"Nouvelle ou roman, roman ou nouvelle, parfois on ne sait pas, je ne sais pas ce que je vais faire, où ça va aller ; je suis une piste qui s’enfonce dans le maquis textuel, j’y vais, j’avance, et ensuite ça devient quelque chose que je n’attendais pas, ça devient autre chose, ça se fait en se faisant, ça se fait autrement, ça tourne et ça bifurque, ça se retourne." Histoires rassemble en un seul volume les nouvelles écrites par Marie-Hélène Lafon. Celles qui ont été publiées chez Buchet/Chastel. Et d’autres. Histoires est lauréat du Prix Goncourt de la nouvelle.
Ces différentes histoires se situent toutes dans la campagne, une campagne indéterminée quelque part du côté du Cantal, disons dans les années 50 ou 60. Il faut avoir le cœur (et le mental) bien accroché pour lire ces récits durs, âpres, servis par une écriture magistrale mais sèche, très sèche. Tous ces récits sont d'un pessimisme, d'une noirceur absolue. Les différents personnages qui passent devant nos yeux paraissent subir leur vie. On entre dans leur vie désolée, on est au plus près d'eux, de leurs pensées les plus vraies et les plus sombres, de leurs corps aussi, l'écriture est très charnelle (et ce n'est pas toujours ragoûtant). La campagne ici n'est pas riante, elle est éclairée d'une lumière blafarde et crue ; sous la loupe de l'autrice, tout ici semble triste, désolant, lugubre. Le style est cependant hypnotique, se fait de plus en plus poétique et se joue des ponctuations au fur et à mesure des années d'écriture. En résumé, c'est beau, mais triste.