Le Saint Suaire de Turin est ce linceul conservé dans la cathédrale Saint-Jean-Baptiste qui présente la double empreinte ventrale et dorsale d’un crucifié mort, flagellé et torturé, avec tous les signes de la Passion (traces du coup de lance et de la couronne d’épines…). A-t-il vraiment été le témoin de l’ensevelissement de Jésus le Nazaréen à Jérusalem le 3 avril de l’an 33 ? Il existe un décalage abyssal entre ce que répètent des personnes mal informées, qui s’obstinent à soutenir des thèses dépassées, comme la malencontreuse analyse au carbone 14 de 1988, faussée par plusieurs pollutions et assignant de façon erronée à cette célèbre toile de lin une datation médiévale, et les dernières expérimentations scientifiques, toutes convergentes, allant en sens contraire. Dans cette synthèse complète, loin de tout esprit polémique, Jean-Christian Petitfils montre, de façon claire et convaincante, qu’il n’y a plus aucun doute aujourd’hui : le Saint Suaire de Turin est bien authentique. Non seulement les renseignements qu’il fournit sur la Passion du Christ sont exceptionnels, mais les caractéristiques uniques et déroutantes de l’image, que l’on n’a jamais pu reproduire à l’identique malgré toutes les techniques modernes – inversion des couleurs, tridimensionnalité, projection orthogonale sans effet latéral, absence de la moindre trace de décomposition du corps ni d’arrachement des caillots de sang –, semblent nous introduire à un autre mystère…
Jean-Christian Petitfils rappelle que le suaire, dans la religion chrétienne, n’est rien. Il ne conditionne pas la foi des croyants en Dieu, n’existe dans aucun rite, aucune prière. D’après moi, s’il est l’objet de tant de disputes, c’est parce qu’au XXème siècle, l’historicité de Jésus a été contestée ; d’abord par le Formgeschichte en 1919, théorie qui s’est effondré face à l’expérience contemporaine des traditions orales ; plus tard par le souci d’une rigueur toute scientifique, selon laquelle finalement, on ne prouve plus l’existence de personne. Je ne doute pas que Jésus a existé, tant les sources écrites avant la mort des apôtres sont nombreuses et connues de tous. Le suaire est donc pour moi une pièce de musée dont l’histoire reste à écrire.
À l’heure actuelle, l’enquête de l’auteur montre qu’on ne peut ni dire que le suaire est un faux, ni qu’il est vrai : bien que la datation au carbone 14 indique qu’il a été fabriqué au 14ème siècle, toutes les autres preuves, historiques et convaincantes, montrent qu’il date du 1er siècle. La datation au carbone 14 aurait scellé le destin du suaire si elle était remontée au 4ème siècle, car on ne sait pas comment le suaire est arrivé alors à Édesse : dans ce cas le suaire aurait été vraisemblablement celui d’un autre crucifié de l’antiquité. Mais l’hypothèse d’un faussaire du 14ème siècle est inexplicable pour une raison simple : si c’était un faux, nous devrions pouvoir le reproduire au XXIème siècle. Or, nous n’y arrivons pas ! Comment croire qu’un filou champenois a pu déjouer il y a 500 ans tous les obstacles auxquels se heurtent de dizaines de laboratoires armés de millions de dollars ? Selon ses convictions, chacun devra donc ici accepter le doute…
Un travail de recherche colossal sur le suaire de Turin : ensemble des linges acheiropoietes (voile d’Edesse, Mandylion, Sudarium, etc.), investigation pour tracer le parcours du suaire depuis la mort du Christ jusqu’au 14eme siècle où il est authentifié en Champagne et jusqu’à nos jours, analyse en détail de l’image depuis les travaux de photographie de Secondo Pia (la fameuse image en négatif) jusqu’à la datation controversée au Carbone 14. Mais surtout, une tentative vaine de démontrer que le suaire est « vrai », car à la fin ce qui est important n’est pas de savoir si cette relique est véritable mais comment elle aurait été faite. Peu de choses à ce sujet. Dommage.