« Elle ne se contente plus d'habiter mes rêves, cette fille. Elle pousse en moi, contre mes flancs, elle veut sortir et je sens que, bientôt, je n'aurai plus la force de la retenir tant elle me hante, tant elle est puissante. C'est elle qui envoie le garçon, c'est elle qui me fait oublier les mots, les événements, c'est elle qui me fait danser nue. »Il n'y a pas que le chagrin et la solitude qui viennent tourmenter Tara depuis la mort de son mari. En elle, quelque chose se lève et gronde comme une vague. C'est la résurgence d'une histoire qu'elle croyait étouffée, c'est la réapparition de celle qu'elle avait été, avant. Une fille avec un autre prénom, qui aimait rire et danser, qui croyait en l'éternelle enfance jusqu'à ce qu'elle soit rattrapée par les démons de son pays.À travers le destin de Tara, Nathacha Appanah nous offre une immersion sensuelle et implacable dans un monde où il faut aller au bout de soi-même pour préserver son intégrité.
4.5 stars. This book is incredible. I loved the writing and the story is so powerful. I knocked half a star off as it felt a little rushed towards the end
Un début tiré en longueur. Je me suis demandée où l’auteur voulait m’emmener. Une fois happée par les souvenirs et les rêves de Tara, je finis par comprendre, au fil des pages, l’histoire d’une femme dont l’adolescence fut ravagée.
Rien ne t'appartient est un roman assez court, d'une force incroyable. C’est une lutte contre l’effacement !
Vijaya est une fille d’une famille riche et athée. Journaliste à la radio, son père est un homme engagé, opposant au pouvoir. Sa mère a des pouvoirs magiques pour lesquels la visitent tant de personnes à la recherche du bonheur. Ils sont riches assurément. Ce père souriant devient un tuteur sévère lorsqu'il enseigne à sa fille, Vijaya.
« Je n’ai pas de religion, …je n’ai pas de langue, toutes les langues sont à moi, toutes les religions sont à moi »
Depuis la capitale, vient Rada, professeure de danse qui lui enseigne la bharatanatyam, danse traditionnelle de l'Inde du sud, deux jours par semaine. D'ailleurs, Vijaya danse à ravir lorsqu'une fête lui en donne l'occasion.
Hélas, sa vie va basculer dans l'horreur avec ce qui fait penser à un coup d'État militaire, l'installation d'une dictature qui élimine sans pitié les opposants. Sauvée par le jardinier, elle est accueillie par une autre famille. Là, elle découvre le garçon, le jeune dont elle s’amourache sans connaître son nom. La famille adoptive la voit comme une fille gâchée, un chien méchant où la tenancière lui assène sans arrêt : Rien ne t'appartient ici. Elle est ainsi emmenée au refuge où toutes les filles sont exploitées. Vijaya perd ses parents, ensuite son humanité. Chez la femme adoptive, elle est le chien méchant, la fille gâchée. Au refuge, comme les autres filles, elle est esclave des tâches dures, appelées par le nom des mois de l’année. Ainsi, Vijaya la fille épanouie, la passionnée de la danse, l’élève de son père-intellectuel…devient un rien, effacée de l’existence. « En vérité, plus rien ne m’appartient, ni ici, ni ailleurs, ni jamais. Mon nom, mon histoire, ma mémoire s’effacent » (p112). Le titre du roman illustre bien cet effacement. La narratrice raconte pour que tout lui ré-appartienne.
« J’ai l’impression que des parties entières de mes journées se déroulent sans moi, je crois que je perds la tête » .
La vie de Vijaya est celle que d'autres jeunes filles comme elles ont dû subir : privations, punitions, travail très dur, jusqu'au jour où ce tsunami dont nous nous souvenons tous, remet tout en question, juste après Noël, le 26 décembre 2004. Il dévasta une bonne partie des côtes de l'Océan Indien causant énormément de victimes.. Rescapée, Vijaya fait la connaissance d’Emmanuel, médecin veuf, pour qui elle nourrit des sentiments. Il a un fils, Eli, d'un premier mariage. Prof de maths dans un collège. il tente d'aider Tara victime d'hallucinations et très perturbée. Il a beau lui poser des questions, voulant savoir qui est cette Vijaya, prénom qu'il a vu écrit sur des feuilles trainant dans la chambre de Tara mais celle-ci ne répond pas. Et si devenait-elle l’épouse d’Emmanuel ? Et inventait-elle une autre vie, adoptait-elle le nom d’une amie, pour survivre et dépasser l’effacement ?
Rien ne t'appartient me semble un formidable témoignage sur les dégâts psychologiques causés, pendant des siècles d'exploitation et d'oppression de beaucoup de femmes. C'est écrit délicatement, avec un minimum de précisions géographiques et aucune date. Tout est dans les mots, les phrases mettant en place une vie sacrifiée où tant de malheurs, tant de souffrances accumulées sont impossibles à évacuer. Tara et Vijaya, ces deux jeunes femmes cohabitent dans la même personne qui, privée du seul homme venu à son secours, se trouve dans l'impossibilité de communiquer pour se relever et continuer à vivre.
Depuis la mort de son mari Emmanuel, Tara part à la dérive...Elle semble vivre dans un autre monde, la femme discrète et amoureuse qu'elle était semble habitée par une autre. La première partie de ce roman nous plonge dans les limbes des souvenirs flottants de Tara. On apprend à la connaître sans trop identifier le problème mais c'est cette deuxième partie qui provoque une véritable rupture et la découverte des traumatismes subis par une enfant sur qui le sort s'acharne... Natacha Appanah, que je découvre avec ce roman, m’a emportée avec son style ciselé et elliptique...l'art de suggérer le pire sans tout dire ! J'ai beaucoup aimé cette deuxième partie du roman consacrée aux exactions commises dans un pays fait d'interdits, aux douleurs du passé d’une fillette qui devient une "fille gâchée"... à qui rien n'appartient. Des passages d'une grande intensité.
"Assourdissant ce cœur qui bat. Assourdissant le sang qui se précipite au cerveau. J’ouvre et je referme la bouche sans savoir quels mots à dire,les cris à sortir, les prières à inventer. Je n'entends rien, je ne vois rien mais dans la nuit du coffre, je perçois la réverbération des choses que font les quatre hommes. Pour chaque coup, chaque exaction, chaque abus, mon corps recroquevillé, loin bien loin de celui de mes parents, absorbé les ondes de ce qui se passe dans cette grande maison ou j'ai eu une vie délicieuse, douce, virevoltant et singulière."
Un livre que j’ai délaissé après une dizaine de pages et repris bien heureusement après quelques semaines. Même si le début est un peu lent, l’histoire de cette jeune adolescente, qui se voit privée abruptement d’un doux et libre avenir s’enflamme et nous rappelle le jeu des politiques et la place de la femme dans certaines sociétés. Superbe !
Émouvant, mais pas à la qualité d'écriture qu'Appanah nous a peut-être un peu trop habitué. Ça semble être un récit un peu facile au final, une femme dont on ne connaît rien, qui est révélée peu à peu, dont les traumatismes sont expliquées par une retour en arrière qui forme la deuxième partie. Il manquait quelque chose pour vraiment amener ce genre de récit qu'on voit peut-être un peu trop ailleurs, de meilleurs commentaires, de meilleures perspectives, je ne sais pas...
L'histoire est poignante, les faits relatés sont horribles. Il y a un certain suspense, l'auteure nous tient en haleine pour remplir les trous de l'histoire au fur et à mesure que le livre avance.
Je n'aime pas beaucoup la façon dont l'histoire est narrée. Vijaya raconte à la première personne et donne des informations lacunaires et pas toujours cohérentes ou compréhensibles. Je comprends bien que c'est comme ça que Vijaya réfléchit, mais surtout lors de la première partie, j'ai eu du mal à m'accrocher à cause de l'impression de "rien comprendre" et de ne pas connaître suffisamment le personnage principal pour m'investir.
Depuis la mort de son mari, Tara perd pied. Des images lui reviennent, un prénom, des souvenirs enfouis. C’est sa vie d’avant qui réapparaît, elle était une autre fille, avec un autre prénom, elle croyait en l’éternelle enfance, avant d’être rattrapée par les démons de son pays. C’est le roman d’une vie double, d’une femme scindée, que l’autrice décrit avec puissance et sensualité.
Nathacha Appanah montre dans son roman Rien ne t’appartient qu’on peut oublier jusqu’à son prénom et vivre sans recoller les tranches de sa vie. Mais, cela ne dure qu’un temps, pendant quinze ans dans ce roman. Après tout craque avec une violence difficile à canaliser, surtout si un événement important vient détruire le mensonge. L’histoire Tara se retrouve complétement déphasée après la mort de son mari, Emmanuel, plus âgé qu’elle. Son beau-fils doit venir la visiter alors qu’elle aimerait tellement rester auprès de ce garçon au corps dégingandé avec ses vêtements trop grands. Il faudrait qu’elle s’active, qu’elle range et qu’elle donne un coup de propre partout, mais le temps passe trop vite. Elle se noie dans ses pensées disparates. Le désordre a envahit cet espace qu’il y a peu était propre et plein de vie. Nathacha Appanah commence par la fin, lorsque le présent est bouché, que l’univers s’écroule et que les forces quittent le corps, que la folie risque de s’installer ! Alors, pour la seconde partie, Natacha Appanah donne la parole à Vijaya. Elle est éduquée à l’occidental. Mais, les violences, les croyances ancestrales et le statut inférieur de la femme vont la transformer en « chien méchant » puis en « fille gâchée ». Deux voies, deux prénoms, Tara et Vijaya rendent compte de l’enfance, du deuil, de la mémoire et des conditions faites aux filles dans un pays corseté dans ses traditions d’un autre âge. Car, le père de Vijaya croyait à l’avenir de la liberté de conscience et de culte et le criait trop fort. Alors que sa mère, aux pouvoirs extraordinaires deux jours par mois, ne cessait de le mettre en garde ! Mais la danse Bharatanatyam qui habille de grelot ses chevilles ont fait croire à l’enfant que la séduction n’amène que regards et applaudissements. La suite ici https://vagabondageautourdesoi.com/20...
Tara est en pleine dépression depuis la mort de son mari Emmanuel.
Au fil des chapitres, nous découvrons son histoire. L’histoire d’une petite fille insouciante qui aime danser, et qui devient une jeune fille avec des responsabilités. Jusqu’à ce lendemain de Noël qui détruit tout.
J’ai suivi avec passion Tara, depuis son appartement français où elle voit le garçon que personne d’autre ne voit jusqu’à son pays de naissance.
J’ai aimé cette petite fille qui aime danser, insouciante ou presque. Son inquiétude face à sa mère un peu sorcière et son père qui ouvre trop sa bouche.
J’ai eu de la peine quand elle a été recueilli et a dû changer de prénom, Vijaya (la victoire, devenant Avril).
J’ai aimé son amitié avec Tara au refuge.
J’ai aimé la voir se rendre tous les matins dans le vieux temple, comme une façon de se ressourcer.
Et toujours cette eau autour, sentie, perçue, omniprésente.
Un roman qui m’a embarqué, telle une vague. Un roman qui raconte comment une phrase (Rien ne t’appartient) peut détruire une vie des années plus tard.
L’image que je retiendrai :
Celle des guirlandes de feuilles de manguier tressés que Tara-Vijaya appose sur la porte d’entrée chaque nouvel an.
Roman lu dans le cadre du prix des étudiants avec France Culture. Tara vient de perdre son mari, la laissant seule avec des visites espacées de son beau-fils, Eli, avec qui elle entretient une relation assez distante. Mais Tara est submergée par une profonde tristesse et détresse, peut-être même par la folie qui semble s’expliquer par quelque chose de plus ancien que la mort de son mari, quelque chose de plus enfouie...
Avis : Rien ne t’appartient est une histoire touchante mais sans réelle et notable profondeur. Les choses mettent du temps à s’enclencher, ce qui rend également l’immersion dans l’histoire assez lente. Dans la deuxième partie du roman, des aspects intéressants sont survolés, des événements captivants s’enchaînent beaucoup trop rapidement ou ne sont pas creusés, ce qui peut néanmoins être voulu pour symboliser le tourbillon dans lequel Tara est emportée. Cela reste toutefois dommage puisqu’elle est un personnage qui semble pourtant très riche mais on ne l’a découvre que trop peu, en surface. C’est frustrant. Le roman est très court, il aurait pu selon moi se voir grossir de plusieurs autres pages…
Ressemble beaucoup à Tropiques de la violence et je ne suis pas trop fan de cet espèce de misérabilisme qui imprègne l’oeuvre et s’acharne sur le personnage (en moins de 200p on a le droit à la totale : violence politique, avortement, violences sur les femmes, tsunami, deuil des parents, du conjoint…). On dirait que l’autrice cherche à nous apitoyer à tout prix, perso je ne peux pas. En + on est maintenus dans une sorte d’opacité car l’autrice refuse de nous donner des élements de contexte (ex : le pays, la ville, l’année) tout en donnant des détails très précis qui font que le récit n’est pas du tout universel (en gros on en appelle à la culture g du lecteur - ou l’efficacité de son moteur de recherche). Bref, je mets quand meme 2 étoiles pour la qualité de l’écriture mais ce livre va vite tomber aux oubliettes.
« Je me souviens que ma mère recevait des gens qui voulaient qu’on les aime pour toujours, que jamais on ne les quitte. Ces gens lui demandaient d’attacher les cœurs, je me rappelle bien cette expression qu’ils utilisaient. Attacher les cœurs. J’écoutais aux portes et j’entendais ma mère qui disait, Êtes-vous sûr de vous ? Vous voulez vraiment vous lier à cette personne pour le reste de votre vie ? Les gens répondaient toujours, Oui, s’il vous plaît, attachez les cœurs. Quand ma mère acceptait de les aider, elle leur indiquait que faire et je regrette de ne pas avoir écouté cette partie de la conversation parce que ce qui m’intéressait quand j’étais enfant c’étaient les problèmes des gens, jamais la magie de ma mère. »
Je viens de terminer ma lecture et j'ai le souffle coupé. Je me suis lancée dans ce livre sans savoir ce qui m'attendait et j'en suis ravie. Ce livre est une réelle surprise, un récit poétique et bouleversant. Je préfère ne rien dire de plus et vous laisse découvrir par vous même ce magnifique ouvrage.
Wow! Ça fait longtemps qu'un livre me marque comme ça! Une écriture à la fois sublime et profondément incisive. Chaque mot portait une force incroyable, comme s'il touchait directement mon âme. Ce roman rappelle que la vie, avec ses drames et ses renaissances, ne nous appartient jamais tout à fait, mais qu’elle exige toujours de nous une forme de courage et de lâcher-prise.
Magnifique ! Du pure plaisir malgré l immense tristesse qui se dégage de ce court recueil. Rescapé de la cruauté des hommes, femmes et de la Terre, l’heroine nous tient en haleine avec sa rage de survire et de trouver le bonheur
such a triumph in such few pages! this was a random library selection but found the story really impacting and feel like it'll stay with me for a while. lovely writing! really really enjoyed and perfect length for reading on a journey to and from brixton x
Très beau livre de Natasha Appanah, comme dans ses autres romans le mélange de beauté et de grâce avec une violence déchaînée est impressionnant et saisissant
Très beau livre sur un destin bouleversé par la guerre. C’est poignant et terrifiant mais témoignant de la force inouïe de la résilience du cerveau humain.