Hélène Berr, jeune fille juive dans Paris occupé, nous a bouleversés par son Journal publié en 2008. Arrêtée le 8 mars 1944, elle est déportée à Auschwitz et à Bergen-Belsen d’où elle ne reviendra pas. Depuis son adolescence, elle entretenait une correspondance avec sa camarade de classe et amie, Odile Neuburger. Voici leurs lettres échangées de l’été 1934 jusqu’au 1er mars 1944.
Elles sont cultivées, pétillantes, volontiers taquines, personne n’échappe à leurs commentaires. Mais, quand la guerre bouleverse leur vie, elles savent aussi être graves, sérieuses, courageuses. Écrire à Odile réconforte Hélène, recevoir une de ses lettres rompt son isolement. Au fil des pages se précise le portrait d’une jeune fille pudique, d’une extrême sensibilité, délicate dans son expression, d’une intelligence lumineuse qui nous touche et nous émeut. Hélène Berr est assurément une écrivaine.
Cette correspondance est un témoignage d’une richesse exceptionnelle sur le destin de deux familles juives dans la France de Vichy, et c’est aussi, sous la plume d’Hélène Berr, la révélation d’une réelle profondeur de pensée. L’interdiction de passer l’agrégation d’anglais, les restrictions imposées aux juifs, le port du « badge », l’étoile jaune, l’arrestation de ses amis et leur déportation vers une destination inconnue, l’indifférence de certains, la séparation avec le « garçon aux yeux gris » dont elle est tombée amoureuse, l’horrible pressentiment du destin qui la guette, autant de réflexions d’une rare intensité.
Mais quelle lecture !!! Je n'ai jamais rien ressenti de tel en refermant un livre. Les paroles d'Hélène et d'Odile résonnaient en moi à chaque fois.
Leur amour d'amitié est sublime. Elle s'aiment si fort, se surnomment "ma mieux-aimée", se déclarent leur attachement l'une l'autre, c'est si beau de voir leur amitié perdurer malgré tout ce qu'elles traversent. Elles se comprennent si bien et sont là l'une pour l'autre pendant toutes ces années. Et quelle justesse et lucidité sur leur vie ! On sent, au fur et à mesure des lettres, le ton des deux jeunes filles changer, muter, se transformer. Leur plume s'affinent, perdent de leur humour piquant pour plonger dans une clairvoyance sur le sort d'"Eliane" (nom donné aux Juifs/Juives dans le texte) et le leur. C'est d'une tristesse infinie et, en même temps, je trouve dans ces échanges de la beauté, de l'espoir et un immense courage.