Embarquez pour quelques jours suspendus dans la maison de Rose, ancienne professeure de français et membre de la famille de cœur de Julia, la narratrice. C'est chez elle que Julia et sa fille Lucie se réfugient lorsque cette dernière doit subir une intervention médicale à cause d'une chose, pas plus grande qu'un grain de riz, se logeant dans son ventre d'adolescente...
Sa décision constitue le centre du roman, l'évènement autour duquel il gravite et se déroule. Bien sûr, la procédure que subit Lucie est invasive, douloureuse physiquement et soulève une tonne de questions. Chez la mère, qui se demande si elle a loupé quelque chose dans l'éducation de sa fille, puis cherche à l'accompagner au mieux. Chez cette dernière, confrontée dans son corps à l'injustice et à l'irresponsabilité des hommes.
Car ce choix devient, comme Lucie le souhaite, une histoire de femmes, de trois femmes. Il en découle une parenthèse hors du temps, un dialogue mère-fille qui se renoue, une discussion intergénérationnelle d'une infinie justesse. Se pose également la question de ce que cela signifie de faire famille, de s'en choisir une, d'en construire une. D'avoir ou non des enfants, de les élever et de les voir devenir des personnes à part entière, avec des opinions et des choix à faire.
Malgré la gravité du sujet, le roman n'est jamais lourd. Au contraire, je le referme plus légère, apaisée. Coralie Bru raconte l'ordinaire dans un roman extraordinaire que j'ai lu suspendue à la prose de l'autrice, envoûtée par ses trois protagonistes et leurs échanges. Je vous recommande « Nos jours suspendus », lecture féministe tout en douceur, de tout mon cœur.