J’ai lu Delaney il y a … 16 ans (!) deux volumes consacrés aux Celtes (The Celts et The Legends of the Celts). Je n’ai fait le rapprochement qu’en lisant la biographie de l’auteur.
Grand moment d’émotion pour moi donc.
Et grand moment de lecture avec ce roman d’une profondeur psychologique rare. J’ai lu ça et là des traces d’une espèce de polémique étrange autour du sujet du livre, qui passe pour inspiré de faits réels. Je ne vais pas m’attarder dessus tellement elle me parait incongrue. L’intrigue se noue autour de plusieurs thèmes forts et potentiellement dérangeants, la manipulation mentale, le déni, les souvenirs enfouis, le fameux « lâcher-prise » souvent évoqué dans le livre.
La manipulation dont il s’agit ici atteint des sommets d’abomination. L’auteur en use dans une bien moindre mesure quand il fait passer son récit comme inspiré de faits réels. J’ai donc considéré la chose comme un habile petit tour destiné à semer le trouble chez le lecteur.
Au-delà cet inquiétante allusion, le récit nous est relaté par Nicholas Newman, dont le patronyme s’avère lourd de sens au fur et à mesure de la lecture, et l’emploi de la première personne nous immerge encore plus dans la personnalité de notre héros. Héros pas très reluisant, pour ne pas dire antipathique, mais on ne peut plus passionnant. Lâche, froid, affolé du slip, incapable d’attachement sentimental, Newman est un architecte renommé qui traîne ses traumatismes et ses deuils sans réussir à les surmonter.
Ce personnage est énorme de complexité, d’humanité, Delaney l’a traité avec finesse et réalisme. Le style employé est magnifique, noir, on assiste à l’éveil d’un homme qui va « sortir de lui-même » et se tourner vers autrui, dans des circonstances pas très réjouissantes.
Les faits abordés, s’ils sont fictifs, n’en sont pas moins directement inspirés des horreurs nazies et des expériences pseudo-médicales, et l’important n’est pas de savoir si ces faits précis ont existé, car on sait qu’ils auraient pu l’être. Ce qui décuple l’horreur des expériences évoquées par les documents auxquels Newman est confronté.
Le deuil d’un être aimé, le souvenir inconscient d’un passé innommable, le dépassement de soi malgré les traumatismes, tout cela contribue à une histoire touchante et douloureuse, une intrigue passionnante, une atmosphère pesante.
Une intrigue retorse et bien rythmée, un style parfait, le tout au service de personnages tourmentés, pas forcément sympathiques mais profondément intéressants et recherchés.
Un gros coup de cœur pour ce qui constitue le premier volume d’une tétralogie.
Un grand merci à Solenn du Cherche-Midi de nous avoir permis de proposer ce livre sur BOB.