et que les lichens sont le fruit d’une symbiose entre un champignon et une ou plusieurs espèces d’algues ? Ainsi toute une série de végétaux extraordinaires ou qui questionnent l’évolution darwinienne nous est présentée pour étayer les hypothèses soulevées par l’auteur. Sur l’évolution elle-même, Jean-Marie Pelt nous apporte son point de vue de botaniste, en le situant par rapport aux principales façons d’envisager l’évolution et en citant de nombreux scientifiques. Je regrette toutefois quelques approximations biologiques qui m’ont un peu chiffonnée, ainsi que le vocabulaire très technique qui ralentit une lecture plutôt aisée pour le reste, je pense surtout au chapitre sur l’architecture et l’évolution des fleurs. Dans l’ensemble, la lecture est très instructive mais il est recommandé d’avoir quelques notions à la fois de botanique et d’évolution au préalable.