revoici le journal du matincomme une plaie ouverte sur ta galeriegrands titres au fer rougeet petites annonces dans la peauà la une l’enfance était un canulardossier spécial sur la torture en temps de paixen page 37 de belles têtes de morts bien coiffées vite enseveliesaprès quoi on emballe les restes de tabledéjà ce soir tu découches aux soins intensifsdemain matin personne pour ramasser ton journalcomme une plaie ouverte sur la galerieil partira au venttout sera à recommencer
On joue sur la polysémie du mot quotidien en dépeignant l'ennui et la routine sous la forme de nouvelles déprimantes, comme celles qui font la une des journaux "chaque matin". Des "actualités poétiques" plutôt cyniques sur le vide existentiel – celui dont se composent nos vies trop souvent traversées sur le pilote automatique. J'ai trouvé ce recueil ingénieux et cruellement perspicace.
« sous les néons d'une salle de triage où pour tuer le temps on a conçu les enfants incurables qui tôt ou tard joindront les rangs de cette file d'attente sans fil d'arrivée »
Exercice intéressant que l'auteur a accompli , on le devine assez bien, pendant la pandémie qui sévissait il y a quelques années déjà. C'est pas aussi bon que les attentes que j'avais, mais j'ai quand même hâte de lire son autre recueil de poésie, ornithologie.
Extrait du poème intitulé Scellé sous vide: "chaque matin la nostalgie du flambant neuf je m'abîme à la surface d'un comptoir usé par des coudes hostiles avec comme seule arme tous ces modes d'emploi qui ont fait de moi l'homme que je suis."
Ça se dévore en 1 heure et son rythme te reste dans le crâne pendant toute la semaine. Drôle, étrange, plein de beauté, d'absurde et pourtant, tellement humain.