"Je remercie la vie". C'est par ces mots que commence vu, lu, entendu. A l'encontre des mémorialistes, Driss Chraïbi, le père de la littérature maghrébine d'expression française, ne se met pas en avant, mais choisit d'occuper les coulisses pour donner voix à tout un peuple, ressusciter une époque (1926-1947), vécue sur l'autre rive de la Méditerranée à travers le regard d'un adolescent ouvert au monde. Dans un style concret, relatant ce qu'il a vu, lu, entendu, avec un humour qui n'appartient qu'à lui, divers personnages sont évoqués avec émotion, la figure héraldique du père, les amis français de jeunesse et surtout les grandes personnalités du Maroc, comme Allal el-Fassi, Ahmed Balafrej, dans un amour gigantesque pour le pays natal. "Je remercie la vie. Elle m'a comblé. En regard d'elle, tout le reste est littérature".
Driss Chraïbi est un auteur marocain de langue française. Il a également fait des émissions radiophoniques pour France Culture. Driss Chraïbi est un écrivain qui est trop souvent réduit à son œuvre majeure Le Passé Simple, et à une seule analyse de ce livre : révolte contre le père sur fond d'autobiographie. Or, Driss Chraïbi aborde bien d'autres thèmes au cours d'une œuvre qui n'a cessé de se renouveler : colonialisme, racisme, condition de la femme, société de consommation, islam, Al Andalus, Tiers-Monde. Né à El Jadida et élevé à Rabat puis Casablanca, Chraïbi vint à Paris en 1945 pour étudier la chimie, avant de se tourner vers la littérature et le journalisme. Il produit des émissions pour France Culture, fréquente des poètes, enseigne la littérature maghrébine à l'Université Laval de Québec et se consacre à l'écriture. Il s'est fait connaître par ses deux premiers romans, Le Passé simple (1954) et Les Boucs (1955) d'une violence rare, et qui engendrèrent une grande polémique au Maroc, en lutte pour son indépendance. Le Passé Simple, premier roman semi autobiographique, décrit la révolte d'un jeune homme entre la grande bourgeoisie marocaine et ces abus de pouvoir tel qu'incarné par son père, « le Seigneur » et la suprématie française dans un Maroc colonisé qui essentialise et restreint l'homme à ses origines. Le livre est organisé à la manière d'une réaction chimique, science que l'auteur étudia d'ailleurs en France. À travers la bataille introspective que se livre le protagoniste, Driss de nom, le lecteur assiste à une critique vive du décalage entre l'islam idéal révélé dans le Coran et la pratique hypocrite de l'islam par la classe bourgeoise d'un Maroc de 1950, de la condition de la femme musulmane en la personne de sa mère et de l'échec inévitable de l'intégration de marocain dans la société française. Ce dernier point sera renforcé en 1979 alors que Chraïbi publiera la suite de ce livre, Succession ouverte, où le même protagoniste, rendu malade par le caste que représente son statut et son identité d'immigré, se voit obligé de retourner à sa terre natale pour enterrer le Seigneur, feu son père. C'est une critique plus douce, presque mélancolique, cette fois que proposera Chraïbi, mettant en relief la nouvelle réalité française du protagoniste avec la reconquête d'un Maroc quitté il y a si longtemps. Dans Les Boucs, Driss Chraïbi critique le rapport de la France avec ses immigrés, travailleurs exploités qu'il qualifie de « promus au sacrifice ». C'est le premier livre qui évoque dans un langage haché, cru, poignant, le sort fait par le pays des Lumières aux « Nord-Africains ». Suivent deux romans épuisés aujourd'hui. L'Âne, dans le contexte des indépendances africaines, prédit avant tout le monde leur échec, les dictatures, « ce socialisme de flics ». La Foule, également épuisé, est une critique voilée du Général de Gaulle. Le héros est un imbécile qui arrive au pouvoir suprême car la foule l'acclame dès qu'il ouvre la bouche, à son grand étonnement. Une page se tourne avec la mort de son père, Haj Fatmi Chraïbi, en 1957. L'écrivain, en exil en France, dépasse la révolte contre son père et établit un nouveau dialogue avec lui par-delà la tombe et l'océan. Ce sera Succession Ouverte. Un deuxième Passé Simple pose la question qui le hantera jusqu'à ses derniers jours : "Cet homme était mes tenants et mes aboutissants. Aurons-nous un jour un autre avenir que notre passé ?" Question qu'il étendra à l'ensemble du monde musulman. [[]]كاتب مغربي معاصر، من أشهر رواد الأدب المغاربي المكتوب باللغة الفرنسية. ولد في 15 يوليو 1926 بمازاكان (ما يعرف اليوم بإسم الجديدة) وتوفي في 1 أبريل 2007. تابع دراسته في ثانوية اليوطي بالدار البيضاء،
J'adore les livres de Driss chraibi. Quand j'ai lu celui-ci ou le passé simple il a bien des années, j'ai senti que l'auteur faisait ressusciter toute une époque sur ses pages blanches, il donne vie à ses personnages et même aux lieux.
Je recommande vivement car pour moi chraibi et l'un des rares auteurs maghrébins de langue française qui me convainquent.
J'ai quelques difficultés à être objectif en parlant de Driss Chraïbi. Dans les années 80, je l'avais interviewé et ç'avait a été ma toute première publication dans une revue académique niçoise. Durant l'entretien, il m'avait fortement impressionné et depuis, quand je le lis, je le vois devant moi et j'entends sa voix.
Trente ans après, il m'est toujours aussi difficile de saisir ce qui fait le charme littéraire de Driss Chraïbi, que je considère - et cela, je pense qu'on peut le dire objectivement - comme un des meilleurs écrivains maghrébins du siècle passé. Un ami m'avait dit qu'il écrivait avec ses tripes. C'est sans doute un peu fort, mais il est vrai qu'on chercherait en vain des constructions cérébrales, vulgo: des prises de tête, dans la prose de l'auteur. "J'entends sa voix", ai-je dit, et peut-être que le secret est là: Driss Chraïbi nous raconte son histoire à la manière d'un conteur public, comme il y en a tant dans la tradition maghrébine, avec son humour, ses sagesses, ses drames qui pourtant n'évincent jamais le bonheur d'être là, en vie, à pouvoir nous raconter ce bonheur.
J'ai lu ce livre d'une traite, mais comme je vous disais, j'ai du mal à être objectif.
J'ai commencé récemment à m’intéresser à la littérature Maghrébine (ils ont essayé de nous la "vendre" au lycée, mais à mes 16-18 ans cela n'a pas vraiment marché).
Bon, Vu, lu, entendu relate les souvenirs d'un jeune Driss Chraïbi de son enfance à sa majorité. Il commence dans sa ville natale El Jadida, puis suit le déménagement de la famille à Casablanca pour finir à Paris pour ses études supérieurs. Un livre qui est assez court (une centaine de pages) qui est plein de petits moments marrants qui vont de la détermination de sa date de naissance au bureau de l'état civil à son séjour à Paris dans les conditions les plus particulières.
J'ai apprécié tous les petits détails de la vie de tous les jours, le description de la maman, du père, de l'école, de la société, du "protecteur".. Tous ce qui parle d'une vie différente, d'un temps différent, d'un pays que je connais et que j'aime.
C'était une lecture différente c'est la première fois que je lis une autobiographie et j'avoue que ce n'est pas du tout intéressant (c'est un avis personnel ) je reconnais que l'auteur a une plume narrative assez fluide mais trop simple bref j'ai décroché plusieurs fois.
J’ai dévoré ce livre d’une traite. En à peine quelques heures, il m’a fait traverser tout un spectre d’émotions : j’ai ri, j’ai pleuré, j’ai été bouleversée, attendrie, choquée, mais surtout, toujours captivée…