J’ai trouvé le démarrage un peu lent rapidement compensé par le très bon équilibre de ce roman épistolaire.
Dans le fond, les lettres sont parfois courtes et parfois longues, parfois légères et parfois graves ; elles évoquent aussi bien recettes de cuisine, intimité des secrets du coeur, confidences de voisinage, conseils de jardinage, profondeur de la solitude, etc.
Dans la forme, les échanges entre Glory et Rita s’intercalent avec les V-mails aux soldats (Robert, Toby & Sal), les courriers avec Roylène, les diverses missives non envoyées…
Le passage d’une lettre à l’autre est fluide, on ne s’ennuie jamais.
J’ai appris 1001 choses sur la vie des épouses de soldats américains durant la seconde guerre mondiale : V-mails, recyclage, censure, effort de guerre, permissions, tickets de rationnement, USO, étoiles dorées, traduction des lettres de prisonniers, etc.
Il y a une vraie crédibilité dans l’évolution personnelle des protagonistes (principaux comme secondaires) et je me suis ainsi attachée en profondeur à Roylene, Rita, Glory et les autres : leurs joies et leurs peines sont devenues les miennes et j’ai plusieurs fois été émue aux larmes…
J’ai beaucoup apprécié la transformation progressive de cette correspondance anonyme et légère en amitié profonde, bienveillante et sans jugement.
Mon seul souci avec ce livre, anodin au début mais qui a fini par devenir assez perturbant, concerne la compréhension de la qualification de certains faits ou sentiments par les personnages. Est-ce un souci dans la traduction ?
Par exemple, pourquoi une telle "honte" de Rita lors du "funeste" dîner avec Charlie et Irène ? de quelles "pensées honteuses" (p.76) parle-t-elle le lendemain ? comment peut-on qualifier un hôtel de "miteux" et ensuite décrire l’"adorable" chambre (p.294) ? etc. De la même manière, disputes, réconciliations et insultes entre Rita et Mme K. m’ont souvent laissé interloquée !
Ce n’est pas un problème fondamental, mais il a gêné mon ressenti (sur les réactions et la cohérence des protagonistes) trop régulièrement pour que je puisse l’occulter.
Les dernières pages, touchantes, laissent une porte ouverte pour imaginer une jolie fin optimiste. Un roman "feel good" sur la force de l’amitié, le féminisme, le courage, la solidarité et l’extraordinaire capacité humaine à transcender ses propres faiblesses.
Citations
"Il n'y a rien de mal à être romantique, Glory. Cela signifie seulement que vous voyez le monde à travers un filtre plus tendre."
"L'absence est un vide lancinant qui refuse de vous lâcher. Comme une écharde qu'on ne peut pas enlever. Un mal de dents qui vous élance. La douleur est là, qui me guette."
"Je me libère de ton absence. De cette soif que je n'ai jamais pu étancher de ton vivant. Je me libère de l'idée que je peux encore te plaire ou te mécontenter. De la terrible angoisse que j'éprouve à la pensée de te ressembler un jour. Et aussi de ne jamais y parvenir."