Cérès, surnommée la Salamandre, dirige son régiment sur la péninsule de la Lune d’or. Cinq ans après la conquête, les troupes sont lasses et fatiguées et végètent dans la colonie du Nouveau-Coronado. Le vice-roi Philomé, un homme bon et intègre mais faible, est alors contacté par l’empire du Léopard, puissance intouchable située dans les montagnes. Une expédition vers ces contrées mystérieuses et entourées de légendes est décidée, rejointe par les troupes d’un jeune et fringuant mercenaire, Artemis Cortellan.
J’ai été immédiatement conquis par les partis pris de l’auteur, Emmanuel Chastellière, qui m’avait déjà séduit avec Célestopol (et Célestopol 1922) et Himilce. Nous nous retrouvons dans une conquête Amérique du sud / centrale mais en deuxième partie du XIXe siècle. Un sujet donc directement original. Nous y suivons une femme Colonel, donc cheffe d’armée, et non pas pendant la conquête mais après, quand la routine, la lassitude s’est installée, quand les hommes se sentent délaissés ont renoncé à leur rêves de gloire et de richesse.
Les liens et dissensions entre conquérants et autochtones sont au cœur des préoccupations, symbolisés par la présence d’une « locale » dans l’armée de Cérès. Tout est emprunt de sacré et de croyances, que ce soit dans les deux camps, avec malgré tout son lot de personnages cyniques ou non-croyants.
Plus encore que l’univers général, les personnages sont une fois de plus la grande force de l’histoire d’Emmanuel Chastellière. On y suit plusieurs personnages en POV, chacun apportant des éclaircissements sur la situation et ayant au final un rôle important à jouer dans les événements. Si Cérès reste la plus marquante, femme de autoritaire forte, mais avec ses faiblesses et fêlures, les personnages plus « secondaires » sont tout aussi marquants, d’Artémis Cortellan et Camellia en tête, mais aussi Philomé, vice-roi dépassé par les événements mais touchant d’humanité.
J’ai cependant été moins convaincu par la deuxième partie. Non pas parce qu’elle n’est pas bonne, mais je n’ai juste pas été pris par sa composante surnaturelle. Elle se justifie pourtant, et ne sort pas de nulle part, mais elle m’apparaît comme « en trop ». Peut-être ai-je eu l’impression d’un trop plein d’éléments dans cette deuxième partie, où tout s’enchaîne. J’ai par contre été complètement convaincu par le final, avec l’arrivée d’un nouveau personnage déjà esquissé auparavant, qui laisse entrevoir différentes PISTES pour la suite et apporte encore plus de liant à l’univers.
Malgré tout, l’Empire du Léopard reste un roman de bonne facture, avec une écriture toujours aussi agréable. J’ai paradoxalement été plus intéressé par son début, et la mise en place de l’univers, dans lequel je me replongerai bien volontiers.