Nietzsche prêche l’anéantissement de toute morale.Nietzsche est mort fou.Nietzsche n’est pas parvenu à dépasser la tradition philosophique.Nietzsche est un penseur antisémite et un défenseur du nationalisme allemand.Nietzsche méprisait les faibles et défendait le droit du plus fort.Nietzsche est essentiellement un critique et n’a rien de positif à proposer.L''auteur nous propose un regard éclairé sur l''un des plus grands philosophes allemands du XIXe siècle.
Difficile de ne pas avoir une certaine admiration pour Wotling, pour ce spécialiste de Nietzsche plutôt silencieux, comme le furent Michel Haar et Marc de Launay à la décennie précédente. Peut-être parce que ces gens ne sont pas spécialistes uniquement de Nietzsche, ça doit jouer. Reste qu'approcher Nietzsche par la doxa, fut-elle philosophique, est un exercice non seulement difficile mais dangereux. Difficile car l'adversaire est en position de supériorité, tout accuse Nietzsche. Le relevé de manches consiste alors à braver la forêt de textes, fragments posthumes compris, pour non pas systématiser le propos de Nietzsche (erreur de Fichte sur Kant) mais retrouver dans toute son intégrité la perspective prise. Ainsi sur la question des juifs. Nietzsche est un contempteur des antisémites et va jusqu'à célébrer la gloire de l'aristocratie sacerdotale du royaume d'Israël. Pour autant, la GM montre bien les ressorts nihilistes du type de l'aristocratie sacerdotale, la même que le christianisme de Saint Paul poussera putain de loin. Le travail entrepris ici par Wotling est aussi un travail dangereux puisqu'il est très facile (et probablement un peu justifié) de reprocher à Wotling de nous présenter son Nietzsche, propre sur lui au demeurant (plus antifa qu'antidémocrate, antimoraliste au nom d'une morale supérieure, mettant à égalité mauvais et méchant etc.). Bien sûr il le récusera, avançant pour l'appuyer ses travaux philologiques en propre (les réseaux de métaphore, le délicat enchaînement des aphorismes qui parfois éclot parfois explose, la logique du style nietzschéen réduit trop souvent à un style poétique etc.) et les nombreuses exhortations nietzschéennes à "bien [le] lire". Pas pour rien que le bonhomme a dirigé un "Art de bien lire. Nietzsche et la philologie". C'est qu'on en serait presque déçus de ce Nietzsche-là, porteur d'une doctrine sans système apparent (celui des pulsions), généalogiste foucaldien (ce qui compte c'est l'effet des morales, pas leur vérité), philosophe en diable (loin de la psychanalyse, loin de l'empirisme) et, en bref, tout prêt et apprêté pour les manuels d'Histoire de la philosophie. La question de la vérité de la vérité étant expédié en un tour de main : concept opératoire. Tout de même, quel tour de force que de balayer en moins de deux cents pages cent ans de confusion parfois salvatrices (les lectures de professeur, Bataille, Derrida) parfois non (Heidegger, la lecture existentialiste ou pragmatiste). (septembre)