Le directeur de l'INED décrit la situation générale de l'immigration en France et révèle les erreurs qui, selon lui, ont émaillé les récents débats parlementaires sur le sujet. Il examine les politiques de quotas migratoires mises en place ces dernières décennies dans divers pays (Canada, Espagne, etc.) et s'interroge sur le visage que présentera la France dans trente ou quarante ans.
Cet essai de 2007 porte sur la loi du 24/07/2006 relative à l'immigration et à l'intégration et sur son imbrication avec la tendance démographique nationale. Malgré sa date de publication déjà ancienne, il répond à des questions tout à fait actuelles sur les enjeux liés à l'immigration en France et présente l'avantage certain de quantifier son objet, battant en brèche quelques idées préconçues. François Héran, l'auteur de cet essai, a dirigé l'INED de 1999 à 2009.
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LES QUESTIONS ABORDÉES :
1) L'étude de l'Enquête sociale européenne de 2003 souligne que la perception de la population étrangère par les pays européens est mutuellement contradictoire : chaque pays estime être celui qui accueille le plus d'immigrés. On a là une illustration probante du raisonnement en huis-clos en matière de politiques d'immigration en UE, que souligne aussi Thomas Piketty, aussi bien en matière d'immigration que de fiscalité.
2) On distingue ensuite la définition de l'immigration qui émane des démographes de celle du Ministère de l'Intérieur et montre que la séparation entre migration de peuplement (dite migration "subie") et migration de travail (dite migration "choisie"), issue du projet de loi de 2006, est largement inopérante, puisque le regroupement familial est une réalité démographique avérée.
3) Ensuite, on compare les politiques migratoires de plusieurs pays :
- Au Canada, bassins annuels à base de systèmes de points. Les recrutement contingentés ne sont pas liés à l'offre d'emploi. Le défaut : les points valorisent une sélection ethnique, du fait de la langue.
- En Italie et Espagne, quotas avec limitation de la mobilité professionnelle et géographique (lourds et inefficaces), puis régularisation des travailleurs en 2002 et 2005 respectivement.
- En Suisse, quotas négociés par les cantons et les entreprises (les flux dépassent de loin les objectifs fixés, du fait de la demande de travailleurs, des regroupements familiaux et de l'asile politique).
- En France, l'immigration systémique est un phénomène plus ancien, qui remonte à la mi-19e siècle. Les problématiques sont donc différentes en ce sens qu'elles engagent une forte composante de la population issue de l'immigration sur plusieurs générations. La loi du 24/07/2006 prétend réglementer les flux, en favorisant les flux "choisis".
4) Les contradictions de la politique de répression de l'immigration illégale : Entre dénonciation du travail clandestin et réticences à se donner les moyens de son ambition (en assurant la meilleure répartition sur le territoire national, en modulant la capacité d'accueil, le volume de logements...).
5) La corrélation claire entre baisse du solde naturel européen (et français) et augmentation des flux migratoires. F. Héran prouve par A+B l'aporie des politiques de diminution du solde migratoire en proportion de la diminution du solde naturel.
6) L'essai quantifie les flux entrants et estime les flux sortants ; précise les ordres de grandeurs réels en termes de taux de fécondité et natalité des naissances issues de la population immigrée ou des mariages mixtes et livre un travail salutaire qui relativise et donne du sens à l'importance démographique de l'immigration en la quantifiant et en la temporalisant.
7) Enfin, la nature éminemment politique des questions de solde migratoire. La valeur de moyen, et non de fin des mesures sécuritaires comme le passeport biométrique, qui ne sont qu'une partie du panel d'outils politiques.
Dans une certaine mesure, certaines observations et relevés rejoignent les études de Thomas Piketty. En particulier sur la mise en place de politiques social-nativistes dans les pays occidentaux à la suite de l'abandon progressif de la social-démocratie et de son ambition redistributive dans Capital et idéologie.
8) L'essai conclut sur la dualité fondamentale de la loi de 2006, qui limite l'immigration en même temps qu'elle la prend en compte, offrant un point de départ à une politique de l'immigration plus rationnelle et ambitieuse.
Le démographe se au cours de son exposé de l'exemple de creuset de populations remarquable qui existe sur l'Île de la Réunion, que j'ai le plaisir de confirmer pour l'avoir côtoyé. Si le métissage est une réussite incontestable de ce département, j'ajouterai quand même que l'intégration économique et la meilleure répartition du capital socio-éducatif y restent encore largement à réaliser. L'histoire De La Réunion, Volume 1: Des Origines à 1848
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Pour finir, voilà un jeu instructif qui vous met dans la peau d'un agent de la police aux frontières d'un pays fictif. Finalement, peu importe la couleur politique résolument communiste du pays, ça permet de se rendre un peu mieux compte de la réalité des procédures de contrôles aux frontières :Papers, please
Un essai intellectuellement revigorant, écrit par un démographe qui se place en observateur exerçant une 'neutralité active' pour décortiquer les mouvements démographiques liés aux migrations et au vieillissement. Les faits, rien que les faits !