Ils sont les enfants bénis. Les élus. Ils se surnomment les Indifférents. Une bande d'adolescents bourgeois mène une existence paisible sur le bassin d'Arcachon. Justine arrive d'Alsace avec sa mère, recrutée par un notable du coin. Elle rencontre Théo, le plus jeune fils de la famille, et, très vite, intègre son clan. De ces belles années, Justine raconte tout. Les rituels, le gang, l'océan. Cette vie d'insouciance parmi les aulnes et les fêtes clandestines, sous le regard des parents mondains. Mais un matin sur la plage, un drame survient. Les Indifférents sont certainement coupables. La bande est devenue bestiale. Dans un style haletant et incisif, Julien Dufresne-Lamy dessine le portrait d'une jeunesse aussi cruelle que prodigieuse.
J'allais mettre les trois étoiles d'une lecture mitigée tant par moments certains éléments du texte – et c'est très personnel – m'ont exaspéré, mais j'ai été tellement pris par cette lecture sans pouvoir m'arrêter et surpris par la fin que j'en ajoute une ! Quatre étoiles donc pour ce roman haletant, bien écrit, au dénouement qui m'a pris de court. Sur ce dernier point un grand bravo à Julien Dufresne-Lamy : je n'ai rien vu venir.
Lorsque Justine quitte l’Alsace ce matin-là, elle ne s’imagine pas combien la vie peut être différente. Différente de ce qu’elle a connu, de ce qu’elle a imaginé, de ce qu’elle croyait possible. Le Cap, c’est un autre monde, pas seulement l’autre bout de la France avec la mer et le soleil. C’est une élite autoproclamée que l’on doit suivre, bon gré mal gré. Quitte à tout détruire sur son passage. Dans l’immense villa des Castillon où l’on se parle sans s’écouter, elle pense ne pas avoir sa place. Sa mère, insondable, veille à ce qu’elle file droit. Rapidement, Théo Castillon se rapproche de Justine. Il lui présente Léonard, puis Daisy. Désormais, elle marche avec les Indifférents. Comme si l’en avait toujours été ainsi. Les adolescents ne maîtrisent pas leur pouvoir. Ils marchent, insolents, la tête haute, méprisent le petit peuple. Ils déambulent d’une soirée à l’autre, enquillant drogues et alcool comme on donne une poignée de main. Justine oublie la province et la tapisserie défraîchie. Elle oublie le besoin, presque l’envie. Jusqu’à l’arrivée de Milo, qui fait tache sur la carte postale. Lui lui rappelle qu’elle n’est pas de ce monde, elle qui décrit ceux qu’elle croise dans les rues avec la bonhomie de Brel qui chantait Ces gens-là. Elle a beau se pavaner au bras d’un fils de, elle n’est qu’une fille d’employés. Devenue l’image qu’on lui renvoie d’elle, elle souffre toutefois de devoir tourner le dos à celui qui lui ressemble, car sa nouvelle amitié n’est pas du goût des autres. On ne mélange pas les torchons avec les serviettes. On ne lâche pas les Indifférents. Ou bien en paie le prix. Les Indifférents sont cette adolescence intolérante, provocatrice, cruelle. Ils sont cette liberté dont on ne jouit qu’une fois. L’insouciance qu’on craint et qu’on jalouse. Perchés en haut du Cap, ils se croient à l’abri du drame. Ils sont le poids de la famille, qu’on brandit et qu’on renie. Ils sont apparence et méandres, opportunisme et vérité. Ils sont cette passerelle qu’on est forcé d’emprunter sans trop regarder en bas. Ils sont à l’image de ce décor idyllique que la marée peut ensevelir à tout moment. Un décor magnifié par les mots de Julien Dufresne-Lamy. On referme ce roman avec le goût du sel sur les lèvres, pas tout à fait sûr d’avoir détesté les personnages. Qu’importe, on aurait pu les suivre n’importe où. Subtil et violent. Merci aux éditions Belfond pour leur confiance.
Les Indifférents. Ce sont ces adolescents qui restent entre eux, indifférents aux touristes et au reste du monde, unis par le sable. Les Indifférents naissent, se rencontrent et meurent sur la plage. C’est justement au début de l’adolescence que Justine débarque avec sa mère au Cap-Ferret. Elles ont tout laissé derrière elles en Alsace, l’appartement et ce père qui les avait tant fait souffrir, pour tenter de reconstruire une nouvelle vie. Après un entretien téléphonique, sa mère est embauchée comme comptable de Paul Castillon, riche notable de la région du « Bassin ». Elles intègrent toutes deux la maison de famille et la mère devient une employée de plus dans la grande demeure. Théo Castillon apprivoise rapidement Justine. Mais pour faire partie de sa bande, elle doit se soumettre tout un été à un bizutage difficile. Léonard et Théo la testent et elle réussit. A la fin de l’été, Justine fait partie des Indifférents. De cet été, Justine gardera un souvenir idyllique, elle y apprend le gout de la liberté, la joie de faire partie d’un clan, la complicité éternelle d’une amitié. Puis la rentrée arrive, Daisy revient. La bande des indifférents est au complet. Trois années passent et leur complicité se renforce. Les limites sont les mêmes que celles de leur parents avant eux : il n’y en a pas. C’est un monde bourgeois où tout se fait et tout se tait, de grandes réceptions familiales s’organisent en même temps que de grandes orgies adolescentes sur la plage, Paul Castillon a la main mise sur tout le bassin, sur le rivage qu’il endigue, sur ses affaires obscures et sur le commissaire. Un jour, Justine rencontre Milo, trop différent pour faire partie des Indifférents, et pourtant il rappelle à Justine le milieu modeste d’où elle vient. C’est le début de la rupture entre elle et les autres. Pourtant, si entrer dans le clan était difficile, en sortir n’en paraît que plus compliqué… Dans ce microcosme étouffant parfumé au sel se rejoue l’histoire de ce qui a été écrit avant nous. Les liens se tissent adroitement entre tous les personnages et le Bassin apparaît alors comme un lieu de fascination dont on ne peut s’extraire, où l’on revient inéluctablement, répéter des schémas ancestraux. Mon avis Immense coup de coeur pour ce roman de Julien Dufresne-Lamy, aussi intense que le précédent ce qui confirme son talent. Une narration impeccable et un vocabulaire riche portent une histoire adroitement menée. Une fluidité et un rythme parfaits pour nous entraîner vers une fin inattendue. J’ai aimé l’humour et la sincérité émanant de ces presque adultes, la fraîcheur de cet âge de la vie où tout se joue et tout s’apprend. J’ai aimé être emportée par leur énergie et l’histoire de chacun des personnages. Tout se tient et tout est intéressant dans ces trois cent pages, aucune longueur et un suspense bien dosé. C’est un roman magistral sur l’adolescence et le poids familial, un livre subtil et violent dont on ressort les cheveux emmêlés par le vent et les secrets, le coeur brûlé par le soleil et le drame.
La littérature aime les grands changements, les déménagements, les mutations. Les irréversibles. C'est ainsi que s'ouvre Les Indifférents, alors qu'un drame indicible se conclut sur une plage. C'est ainsi qu'il se poursuit, alors que le roman fait un bond en arrière pour raconter l'arrivée de Justine à Arcachon, loin de l'Alsace et du père auprès desquels elle vivait jusqu'alors. Embauchée par des bourgeois du coin comme comptable, sa mère veut "reconstruire sa vie". Dommage qu'il ait fallu détruire celle de Justine au passage. Petit à petit, Justine se familiarise avec ce qu'elle va finir par se résoudre à appeler son nouveau chez-elle. Les rencontres aident. Surtout celle de Théo, le fils des employeurs de sa mère, un garçon tranquille, érudit, un peu sauvage, très tendre, qui lui présente ses deux meilleurs amis. Ensemble, on les appelle les Indifférents. Ils sont une bande de jeunes un peu désabusés et carrément sarcastiques, complètement hédonistes et pas scrupuleux pour un sou. Rien ne compte vraiment, ça, ils l'ont bien compris. Seules comptent l'insouciance, la fête, la complicité et les séances de surf au parfum intrépide et exaltant. Les années passent. Les enfants grandissent, se débarrassent peu à peu de leurs derniers lambeaux de naïveté. C'est le temps des renoncements, des mutations, des résignations. Justine n'est plus la même. Elle est devenue autre, hiératique, un peu froide, un peu sèche. Peu importe. Peu leur importe à tous. Ils sont différents, on ne la leur fait pas, à eux. Mais à force de se croire trop malin pour le reste du monde, constamment à l'abri du danger, on finit par en oublier les précautions les plus élémentaires. On finit par oublier la critique constructive, la conscience de l'autre, les besoins, les pulsions, les passions. On finit par s'y oublier. On finit par se perdre. Les Indifférents est une lente, profonde et tortueuse plongée dans le quotidien las et indolent d'une bande d'adolescents trop intelligents pour leur âge - ou en tout cas, qui aiment à le croire -, drogués à l'attentisme, à la passivité. C'est l'histoire d'une destruction à petit feu, d'une arrogance coutumière, d'une ambition trop souvent déçue qui finit par se transformer en soif d'intensité, quelle qu'elle soit. C'est l'histoire de quatre gamins bardés de cicatrices, mais qui ont les moyens de les maquiller. C'est l'histoire de délinquants qui s'ignorent, du mal qui couve et s'impatiente, de la jeunesse qui ne sait plus à quoi s'employer. C'est l'histoire de la violence qui tait son nom et se fait passer pour de la sophistication. C'est l'histoire des passages avortés. C'est l'histoire de celles que l'on ne prend pas le temps d'écouter. C'est l'histoire des ennuis qui ravagent et des silences carnages. C'est porté par une plume sublime, sensorielle, souple, sensuelle, toujours prête à bousculer la langue et les coutumes pour laisser transparaître le plaisir, la douleur, l'abrutissement ou la contemplation, focalisée sur la perception, détachée de tout jugement. On raconte. On retransmet. On communique. On partage. Mais on ne condamne pas. Comment le pourrait-on ?
Ce ne sont que des enfants. "Doucement, l'écume pétille et nos corps deviennent méduses." A l'image de cette phrase, toute simple, toute belle, toute pure, le roman s'offre par tranches de vies, par rayons, par fragments. Les Indifférents s'offrent comme une sorte de spectacle, une tragédie contemporaine dont on connaît parfaitement la fin sans jamais parvenir à l'accepter, une épistémologie de la violence, une injonction à ne pas rester aveugle à son monde, à l'embrasser, même lorsque c'est douloureux, même lorsque ça fait désordre. La construction est millimétrée, le rythme implacable, la sentence totale. C'est une parenthèse d'onirisme, de pureté des mots et des sensations, de puissance, un moment littéraire rare et fort comme on n'en vit que peu.
Un vrai coup de cœur dévoré en moins de 24 heures. Il se trouve que j’adore la plume de Julien Dufresne-Lamy. Que ce soit 907 fois Camille, Les bienheureux, Jolis jolis monstres ou Mon père, ma mère, mes tremblements de terre, tous ont volé mon cœur. Je retrouve ici la plume rythmée et le débit incisif de l’auteur. Incapable de le lâcher, comme toujours. Et cette question lancinante : qu’est-ce qui s’est passé ? On oscille entre insouciance et drame. Entre l’avant et le point de non-retour. C’est une histoire d’amitié, de familles défaillantes, de parents ordinaires. Mais c’est aussi une histoire de classes, avec cette ligne invisible et pourtant infranchissable. Une chose est sûre : Les indifférents, comme tous les romans de Julien Dufresne-Lamy, ne m’a pas laissé indifférente du tout. Ma chronique complète est dispo ic : https://sorbetkiwi.fr/index.php/les-i...
Gros coup de coeur pour ce roman ... les allers retour entre le passé et le présent sont parfaitement bien amenés par l'auteur... et le dénouement totalement inattendu....en plus lire ce livre l'été au bord du bassin d Arcachon m a permis de visualiser les lieux... j'ai juste un petit doute sur la possibilité d'aller si vite d'un endroit à l'autre... mais pas grave c est un roman!
Un peu difficile à accrocher sur la 1ère moitié, en raison du style d'écriture trop riche et de langueur du récit (les étés des protagonistes), la seconde moitié du récit s'accélère jusqu'à la fin qui est bien construite.
je trouve ça toujours un peu risqué de construire une histoire entrecoupée de flashbacks mais ici, c’est bien fait, ça surprend et ça n’empêche rien à la compréhension. un dénouement et une écriture maîtrisée qui surprend jusqu’à la dernière page.
J'ai apprécié la construction du roman, l'alternance entre le récit fait par l'héroïne de ces années passées sur le bassin d'Arcachon, et du jour du drame. Car on sait dès le départ que tout cela va mal finir... mais le suspens perdure jusque dans les toutes dernières lignes.
La construction est habilement menée, et c'est vraiment le genre de livre qu'on ne lâche plus une fois entamé, dévoré en un week-end, les personnages continuaient à me trotter en tête entre deux moments de lecture.
Les portraits sont particulièrement bien brossés, tant de la jeunesse dorée que celle des autres classes sociales et des relations complexes au sein de la bande d'adolescents, aussi belles qu'elles peuvent être cruelles et virer au drame. Le poids des classes sociales, le poids et le pouvoir de l'argent et des relations... rien ne sera rose longtemps au bord des plages du Cap Ferret...
J'ai été émue plus d'une fois à la lecture de ce roman, je vous le conseille!