Arsenic mon amour, c’est un dialogue engagé, enraciné dans une « actualité » vieille de plus de 40 ans. Jean-Lou David et Gabrielle Izaguirré-Falardeau, deux jeunes citoyen nes de Rouyn-Noranda, décident de ne pas se fermer la gueule, malgré la loi du silence et de la company qui pèse sur la ville. Ils arrivent, à force d’humanité et de rigueur, à nuancer le rapport trouble qu’ils entretiennent avec la fonderie, ce monstre de ferraille et d’argent qui trône chez eux en roi et maître.
« mais si tel est notre destin, si vraiment la fatalité veut que la faim d'abondance qui domine notre espèce cause aussi sa perte, alors soit. Mais je dis que jusque-là, pour que la beauté survive à travers l'impasse, il ne sera pas question de se fermer la gueule. »
Une si belle lecture, qui nous fait réfléchir à l'attachement et à la beauté que l'on donne à certaines choses laides, mais surtout à tout ce qu'on l'on fera pour protéger coûte-que-coûte ces dites choses. Inspirant!
Rouyn-Noranda, ma ville. J’ai lu ce livre comme si j’y étais, avec tous les repères de cette municipalité que je connais si bien. J’ai adoré la formulation du dialogue entre les deux auteurs et ce sentiment d’amour-haine que je ressens parfaitement.
Petit ouvrage épistolaire de la collection Brulot : très belle découverte, j’espère pouvoir poursuivre mon exploration de cette collection ! Par échange de lettres entre habitant de Rouyn-Noranda et amoureuse de la ville partie à Sherbrooke, se dessine l’histoire des luttes autour des mines. Entre discussion sur la santé et les risques de telles entreprises, amour pour les lieux et les paysages, ce très bref ouvrage trouve un équilibre incarné par les habitant·e·s qui font la vie de ces villes jumelles. Le discours n’est jamais cliché, se concentrant sur les gens et leurs conditions de travail et de vie, sur leur opposition aux grandes entreprises minières. J’aime particulièrement les mentions des lieux temporaires qui ont été abandonnés quand il a fallu déplacer les mines ou que les filons n’ont pas été aussi prometteurs que prévu. L’intimité de ces récits permet de donner de la force à l’échange. J’aurais aimé plus de révoltes (surtout vu le titre de la collection) et je trouve encore très doux le propos, pas de prise de positions franches, pas d’appel à l’action, pas de récit de bataille. Cependant c’est un beau premier pas.
Rendu poétique d'une communauté qui s'inquiète pour son avenir sans oser quitter cette ville qu'elle aime, même enfouie sous un panache d'arsenic. Court et beau, avec peut-être un tantinet manque de quelque chose (du moins aurais-je il me semble inclus un pamphlet explicatif de ce qui est reproché à la Fonderie Horne)
"C'est ce que nous avons fait et continuons de faire partout: prendre contrôle et possession de ce qui est." Démarche particulièrement intéressante, mais j'ai l'impression que le reste de la recherche appartient au lecteur. Témoignage intéressant qui résonne facilement en ceux qui son proche de leurs racines
J’ai trouvé la démarche artistique intéressante, les témoignages sensibles, mais j’ai moins aimé le côté terroir-colonisation-retourné au passé. Édition le fun.
3,5 ⭐️ J’aurais rendu davantage justice au livre si je lui avais consacré un temps dédié. Reste que ça me replonge dans mes étés nordiques, au doux son de Richard Desjardins.
Quelle chance de pouvoir lire ces pages avec, en tête, les cheminées, le roc, la Main de mon adolescence. Échanges délectables, crus. Et salutations aux Izaguirré-Falardeau.
La forme poético-essayistique de cette plaquette m'enchante. On y suit la correspondance entre deux écrivain-e-s militant-e-s, amoureu-se-s de leur Abitibi natal. Les descriptions de Rouyn-Noranda et de ses alentours sont saisissantes et particulièrement bien amenées. Ça engendre des réflexions et, malgré tout, ça mène à envisager un meilleur monde pour les gens de cette région.
Avec raison, le livre pointe du doigt les grandes entreprises et les prospecteurs qui créent le drame écologique et humain que l'on connait. J'ai par contre trouvé que le livre manquait un brin de considération pour les ouvriers (surtout ceux d'origine) et leur famille, qui ont été exploités (et qui continuent de l'être). À quelques moments, il m'a semblé qu'on mettait un peu trop la faute sur les gens qui travaillent (ou ont travaillé) dans les entreprises de ressources naturelles... À mes yeux, c'est difficile d'en vouloir à des gens qui ne détiennent pas les moyens de production.
Je comprends qu'il s'agit probablement du 1er livre d'une série en devenir, mais cet essai aurait dû être plus volumineux, j'en aurais pris le double. Les échanges sont intéressants, le doute sur la prise de position est la bonne approche pour le thème, on met les bons mots sur le mal lié à la pollution de l'air. Les textes sont toutefois inégaux, le message fort de Gabrielle n'accote malheureusement pas la poésie des textes de Jean-Lou, qui sont sublimes. On a hâte de voir la suite, le problème n'est pas réglé, votre devoir continue, les amis!