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La peur du déclassement: une sociologie des récessions

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Déclassement le mot est aujourd'hui sur toutes les lèvres et sous toutes les plumes Mais, au-delà de son caractère incontournable, il recouvre deux réalités bien distinctes. La plus évidente a trait aux ruptures qui conduisent des individus à voir leur position se dégrader La deuxième est encore plus décisive : c'est la peur du déclassement. Cette angoisse sourde, qui taraude un nombre croissant de Français, repose sur la conviction que personne n'est " à l'abri ", que tout un chacun risque à tout moment de perdre son emploi, son salaire, ses prérogatives, en un mot son statut. En rendant la menace plus tangible, les crises portent cette anxiété à son paroxysme. Source de concurrence généralisée et de frustrations, la peur du déclassement est en train de devenir l'énergie négative de notre société. A partir de ce constat, Eric Maurin fonde une sociologie des récessions et propose une lecture radicalement neuve de la société française, tout en aidant à repenser les conditions de sa réforme.

94 pages, Paperback

First published January 1, 2009

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Éric Maurin

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Profile Image for Yves Gounin.
441 reviews68 followers
February 14, 2013
Le déclassement est un phénomène marginal : 0.16 % de la population vit dans la rue.
Mais nous sommes tous hantés par la peur du déclassement : 48 % des Français pensent qu'un jour ils pourraient devenir SDF.

C'est à cette peur typiquement française que s'intéresse l'économiste Éric Maurin qui s'est fait une spécialité de l'étude des classes moyennes (j'ai évoqué ici son dernier livre sur "Les nouvelles classes moyennes").
Il montre que la peur du déclassement est la conséquence paradoxale de la surprotection : "Les pays où les pertes d'emploi suscitent la plus grand peur sont paradoxalement ceux où les emplois sont les mieux protégés et les statuts les plus difficiles à perdre : la probabilité de retrouver un emploi protégé y étant mécaniquement plus faible, ce qui se perd est beaucoup plus précieux qu'ailleurs. Plus les murailles qui protègent le statuts sont hautes, plus la chute risque d'être mortelle" (p. 8).

Cette grille d'analyse éclaire la lecture qu'on peut faire des récents mouvements sociaux. Les grévistes de l'hiver 1995 par exemple ne manifestaient pas pour reconquérir un statut perdu mais pour le défendre.
Tout le système social français s'est construit sur la défenses des acquis sociaux : autorisations administratives de licenciement, instauration d'un salaire minimum, pouvoir renforcé des IRP .... Il n'y a là rien que de très logique : "Les emplois que l'on détruit et les personnes que l'on licencie sont beaucoup plus visibles que les emplois que l'on ne crée pas et les personnes que l'on n'embauche pas" (p. 76). Mais ce système conduit insidieusement à une polarisation sociale, entre d'un côté les privilégiés qui ont un emploi - et vivent dans la peur de le perdre - et de l'autre ceux qui n'en ont pas - et ont de plus en plus de difficulté à en décrocher un. Cette polarisation a une dimension générationnelle : ce sont les jeunes de la "génération sacrifiée" qui doivent attendre à la porte ou passer par toute une série de sas (stages, CDI ...) tandis que les baby-boomers trustent les CDI. Comme le dit joliment l'auteur : "chacun commence sa vie avec la peur de ne jamais trouver sa place puis la finit avec la crainte de voir les protections chèrement acquises partir en fumée" (p. 29)

Sans être un dangereux libéral, Éric Maurin met en valeur la "flexicurité" danoise qui combine une protection faible de l'emploi et une indemnisation élevée du chômage. Ce système fluidifie le passage de l'emploi au non-emploi, réduit les inégalités sociales entre les insiders et les outsiders et diminue l'anxiété de la société.
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