Parfois la nuit est vide, t'as la tête remplie de bruits et les yeux pesants de ce sommeil qui ne viendra pas. T'as des bagages sous les paupières, des rêves d'ailleurs, t'as juste pas la force d'atteindre l'aéroport. Dans ces moments là, je me perds sur la grande toile, je me perds dans les voix et les visages qui me parlent littérature, j'écoute les chœurs de lecteurs. C'est comme ça que j'ai entendu parler de "Moi, Peter Pan" et de son auteur. En me perdant.
Tu sais, il m'en faut pas énormément pour apprécier un livre. Si tu arrives à toucher quelque chose en moi, t'as déjà gagné. T'es pas obligé d'être un auteur de dingue, ou de déballer des tours qui vont me faire pétiller l'regard. J'ai juste envie qu'on me parle. J'ai juste envie que l'on me prenne la main.
"Moi, Peter Pan" a été la lecture que j'ai emporté partout. Sur les tables de bar, dans la poche arrière de mon jean, entre les sièges abîmés des métros de Paname. Peu importe où j'étais, je sentais que les mots se liaient à mes doigts, à mes cheveux, s'embourbaient dans les masques de mon quotidien. On décrit ce livre comme étant un "roman contemplatif." J'accepte ce terme, même s'il peut faire peur. "Tu veux que je contemple quoi? Moi j'veux juste m'échapper, laisse mes ombres et mes pensées tranquilles."
Michael Roth n'a pas laissé mes peurs toutes seules. Ni mes doutes, ni mes désespoirs, ni mes questions. À travers ce personnage que l'on connaît tous (Peter Pan le hargneux le psychopathe le rêveur le combattant) l'auteur m'a fait ouvrir la boîte de Pandore, le carton un peu puant, un peu daté de mes souvenirs. Chaque chapitre est une balade dans ce que l'âme peut avoir de plus profond, de plus noir, de plus désespéré. Ouais. Chaque chapitre est un océan, tu te demandes exactement jusqu'où ira l'exploration. Et à chaque fois, les yeux bouffés de sel et la voix parcourue de hoquets, tu t'aperçois que la lumière est là, que l'espoir, t'en as partout, même sous tes chaussures.
Le deuil, la peur d'aimer un(e) autre, la confrontation avec ses pires démons, comprendre enfin que le mal ne va pas sans le bien, que t'as pas le choix, parfois pour sourire il faut s'autoriser à chialer. Tout ça, c'est que la partie immergée de l'iceberg qu'est ce bouquin. L'écriture est bouleversante de beauté. J'en ai laissé tomber deux ou trois jambon-beurre tellement ça sonnait bien, tellement ça cognait juste. Et crois moi, il m'en faut beaucoup pour mettre de côté un jambon-beurre du Quartier Latin.
Il est 1h23, tout est calme sur Paname, dehors les lampadaires craquent et crépitent. Dehors, y'a probablement tous ces gens comme moi qui n'arrivent pas à dormir, qui dealent avec le bordel intime des heures passées minuit. J'aimerais pouvoir dire à tous ces gens de lire cette petite œuvre d'art. Parce que je crois que le temps d'une centaine de pages, ils peuvent apprendre à voir leurs cicatrices autrement, à regarder leur passé en face plutôt que de se taper un sprint mental dès qu'il débarque.
"Moi, Peter Pan" t'arrachera le pansement, mais déposera de la poussière de fée sur tous tes orages.
Et tu verras, après ça, les nuits ne seront plus aussi silencieuses.