Tensions, manœuvres et provocations se multiplient dans le détroit de Taïwan. Valérie Niquet nous donne les clés pour comprendre pourquoi l'île reste pour Xi Jinping, la « mère de toutes les batailles » et pourquoi les États-Unis se préparent à intervenir. Obsédé par son affirmation de puissance et la revanche sur le passé, le président chinois rêve de la « réunification de la patrie » d'ici 2049. Pourtant, l'ancienne Formose n'a jamais fait partie de la République populaire de Chine, son histoire est composée d'héritages divers : autochtones, populations venues du continent, colonisation japonaise... si bien qu'aujourd'hui seulement 5 % de ses habitants se « sentent chinois ». L'Empire du milieu se radicalise et se ferme tandis que Taipei apparaît comme de plus en plus légitime au reste du monde et sa non-reconnaissance à l'ONU comme une aberration. Sa modernité fondée sur l'esprit d'ouverture, l'innovation et la capacité d'adaptation et sa démocratisation accomplie sans violence à la fin des années 70 pourraient être demain un modèle alternatif plus performant et plus séduisant que le régime de Pékin. Mais le dynamisme et la résilience de ce David (23 millions d'habitants) face au Goliath chinois sont de moins en moins acceptables pour Xi Jinping qui brandit les menaces de « séparatisme » et attise les braises du nationalisme. Pour saisir tous les enjeux géopolitiques qui se jouent autour de Taïwan, il est nécessaire de comprendre son histoire, ses spécificités sociales, culturelles, économiques et politiques. C'est tout l'objectif de ce livre.
Ce livre est à considérer comme une introduction à Taïwan et aux enjeux contemporains autour de l'île.
Valérie Niquet propose une vulgarisation de beaucoup de sujets concernant l'île : son histoire, dont celle du peuplement chinois de l'île, l'identité taïwanaise, les évolutions politiques de l'île, les différentes facettes des relations entre Taïwan et la Chine continentale (politique, mais aussi économique, humaine, culturelle, etc.), et évidemment militaires. À cet égard, les premiers chapitres reviennent sur des éléments importants de l'histoire de Taïwan, mais trop souvent ignorés.
Malgré cette volonté de jouer le rôle d'introduction à Taïwan, ce livre n'est cependant pas à recommander. L'analyse de Valérie Niquet est partiale, parfois naïve. Si tout auteur est légitime de prendre parti dans un enjeu aussi complexe que celui des relations sino-taïwanaises, la prise de parti de Valérie Niquet pour Taïwan est exprimée d'une façon si directe et peu nuancée qu'elle dessert l'ensemble de son propos.
Valérie Niquet présente ainsi fréquemment une vue candide de la situation de Taïwan — trop optimiste quant aux forces de l'île, trop aveugle quant à ses faiblesses. C'est notamment flagrant dans le chapitre sur le soft power taïwanais. Valérie Niquet s'étend exagérément sur plus d'une dizaine de pages sur le supposé soft power que l'île aurait sur l'occident, au travers de sa littérature ou de ses films, sans jamais illustrer la quelconque réalité de cette influence (autrement qu'en disant un vague "beaucoup de personnes regardent/lisent..."). Inversement, l'analyse de la Chine est toute aussi superficielle, mais cette fois-ci en négatif. Elle abuse des hyperboles pour décrire une Chine "rouleau compresseur", "privée de toute liberté", etc., avec un vocabulaire strictement avilissant. À croire que la Chine est un État privé de toute capacité propre autre qu'une volonté de puissance démoniaque. À croire qu'il n'existe aucune nuance au sein même de la Chine.
Le rapport entre Taïwan est le Chine est dépeint de manière si monochromatique dans ce livre, que celui-ci perd toute crédibilité. Il est déplorable qu'il faille rappeler que, pour qu'un propos qui se veut académique et objectif soit entendable, il faut que le parti pris par celui-ci soit au mieux réduit au strict nécessaire, sinon justifié de manière convaincante.
Valérie Niquet ne fait ni l'un, ni l'autre. Elle présente dans son livre les bases des connaissances à avoir sur Taïwan, sans donner au lecteur la possibilité d'échapper à une vision tristement simpliste de "Taïwan gentil, Chine méchante". Cette naïveté et ce manque de nuance atteint son apothéose dans les derniers chapitres, Valérie Niquet dédiant la fin de son livre à "la meilleure chose qui pourrait arriver à la Chine" : sa démocratisation sur le modèle de Taïwan...
Ce livre constitue un très bon récapitulatif de l’histoire de Taïwan et des enjeux de cette île, notamment sur le plan géopolitique à travers sa relation avec la Chine.
Le livre est aéré, avec des chapitres courts qui vont droit au but, dont certains propos avancées par l’auteure sont accompagnés de donnés chiffrées.
J’ai beaucoup apprécié l’aspect instructif du livre. Toutefois, j’ai trouvé par moment la vision de l’auteur un tantinet optimiste en faveur de Taïwan. Le chapitre sur le soft-power taïwanais me paraît quelque peu naïf. Le livre manque également de nuance dans la comparaison Chine-Taïwan qui peut être très manichéenne par moment.
Malgré tout, cela reste un livre accessible et instructif pour les non-sinisants, qui pousse à la réflexion (parallèle avec la guerre en Ukraine, la gestion du COVID abordée, etc.) et qui est particulièrement pertinent en cette période d’élections taïwanaises !