Les seins des femmes sont l’objet de fantasmes et d’injonctions sans fin. Formatés et idéalisés, à la fois sexuels et maternels, seraient-ils le siège visible d’une condition féminine objectivée ? Sans doute mais pas seulement. Camille Froidevaux-Metterie a choisi d’explorer l’expérience vécue des femmes en menant l’enquête auprès d’une quarantaine d’entre elles. Au fil des propos, se décline la singularité de chacune, tissée du double fil rouge de l’aliénation et de la libération. Grands oubliés des luttes féministes, les seins des femmes ne sont pas seulement vecteurs d’assignation mais aussi d’affirmation et d’émancipation. Camille Froidevaux-Metterieest philosophe et professeure de science politique à l'Université de Reims Champagne-Ardenne. Elle travaille dans une perspective de pensée féministe qui place le corps au centre de la réflexion. Elle a notamment publié Le Corps des femmes : la bataille de l’intime (Points, 2021) et Un corps à soi (Seuil, 2021).
Si je n’ai pas appris beaucoup à la lecture de ce court essai, probablement parce que je m’intéresse au sujet depuis un moment, c’est indéniablement un texte accessible qui intéressera celles qui sont au début de leur questionnement corporel dans une perspective féministe. À noter que j’y repense souvent depuis que les seins sont devenus le centre de mes interrogations quotidiennes, avec mes galères d’allaitement. Très curieuse de lire d’autres essais de cette autrice.
Un bel ouvrage, avec des photos qui enrichissent l'expérience de lecture tant au niveau esthétique qu'émotionnel. La décomposition en chapitres à thématiques claires et les nombreux témoignages insérés tout au long du texte permettent d'appréhender facilement une lecture aussi sérieuse.
Tous les points de vue féminins sont exposés, même si on sent souvent l'opinion défendue par l'autrice rejaillir comme étant la vision la plus libertaire... ce qui m'a parfois gênée. Je me disais : "je ne suis pas d'accord avec ça" ou bien "je ne crois pas que je serais plus à l'aise en voyant les choses comme cela", mais "cela fait-il de moi quelqu'un de moins féministe ?" La réponse est non bien sûr. Et je crois que ce n'est pas ce que souhaite faire ressentir Camille Froidevaux-Metterie, qui veut au fond que les choix des femmes soient pensés (et non pas faits par automatisme ou tradition) ET respectés. Son enquête auprès de nombreuses femmes permet d'exposer un panorama des opinions et cela fait réfléchir, mais à la fin, je ne m'en suis pas trouvée plus assurée sur mes propres points de vue. Faut-il porter un soutien-gorge ? Faut-il allaiter ? Faut-il se faire une reconstruction mammaire après un cancer ? Je ne sais pas.
Un argument avec lequel je suis d'accord en théorie : les seins ne devraient pas être en permanence sexualisés, je devrais pouvoir les montrer (comme les hommes en maillot de bain). Mais en même temps, un autre problème soulevé est que c'est un organe sexuel trop ignoré et qu'il devrait être plus sollicité dans les rapports. Je suis d'accord avec les deux. Dans ce cas, ai-je envie que mon organe sexuel soit exposé en public ? Ne préfèrerais-je pas qu'il continue d'être caché sous des vêtements, pas exposé comme un bout de viande sur des affiches, pour être ensuite mieux considéré et pris en compte dans l'intimité ? C'est un paradoxe qui n'est pas explicité dans le livre et j'en fus frustrée.
Elle parle de l'allaitement comme une injonction dont s'offusque en elle la féministe, mais elle ne parle pas de la honte subie par de nombreuses femmes qui veulent allaiter et sont obligées de se cacher en public, parce que des gens sont choqués de voir un sein. C'était pour moi la problématique féministe en cause concernant une pratique naturelle qui, il me semble, protège la mère du cancer du sein et aide à la croissance cérébrale de l'enfant. Elle veut déconstruire les idées qui mènent à se poser la question : "suis-je une mauvaise mère si je n'allaite pas ?", mais pour moi, la question que je me pose en tant que féministe, c'est : "pourquoi l'allaitement n'est-il pas plus facilité ?" (socialement, professionnellement...). Le propos est de dire que la femme n'est pas qu'une mère (même pas obligée d'en être une, d'ailleurs), et qu'elle ne devrait pas non plus être traitée comme un corps-objet du désir masculin. Certes. Mais pourquoi ne pas glorifier dans ce cas les expériences qui réussissent à allier sexualité et maternité sans sacrifice, comme ce témoignage d'une femme qui dit avoir réussi à allaiter tout en ayant une sexualité encore plus épanouie ? On la mentionne juste. Tout comme on mentionne des femmes qui ont choisi de ne pas allaiter et voulaient préserver leurs seins comme objets de plaisir sexuel. Et je retombe sur ce paradoxe du sein maternel/sein sexuel, dont le livre n'aide pas à se sortir. N'est-il pas fondamentalement les deux à la fois ? Ne faudrait-il pas réussir à le percevoir sur ces deux aspects conjointement et sereinement ? Mais la conclusion est plutôt : les pères aussi peuvent materner... Oui, mais ça n'entre pas en contradiction avec le fait d'allaiter !
Je crois qu'une fois que tous les arguments, les pour et les contre, ont été expliqués, le choix final sera très intime et pas toujours rationnel. Mais l'important est de se sentir bien dans son corps, de se le réapproprier et, ça, l'autrice nous y encourage chaleureusement.
Enfin, l'absence de diversité : quasiment que des femmes blanches en photo, alors même que l'on parlait d'accepter tous les types de physiques. Dommage. L'autrice reconnaît aussi qu'il y a des personnes manquantes : les femmes très âgées ou les hommes transgenres ayant renoncé à leur poitrine (dans les témoignages comme dans les photos). Une lecture très intéressante, mais un projet qui mériterait d'être complété.
Un essai pertinent construit autour des expériences vécues des femmes. De ce fait, le matériel permet de donner le sens que les femmes investissent dans leur vie. Ça donne beaucoup de courage, de confiance et surtout, ça rassure de lire d’autres femmes dans un monde où on s’entend si peu entre nous. Cependant, les réflexions sont bien souvent évidentes pour quelqu’un vivant le monde avec des seins. Le chapitre sur le plaisir est celui qui a apporté le plus de contenu original selon moi. Dans tous les cas, le livre est rafraîchissant, accessible. Quelques tournures semblent toutefois éviter d’assumer une perspective plus radicale pour révolutionner la vie avec les seins, se contentant d’une approche ambigue/à saveur libérale qui me laisse sur ma faim, quoique ce ne soit pas très surprenant venant d’une philosophe beauvoirienne. Je crois cependant que Froidevaux-Metterie a toujours plusieurs éléments pertinents à ajouter aux discours, ce livre n’y faisant pas exception. C’est toujours utile de produire des contenus féministes accessibles pour le grand public.
Trop bien les photos de poitrines différentes (même si différentes dans une certaine limite, ce que souligne l’autrice quand même). Trop bien de laisser beaucoup de place aux enquêtées mais du coup y en a pas assez pour l’autriche. C’est peu développé et on reste sur sa faim. Y a pas mal de refus d’obstacles (notamment sur le paradoxe sein public / intime) et c’est très libertaire (voire libéraliste). Donc pas forcément d’accord sur tout mais c’était intéressant !
Un essai court, mais très très fort sur les seins, partie du corps féminin qui cristallise énormément de problématiques. C'est fort, c'est parfois rageant, mais c'est vraiment un indispensable de mon point de vue.
Réelle reconnexion avec une partie de moi-même que je pensais connaître alors que j'étais loin de prendre conscience de son impact sur ma vie et de sa réelle signification pour moi. Libérateur.
Dans cet essai clair et construit sur la base de témoignage, Camille Froidevaux-Metterie s’interroge sur l’absence de considération des seins dans le renouveau féministe actuel. Le plaisir et la sexualité libérés des femmes semblent ne passer que par le clitoris.
Cet essai apporte des éléments importants sur la place des seins dans la représentation du féminin, au milieu des enjeux de sexualisation précoce, d’injonction à la maternité et l’allaitement, ou encore d’appropriation par le corps médical.
Les témoignages viennent éclairer les considérations de la philosophe, en démontrant par exemple que le mouvement no-bras ne se limite pas aux jeunes femmes privilégiées mais englobe une réalité plus large. Les échanges avec Chiara, une femme trans de 60 ans, illustrent aussi la force des injonctions.
J’ai été bouleversée par les récits douloureux des femmes confrontées au cancer du sein, auxquelles les chirurgiens infligent des traumas encore pire que la maladie par leur inhumanité et/ou manque de considération.
Enfin, pour finir sur une note plus positive, Camille Froidevaux-Metterie n’omet pas de consacrer une partie de son essai aux seins comme source de plaisir, souvent assez peu explorée. Il semble que les lesbiennes s’y prêtent plus naturellement ;)
La réappropriation de notre corps de femme passe aussi par les seins, et cet essai nous offre quelques pistes.
+ : le livre se centre exclusivement sur les seins et les expériences de femmes à l'aide de nombreux témoignages, les photos sont magnifiques et en font un bel objet-livre, très facile d'accès (peut être lu par n'importe qui), l'auteur admet que les témoignages recueillis ne peuvent refléter l'expérience des femmes dans son entièreté et que ses recherches auraient pu être améliorées (pas de témoignages d'homme trans par exemple...)
- : cet essai peut paraître "facile" ou évident pour des personnes qui sont déjà un peu calées sur le sujet. Personnellement, cet ouvrage ne m'a rien appris de nouveau et j'aurais voulu que les arguments de l'auteur soient plus approfondis mais j'ai tout de même beaucoup apprécié ma lecture et les propos de chaque femme ayant témoigné.
Ce livre aborde, photos à l’appui, le rapport des femmes à leurs seins, à travers plusieurs chapitres : apparition, beauté, soutiens-gorge, plaisir, allaitement, chirurgie. 📖 Trouvé par hasard dans une librairie, je n’en avais pas du tout entendu parlé à sa sortie. Agréablement surprise par cette lecture !
Se lit plutôt bien, mais le traitement philosophique du sujet n'est qu'esquissé, et l'ensemble manque de références approfondies. On n'apprend donc pas grand chose de neuf. Enfin, ça reste très libéral.
L’écriture semble un peu hermétique au départ avec beaucoup de mots et d’idées qui nécessitent d’avoir déjà un mini level en livre féministe mais heureusement il y a pleins de photos de sein lol. Non mais grave intéressant, pas d’idée révolutionnaire mais ça permet de prendre conscience de beaucoup choses qui nous concernent directement (physiquement et politiquement) et de remettre en perspective un thème qui est un peu oublié tout en étant central. C’est pas déprimant comme certains autres livres féministes, au contraire c’est très stimulant et tourné vers les autres et vers l’avenir.
Très intéressant! Des histoires touchantes et une narratrice humblement humaine. Des récits poignants qui touchent droit au coeur. Des photographies qui nous font voir la diversité des seins de toutes sortes de femme.
Agréable à lire, un bouquin qu’on a envie de partager comme une belle conversation. L’auteure ne cache pas son penchant idéologue, avec des passages un peu moralisateurs et simplistes, qui m’ont dérangée. J’attendais plus de profondeur, mais ce n’est probablement pas l’objet de ce livre.
3.5 stars, I would say it’s worth the read, has some interesting perspective, but could be refined and executed better in its own thesis.
For an ethnographic style essay about the diversity and taboo experience of developing breasts and maturing into in a female social role, ironically my criticism about this book is that it leaves out-of-scope the experience of what breasts are to trans women/men/nonbinary individuals, the intersections with gender nonconformity, homosexuality, race and fatness—I feel as though the sample of people interviewed and modeled could have been amplified to make for a more interesting and holistic essay, as well as asking more questions that tap into those nuances.
I feel I learned something and gained some amount of perspective through this book. It just feels like it rings hollow at parts and is left incomplete. The truth is that the female (or transgender) bodily experience is not a universal one, and the book highlights how one’s relationship to breasts and other bodily features heavily reflects how you internalize and externalize the feminine body image.
Overall, it is a really interesting concept, I think this book just does a bit too much opining and universalizing about experiences that are relative and not truly universal, and vary depending on intersecting aspects of identity. I think that would have made for a more interesting read if it leaned into that and asked those questions of the interviewees, as well as choosing more interviewees with wider perspectives on, well…. breasts.
“On a quest to free our breasts” could be a way to translate this powerful essay penned by Camille Froidevaux-Metterie, a French author, researcher and PoliSci professor. Throughout the course of this short but dense book, the author shines light on the often overlooked importance of breasts in the context of women’s domination and emancipation. As a litmus test for femininity, as a physical identifier used to isolate, intimidate, chide, women, as a visual testimony to motherhood, breasts are the perfect playground to observe the subtleties and the extent of male domination and its perverse effects on women and people who have breasts.
The quest to free our breasts is an ode to choice.
The above thought hit me like a ton of bricks when reading the interviews Froidevaux-Metterie conducts with 40 different types of women, ranging roughly between the ages of 5 to 75 years old. These women, trans and cis, talk about fighting to claim back the ownership over their bodies.
I was blown away by the testimonies of lives shattered by the horror of breast cancer. Those women communicate their fear of losing the physicality of their breasts, and, by extension, the essence of (some definitions) of femininity.
The accompanying pictures in the book are breathtaking; intimate, raw, fierce, and a testimony to the variety of breasts that exist out there, and the importance of accepting all of them.
Livre très intéressant qui aborde les grands thèmes de la problématique. Je pense malgré tout que certaines conclusions de chapitres telles que "les hommes peuvent nourrir leurs enfants aussi!" ou encore "tous les seins sont beaux!" après avoir questionné leur nécessité esthétique n'étaient pas très... pertinentes, et m'ont fait hausser les sourcils quelques fois. Néanmoins, j'ai tout de même apprécié la majorité du bouquin, le style d'écriture est très fluide et terre à terre. Un livre qui penche pas mal sur le féminisme libéral.
« Les seins ne condensent-ils pas à eux seuls toutes les caractéristiques féminines qui ont justifié et perpétué la domination masculine ? Ils sont le symbole par excellence de la maternité (seins-nourriciers), le signe privilégié de la féminité (seins-étendards) et l'antichambre de la sexualité (seins-préliminaires), une triade qui synthétise l'injonction millénaire adressée aux femmes : devenir et demeurer des corps sexuels et maternels à disposition. »
un endroit du vivant qui a sa propre vie qui n’est pas de l’ordre d’une maîtrise ou d’une volonté qui fait que, c’est comme un paysage on habite un espace un soi même qui est bien au-delà et autre que le soi tel qu’on peut se l’imaginer
C'était absolument génial. Je suis vraiment très très heureuse de m'être offert cet essai et encore plus de l'avoir lu dans la foulée. C'était vraiment top, hyper facile à suivre et très libérateur. Trop trop intéressant, merci Camille.
Un essais qui interroge plusieurs femmes sur leur rapport à leur poitrine. C’est sensible et intelligent de donner a voir des expériences diverses des femmes au travers du prisme des seins.
Un chouette essai sur les seins, j'ai juste trouvé dommage que les perspectives queer ne soient pas abordées et que si peu des personnes prises en photo soient racisées.
J’ai littéralement dévoré Sein : en quête d’une libération. Il s’agit d’un manifeste : un recueil de voix, de regards croisés, de points de vue riches et singuliers qui convergent toutes vers un même nœud viscéral — celui que nous partageons, que nous ressentons toutes : le poids du patriarcat.
Chaque page m’a apporté un nouvel insight, une sagesse nouvelle, une légitimité à des émotions enfouies. Ce livre ne propose pas de vérité unique, mais une multiplicité de vécus, tous profondément vrais, tous puissamment reliés. Et à travers ces mots, petit à petit, il devient possible de s’autoriser, de se valider, de se reconnaître dans sa propre libération.
Je souhaite à toute personne qui s’identifie comme femme de pouvoir lire ce texte, et en ressortir avec le courage de se regarder dans un miroir — au-delà des normes toxiques et imposées jusqu’à dans nos chaires (parfois meurtries) — et de se trouver originale, singulière, belle. Belle dans son vécu, dans son corps, dans sa position sur le continuum de la norme, qu’elle soit à la marge, en rupture, en conflit ou en réconciliation.
Ce livre tend la main, nous invite à reprendre notre liberté, à embrasser la sororité, et à nous empouvoirer les unes les autres. 🌱
Beaucoup di'info précieuses sur nos seins. J'ai trouvé l'analyse de l'ablation du sein, de la reconstruction et de la maladie trop limitée, c'est dommage.