Mon amour disproportionné pour ce livre tient sûrement de mon amour pour le prénom Nathanaël et mon amour pour le prénom Nathanaël tient de mon amour déraisoné pour les premières pages de ce livre.
La première fois que j'ai eu ce livre entre les mains je n'ai lu que ces premières pages. Elles m'ont fait ressentir quelque chose entre le coup de foudre et la révélation, c'était fulgurant, bref, simple et beau. Mais faute de temps je l'ai reposé. Il m'a fallu 4 ans pour le reprendre. Je lui jettais des coups d'oeil en coin en passant devant ma bibliothèque en pensant ''je sais que t'es là et je sais que tu vas me plaire, je ne sais pas pourquoi je ne te choisis pas, j'ai pas vraiment le temps ni l'énergie pour toi je crois (et tu me fais un peu peur aussi)". À mon grand désespoir, j'ai failli le refermer à plusieurs reprises avant la fin tant certains chapitres sont incompréhensibles et lourds. Beaucoup de pages sont constituées de bribes de récits de voyage sans aucun ordre et sans grand intérêt. Mais j'ai serré les dents et je me suis dit: c'est pas possible d'écrire des choses aussi belles et d'enchaîner avec tout ce non sens pour qu'à la fin cela ne fasse pas sens. Parfois je fais des bons choix *pats myself on the back*.
Au milieu de beaucoup de passages à vide on tombe sur des pépites d'or. Des étoiles de beauté et de sagesse perdues dans un néant confus. Des oasis d'une splendeur inespérée au milieu d'un désert aride de mots. Le désert, grand sujet de ce livre. Avec le désir, la ferveur, la vie, les étoiles, Nathanaël. Plus on avance dans le livre, plus il y a de pépites d'or, et plus elles sont longues et développées. Il faut seulement réussir ba passer les quelques chapitres un peu longs. "Les nouvelles nourritures" est tout aussi beau. J'ai versé une larme plus d'une fois.
Je me demande souvent pourquoi j'aime autant lire. C'est clairement plus qu'un divertissement pour moi. Parfois c'est un mon seul ancrage pendant une crise d'angoisse, parfois je lis un livre comme si c'était une mission, et parfois je lis un livre comme je déguste mon plat préféré, pour le simple plaisir que ça procure, en mode treat yo self.
En tant que rêveuse compulsive, les livres sont un support qui me convient bien. Lire est plus socialement accepté qu'avoir ouvertement la tête dans les nuages 83% du temps. Je peux me cacher pour rêver derrière un livre. Et il y a des milliers de choses que je n'ose pas vivre et les livres me les font vivre par procuration.
Et parfois je tombe sur des livres comme celui-ci et je ressens quelque chose d'autre en plus du rêve éveillé et de l'échapatoire. Quelque chose d'un peu mystique, que je n'arrive pas exactement à expliquer. Comme si mon âme reconnaissait quelque chose de familier dans ces mots. Comme si l'auteur me disait : la vie c'est ça. Il y a de belles promesses, de beaux débuts, des traversées du déserts, des oasis splendides, le ciel étoilé et Nathanaël. Comme si chaque page tournée me disait que oui, ça en vaut la peine, il y a plus, reste. Le livre a sa propre voix, douce et un peu grave à la fois, et me dit tout ça, au creux de l'oreille, à la tombée de la nuit. Elle me murmure : regarde, reconnaît, tu n'es pas seule, c'est toi, c'est nous, c'est normal. Tu voulais savoir, maintenant tu sais. Maintenant, va vivre.
Ce qui me fascine le plus c'est d'avoir décidé de lire ce livre à ce moment précis de ma vie, après l'avoir presque oublié. Je l'ai rapporté de chez mes parents après les vacances de Noël en me disant qu'en 2018 je lirai plus de classiques français. J'ai regardé ma bibliothèque il y a quelques jours et ce livre m'a dit: j'ai quelque chose d'important pour toi, c'est le moment de me lire.
Pourquoi j'ai choisi ce livre pile au moment où j'avais exactement besoin de lui, alors que je n'avais aucune idée de ce dont il parlait? Est-ce un pur hasard? Tout ce que je sais c'est que je garderai ce livre près de moi toute ma vie.